lundi 7 juin 2010

Luc 16.31 L'homme riche et Lazare

« S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader, même si quelqu'un ressuscite.» Luc 16.31

« Il y avait un homme riche, qui s'habillait de pourpre et de fin lin et qui chaque jour menait joyeuse et brillante vie. Un pauvre du nom de Lazare était couché devant son portail, couvert d'ulcères. Il aurait bien voulu se rassasier des miettes qui tombaient de la table du riche, cependant même les chiens venaient lécher ses ulcères. Le pauvre mourut et fut porté par les anges auprès d'Abraham. Le riche mourut aussi et fut enterré. Dans le séjour des morts, en proie à une grande souffrance il leva les yeux et vit de loin Abraham, avec Lazare à ses côtés. Il s'écria: ‘Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare pour qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau afin de me rafraîchir la langue, car je souffre cruellement dans cette flamme.’ Abraham répondit: ‘Mon enfant, souviens-toi que tu as reçu tes biens pendant ta vie et que Lazare a connu les maux pendant la sienne; maintenant, il est consolé ici et toi, tu souffres. De plus, il y a un grand abîme entre nous et vous, afin que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous, ou de chez vous vers nous, ne puissent pas le faire.’ Le riche dit: ‘Je te prie alors, père, d'envoyer Lazare chez mon père, car j'ai cinq frères. C'est pour qu'il les avertisse, afin qu'ils n’aboutissent pas, eux aussi, dans ce lieu de souffrances.’ Abraham répondit: ‘Ils ont Moïse et les prophètes, qu'ils les écoutent.’ Le riche dit: ‘Non, père Abraham, mais si quelqu'un vient de chez les morts vers eux, ils changeront d’attitude.’ Abraham lui dit alors: ‘S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader, même si quelqu'un ressuscite.’ » Luc 16.19-31

● Que peut-nous apprendre ce texte biblique en ce dimanche matin ? Que Jésus veut-il dire ici ? C’est un texte connu qu’il nous faut ruminer encore et encore pour saisir tout ce que Dieu peut nous apprendre. Un beau matin, lors de votre lecture personnelle, imaginez que vous tombez sur ce texte ; qu’en apprenez-vous ? Qu’en déduisez-vous ? En quoi cela peut-il vous encourager pour votre journée ? En quoi cela peut-il nous encourager pour la semaine qui arrive ?

Le meilleur moyen de comprendre un texte, c’est d’aller voir premièrement à son contexte, comme nous dirait un certain JCB. Nous sommes donc au chapitre 16 de l’Evangile de Luc, Jésus est sur la route entre la Galilée et Jérusalem. Son court ministère terrestre arrive tout doucement à son dénouement, Jésus a déjà eu le temps de livrer ses principaux enseignements et faire de nombreux miracles. Les chapitres 14 à 16 sont une succession de paraboles que Jésus dit en présence de ses disciples, des pharisiens, de nombreux fidèles et autres curieux. Pour zoomer encore sur le chapitre 16, Jésus raconte dans les 13 premiers versets la parabole de l’intendant infidèle, invitant chacun à faire preuve de sagesse en ne vivant pas simplement pour le présent mais en sachant anticiper l’éternité ; et cela à propos de l’argent mais aussi du thème plus général du Royaume de Dieu. Les pharisiens présents n’y voyant qu’une nouvelle morale de plus sur le thème de l’argent, ils s’en indignent auprès de Jésus dans les versets 14 à 18. En réponse à la réaction outrée des pharisiens, Jésus en remet alors une couche avec la parabole de l’homme riche et de Lazare.
Le contexte étant planté, je vous propose ce matin de se plonger dans cette parabole pour comprendre ses enseignements basés sur un contraste dans la vie, un contraste dans la mort et un contraste dans l’éternité entre l’homme riche et Lazare. Je vous propose d’en tirer une grande leçon: accueillons et aidons les plus démunis, avertissons les plus entêtés de la nécessité du salut par la foi en Jésus-Christ, et cela dès aujourd’hui, avant qu’il ne soit trop tard.

I. Un contraste dans la vie

● Les trois premiers versets nous décrivent la vie de deux hommes. Que de contrastes entre eux ! L’un est pauvre, très pauvre, du nom de Lazare. L’autre est riche, très riche, d’un nom inconnu - comme pour que chaque interlocuteur de Jésus puisse s’approprier encore plus facilement cette parabole. Dans la vie, tout s’oppose entre ses deux hommes. L’un n’a pour habit que des ulcères purulents, l’autre s’habille de pourpre et de fin lin. Que cela soit avec l’habit de dessus ou le vêtement de dessous, tout dans sa tenue vestimentaire arbore donc l’opulence et le luxe. L’un n’arrive même pas à se rassasier de miettes qui tombent de la table, l’autre mène une vie joyeuse et brillante faite de festins et de banquets. L’un n’a pas de logement et dort à même le sol, l’autre possède une villa suffisamment grande pour avoir ce qu’on appelait à l’époque un portail. Que de contraste dans la vie de ces deux hommes habitant la même ville, le même quartier, la même rue !

A ce moment de la parabole, nous qui en connaissons la fin, nous savons qui a le bon rôle et le mauvais rôle entre Lazare et l’homme riche. Néanmoins, si on appuie sur pause à ce moment là, je suis persuadé que les pharisiens, à qui Jésus adresse cette parabole, se seraient trompés dans la distribution des rôles. En effet, pour les pharisiens, ce groupe religieux omniprésent en Israël à cette époque, la richesse serait un signe que Dieu donnerait pour nous récompenser de notre justice, une sorte d’évangile de prospérité. Avant tout, qui sont vraiment ces pharisiens ? Qui sont-ils ? C’est un groupe religieux qui faisait tout, selon la formule de l’historien Flavius Josèphe, « pour l’emporter sur les autres Juifs par la piété et, par une interprétation plus exacte de la Loi. » Vouloir obéir à Dieu, vouloir être toujours plus proches des Écritures, c’est plutôt une bonne idée, encore pour nous aujourd’hui, n’est-ce pas ? Par contre, les pharisiens se distinguaient aussi pour les nombreuses règles qu’ils avaient eux-mêmes rajoutés à la Torah, par leur conviction que c’est la stricte obéissance à des règles qui allaient leur offrir le salut, par leur sentiment un peu hautain vis-à-vis du peuple évidement inférieur à eux. C’est le légalisme par excellence. Et ceci constitue un premier rappel pour nous qui parfois retombons dans des travers légalistes. Tout en cherchant à obéir à Dieu et à rester au plus proche des Écritures, comme les pharisiens, laissons par contre la grâce de Dieu régner dans nos vies, à l’inverse des pharisiens.

Si nous avons aujourd’hui une mauvaise image des pharisiens à travers la Bible, l’admiration que suscitait à l’époque leur piété apparente les rendait plutôt populaire dans la société. En effet, au contraire des Sadducéens qui appartenaient aux classes très aisées de la société et qui étaient principalement intéressés par la politique, les Pharisiens n’étaient les plus riches d’Israël et donc ne focalisaient que peu les reproches et les frustrations sociales du peuple. Les pharisiens n’étaient pas les plus riches et pourtant, au contact de Jésus, il semble que ce soit eux les plus omnibulés par l’argent et les richesses. Ceci constitue un deuxième avertissement pour nous. A ce que je sache dans notre église, nous n’avons ni millionnaire ni sans domicile fixe. N’étant à aucun extrême, nous pourrions croire être à l’abri de ces considérations. Et pourtant, l’exemple des pharisiens omnibulés par l’argent vient nous mettre en garde nous aussi sur notre gestion de l’argent et sur nos priorités financières. Quels que soient notre âge, parent ou adolescent, et notre situation, étudiant ou salarié, l’enseignement de Jésus sur la richesse nous concerne. Au début du chapitre 16, Jésus nous avait déjà prévenu : « Celui qui fidèle dans les petites choses choses le sera dans les grandes, celui qui est malhonnête dans les petites choses le sera dans les grandes. » (Luc 16.10). Oui, quels que soient notre âge et notre situation, l’enseignement de Jésus sur l’argent nous concerne.

Pourquoi Jésus insiste-t-il si souvent sur le thème de l’argent ? Nous savons bien que l’argent n’est ni récompense divine, ni démon incarné, ni badge d’entrée pour le ciel. Je crois que Jésus nous interpelle souvent sur ce thème là car il sait mieux que quiconque comment fonctionne le cœur humain. « Oui, là où tu mets tes richesses, c’est là aussi que tu mettras ton cœur » (Matthieu 6.21). Notre gestion de l’argent agit en nous comme un révélateur, un baromètre de nos motivations profondes, il en est ainsi. Vous voulez savoir ce qui compte le plus dans la vie de quelqu’un ? Regardez où vont ses dépenses et ses économies. Qu’est qui compte le plus dans nos vies ? L’argent est un révélateur de nos motivations, tout comme le niveau d’éducation d’un pays est un révélateur de son état de santé, tout comme le taux d’absentéisme est un révélateur de la motivation d’un groupe d’étudiants ou de salariés, tout comme le pourcentage de membres d’une église présents le dimanche matin au culte est un révélateur de la vie spirituelle d’une communauté. Soyons vigilants concernant là où nous plaçons nos richesses, non comme une fin en soi mais comme un signe révélateur de nos motivations profondes.

● En regardant d’un peu plus près à notre texte du jour, nous nous apercevons que le problème du riche ne se situe pas dans ses richesses, mais dans son attitude envers le pauvre, dans son attitude indifférente, hautaine, dépourvue de compassion. Nous aurons le temps de revenir plus tard à l’attitude de l’homme riche. En attendant, cela constitue pour nous ce matin un nouvel encouragement à prendre soin et à aider les personnes démunies autour de nous. Notre société le cache tant bien que mal mais elle est faite de personnes démunies, marginales, exclues, isolées, malades. Saurons-nous leur tendre notre main pour les aider ? Dieu n’a pas été indifférent à notre situation de pécheur et n’a pas attendu qu’on l’aime le premier pour venir à notre rencontre pour manifester son amour en Christ. Comment pourrions-nous à notre tour rester indifférents devant la situation des personnes les plus démunies de notre société ? Accueillons les et aidons les. Dans l’histoire, les chrétiens ont toujours été les premiers à se lever pour venir en aide aux plus faibles de notre société, aux Lazares qui sont devant nos portes et que nous refusons de voir. Les premiers hôpitaux et orphelinats, l’abolition de l’esclavage, la Croix Rouge, l’Armée du Salut, l’Action pour l’Abolition de la Torture… tout cela est parti de personnes chrétiennes qui se sont levées par amour pour leur prochain. Saurons-nous à notre tour montrer l’amour de Dieu au monde en n’occultant pas le rôle social que l’église est amenée à avoir dans notre société ? L’apôtre Jacques, dans toute sa franchise, nous réveille et nous bouscule en disant dans son épitre : « La religion pure et sans tache, devant Dieu notre Père, consiste à visiter les orphelins et les veuves dans leurs afflictions. » (Jacques 1.27) Y’a-t-il à notre porte des malades, des gens en prison, des étrangers, des pauvres ? « Je vous le dis en vérité, toutes les fois que vous avez fait ces choses à l’un de ces plus petits de mes frères, c’est à moi que vous les avez faites. » (Matthieu 25.40). Où se trouvent toutes ces personnes dans le besoin ? « Lazare était couché juste devant le portail du riche » (Luc 16.20) ! Je pense que nos églises évangéliques ont aujourd’hui parfois tendance à tout spiritualiser et à n’être préoccupées par le salut des âmes. Et dans ce sens, notre parabole nous rappelle qu’au delà d’une gestion saine de notre argent et de nos richesses en interne, nous sommes appelés dès aujourd’hui en tant qu’église à sortir de nos murs pour prendre la défense des exclus et des pauvres dans notre société. Accueillons et aidons les plus démunis de notre société, et cela dès aujourd’hui.

Cette première partie de la parabole concernant les vies bien différentes entre l’homme riche et Lazare vient donc nous interpeller quant à notre gestion de nos richesses mais surtout notre action sociale envers les plus démunis de notre société. Dès aujourd’hui, il y a déjà beaucoup à faire pour mettre cela en pratique. Je pourrais m’arrêter là mais notre parabole est loin d’être finie !

II. Un contraste dans la mort

En effet, les vies de Lazare et l’homme riche, aussi différentes soient-elles, aboutissent un beau jour à la même chose, la mort. Mais même dans leur mort, Lazare et l’homme riche ont un sort différent. Lazare meurt mais rien ne nous ait dit sur son enterrement, si ce n’est que les anges l’ont porté auprès d’Abraham. Lazare est-il mort dans l’indifférence générale ? Est-il mort de faim ou de sa maladie, gisant toujours devant le portail du riche ? Nous n’en savons rien. Par contre, Jésus nous dit que le riche fut enterré. Nous pouvons alors nous imaginer une cérémonie funéraire où de nombreuses pleureuses avaient été invitées à se lamenter sur la dépouille de cet homme riche. Surement que son corps a été soigneusement embaumé et déposé dans un tombeau richement décoré. Après un contraste dans la vie entre ces deux hommes, cette parabole insiste encore en présentant un contraste dans leur mort.

Question enseignement, au delà du fait que cela nous rappelle à tous le caractère inévitable de la mort, je vous propose de ne pas trop s’attarder sur la mort de Lazare et de l’homme riche, pour plutôt aller les rejoindre à l’étape d’après, bien plus instructive, celle du jugement et de l’éternité.

III. Un contraste dans l’éternité

Après la mort, Jésus ne laisse pas beaucoup de suspense quant à la condition de nos deux hommes dans l’éternité : « Dans le séjour des morts, en proie à une grande souffrance il leva les yeux et vit de loin Abraham, avec Lazare à ses côtés. Il s'écria: ‘Père Abraham, aie pitié de moi et envoie Lazare pour qu'il trempe le bout de son doigt dans l'eau afin de me rafraîchir la langue, car je souffre cruellement dans cette flamme.’ » (Luc 16.23-24) De nouveau quel contraste entre nos deux hommes, à la différence prêt que les rôles sont désormais inversés. L’un est auprès d’Abraham, personnage fondateur du peuple juif, symbolisant ici la présence de Dieu. L’autre est dans un lieu de souffrance où la soif et la chaleur le font souffrir tout autant que la solitude et la jalousie à la vue du réconfort que Lazare a trouvé auprès d’Abraham de l’autre côté de l’abime. L’homme riche cherchant à négocier auprès d’Abraham un peu de compassion et de pitié - ce qu’il n’a d’ailleurs jamais lui-même ressenti pendant sa propre vie -, il se voit interdire par Abraham le soulagement éphémère que lui apporterait une simple goutte d’eau sur le bout de sa langue desséchée. Pire, l’homme riche se fait préciser que ce grand abime est infranchissable et qu’il ne pourra jamais le franchir. « Il est réservé aux hommes de mourir une seule fois, après quoi vient le jugement » (Hébreux 6.27) Pendant que l’homme riche négocie en vain avec Abraham, nous avons le droit de nous imaginer Lazare tranquillement assis au pied d’Abraham, se reposant et profitant de la douce présence de Dieu. De nouveau, que de contraste entre nos deux hommes, après la vie et la mort, que de contraste dans l’éternité !

● Quel choc pour les pharisiens qui devaient écouter cette parabole ! Eux qui pensaient que la richesse était gage de justice et de salut, cette parabole semble aller soudainement dans le sens contraire. J’utilise le verbe « sembler » car ce n’est pas le cas, cette parabole ne va pas dans le sens contraire des pharisiens, cette parabole ne dit pas en effet que la pauvreté est gage de justice et de salut. J’ose espérer que cela est clair pour chacun d’entre nous : ni la richesse ni la pauvreté ne sont pour nous gage de salut. Jésus avait alors déjà dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, celui qui croit en moi a la vie éternelle. » (Jean 6.47) Et à Martin Luther de remettre au goût du jour seize siècles plus tard les paroles de Paul : « En effet, c’est l'Evangile qui révèle la justice de Dieu par la foi et pour la foi, comme cela est écrit: Le juste vivra par la foi. » (Romain 1.17) Hier, aujourd’hui et demain, seule la foi en Jésus-Christ nous donne accès à Dieu le Père. Alors si Lazare est allé à ce qu’on appellerait le paradis et l’homme à ce qu’on appellerait l’enfer, cela veut dire que l’un avait une vraie foi en Dieu et l’autre non, indépendamment de l’état de leur porte-monnaie. Partons à la recherche d’indices sur la foi de nos deux hommes.

Premièrement, Jésus nous dit que Lazare a été accueilli par Dieu à travers le personnage d’Abraham. Si cela ne vient pas de sa simple pauvreté, comment l’expliquer ? Nous trouvons un premier indice dans le nom même de Lazare. Pourquoi Jésus a-t-il pour une fois donné un prénom à un personnage d’une de ses paraboles ? Le nom Lazare provient d’un nom hébreu voulant dire « Dieu mon aide ». Avec ce prénom, Jésus voulait sûrement nous indiquer que cet homme comptait sur Dieu et trouvait en Lui son secours. Nous devons ensuite relever un deuxième point important sur la conduite de Lazare. Mettez-vous à la place de cet homme. Vous êtes couché dehors, affaibli par la faim. En regardant au travers du portail, vous remarquez des gens somptueusement vêtus en train de festoyer. Vous les voyez savourer des mets raffinés et, égayés par le vin, ils faisaient beaucoup de bruit avec leurs éclats de rire. Ils savent que vous vous trouvez devant la porte d’entrée mais ils ignorent complètement votre présence. Quelle aurait été votre réaction? Je ne serais pas surpris d’entendre quelques-uns les maudire. ‘Vous êtes juste des égoïstes. Une bande d’escrocs sans cœur. Vous nourrissez vos chiens mais vous n’avez rien pour les pauvres’. Certains iraient peut-être même plus loin en évoquant le nom de Dieu dans leurs critiques et leurs insultes. ‘Seigneur, pourquoi m’as-tu conduit dans cette misérable situation? Qu’ai-je fais pour mériter toute cette souffrance? C’est de ta faute!’ Nous connaissons tous des individus qui s’apitoient sur eux-mêmes et blâment Dieu pour leurs malheurs. N’y a-t-il pas quelque chose qui vous frappe dans l’attitude de Lazare? Son silence, en dépit des circonstances. Pas une seule plainte ne sort de sa bouche. Il n’y a aucun ronchonnement, aucun signe d’amertume, bien qu’il ait eu toutes les raisons de se sentir misérable. Le mutisme et l’absence de lamentation de ce mendiant sont absolument impressionnants. On s’imagine simplement Lazare murmurer dans son cœur ces paroles de Job : « Pour moi, j’aurais recours à Dieu, Et c’est à Dieu que j’exposerais ma cause. Il fait des choses grandes et insondables, Des merveilles sans nombre. » (Job 5.8-9) Comment réagissons-nous lors que nous avons à faire à des épreuves, quand cela va mal ? Nous révoltons-nous ? Faisons-nous confiance à Dieu ? L’exemple silencieux de Lazare est un encouragement pour nous en ce dimanche matin. Pour sa confiance et sa foi, Lazare a été accueilli par Dieu.

Deuxièmement, Jésus nous dit que l’homme riche a été rejeté loin de Dieu. Si cela ne vient pas de sa simple richesse, comment l’expliquer ? Nous l’avons vu, la gestion de l’argent et la générosité envers les plus démunis ne sont pas gages de justice et de salut. Néanmoins, ils agissent en tant que révélateurs des motivations profondes. Devant l’opulence et l’indifférence du riche envers Lazare, tout porte à croire que son cœur était déjà loin de Dieu et qu’il n’avait pas de relation avec Dieu à ce moment là. On aurait envie de s’immiscer dans la conversation et de glisser à l’homme riche le verset suivant : « L’homme récolera ce qu’il a semé » (Galates 6.7). Mais un indice encore plus important concernant la situation spirituelle de l’homme riche se trouve dans sa discussion avec Abraham après sa mort. Alors que l’homme riche se sait désormais loin de Dieu et en proie de grandes souffrances, il n’y a même pas en lui une once de repentance. Demande-t-il pardon ? Regrette-t-il sa vie ? Non, bien au contraire, il n’aspire même pas à aller de l’autre côté de l’abîme, il n’est intéressé que par un simple soulagement éphémère avec une goutte rafraichissante. De plus, il continue de considérer Lazare comme un serviteur inférieur : « Envoie Lazare pour qu’il m’apporte de l’eau, envoie Lazare pour qu’il aille prévenir mes frères ». Comme si Lazare devait encore ici être à sa disposition… Même dans l’éternité, l’homme riche semble continuer d’être ce qu’il a toujours été. Et si c’était cela l’enfer ? Des hommes et des femmes qui refuseront éternellement de demander pardon et chercher à faire demi-tour ? L’homme riche souhaite certes que ses frères évitent ce lieu de souffrance, son cœur n’en reste pas moins dur et vide de repentance concernant lui-même. Dans l’éternité, l’homme riche continue d’être ce qu’il a été dans la vie et dans la mort. La croyance populaire veut que les morts avant le jugement puissent encore changer de camp pour aller avec Dieu. Or le séjour des morts en attendant le jugement est un lieu temporaire mais en aucun cas un lieu intermédiaire. Ce texte nous dit clairement qu’un abime rend impossible tout changement, mais ce texte semble nous dire aussi que les personnes concernées n’en voudront même pas dans leur entêtement eternel. Et si c’était cela l’enfer ? Pour son égoïsme et son entêtement, l’homme riche a été rejeté loin de Dieu.

● Je vous propose maintenant d’aller à la toute fin de la parabole et de regarder de plus près la discussion entre Abraham et l’homme riche à propos de des frères de ce dernier. Notre homme riche semble tout d’un coup sensible aux autres, il se préoccupe soudainement du sort de ses cinq frères. Comment les prévenir ? Comment leur dire de changer de vie dès aujourd’hui ? Comment faire pour éviter qu’ils arrivent eux aussi dans ce lieu de souffrance ? Ce sentiment d’impuissance, je pense que tous ceux qui ont des membres de leur famille ou des amis très proches qui ne suivent pas Christ connaissent ce sentiment. Que faire pour que nos familles, nos amis, nos collègues se tournent vers Dieu dès aujourd’hui ? Comment les prévenir ? Comment faire ? La différence entre l’homme riche et nous, c’est que lui appartient déjà à l’éternité alors que nous sommes nous encore en vie. Autrement dit, la possibilité d’avertir, je ne parle pas simplement de témoigner, langage chrétien parfois un peu trop politiquement correct, la possibilité d’avertir, d’alerter nos proches et nos concitoyens, nous l’avons dès aujourd’hui. Nous ne sommes pas dans le cas de l’homme riche pour qui il est trop tard. Se pose la question de comment les avertir dès aujourd’hui. A l’époque de Jésus comme à la notre, la réponse tient en la prédication de la Parole de Dieu. Abraham dit à l’homme riche : « Ils ont Moïse et les prophètes, qu’ils les écoutent ! » (Luc 16.29). C’est intéressant de voir comment Jésus encourage les pharisiens à travers la bouche d’Abraham à écouter la Loi et les Ecritures. Ne le faisaient-ils déjà pas ? N’étaient-ils pas déjà connus pour le faire ardemment ? En tant que protestants, ne sommes-nous pas aussi déjà connus pour lire la Bible avec assiduité et ardeur ? N’est-ce pas partie intégrante de notre identité protestante ? Est-il possible que nous nous serions trompés et passés à côté de quelque chose dans les Écritures, tout comme les pharisiens l’avaient fait malgré toute leur ardeur ? Nous aussi, nous devons encore et encore être vigilants concernant notre foi et notre théologie, en tant qu’individus et en tant qu’église.

Revenons-en à l’homme riche avec ses cinq frères. Puisque les Écritures ne semblent pas suffire pour que ses frères changent d’avis, il faut une preuve supplémentaire, quelque chose de bien plus spectaculaire, quelque chose qui en mettrait plein la vue à tout le peuple d’Israël ! Une preuve tellement irréfutable et grandiose que plus personne ne se détournerait de Dieu et que tous changeraient d’attitude. L’homme riche réfléchit… quelle preuve apporter à mes frères… Une résurrection ! J’ai trouvé ! Si quelqu’un revient de la mort, alors cela devrait suffire pour que tous se tournent vers Dieu. Une résurrection et hop, le problème de l’incrédulité est réglé. Cette idée de résurrection, l’homme riche va la proposer deux fois de suite à Abraham, mais Abraham ne va pas l’exaucer deux fois de suite : « S'ils n'écoutent pas Moïse et les prophètes, ils ne se laisseront pas persuader, même si quelqu'un ressuscite. » (Luc 16.31) Nous devons reconnaître qu’Abraham avait raison. Les frères de l’homme riche et le monde en général sont tellement incrédules et entêtés que même une résurrection ne suffirait pas à ce qu’ils changent d’attitude. Au chapitre 11 de l’évangile de Jean, Jésus a cette fois-ci réellement ressuscité un certain Lazare (coïncidence ?) mais cela n’a servi qu’à attiser la haine des pharisiens envers Jésus. Enfin et surtout, Jésus est lui-même ressuscité trois jours après sa mort sur la croix, et cela n’a en rien changé ni l’attitude ni le cœur des pharisiens et de autres ses ennemis. Par cette parabole en Luc 16, Jésus est en train de prophétiser la future réaction des pharisiens à la suite de sa propre résurrection. « Ils ne se laisseront pas persuader, même si quelqu'un ressuscite. »

Je vous avais dit que cette parabole était riche d’enseignements, je vous en propose encore un dernier ! Les frères de l’homme riche se seraient convertis s’ils avaient eu une preuve visible concernant le Royaume de Dieu. Ils n’attendraient soi-disant qu’une preuve. Nos contemporains aujourd’hui prétendent encore attendre une preuve. C’est d’ailleurs une des attaques plus récurrentes contre le christianisme. Pas de preuve ! Dans le laboratoire de l’Insa où je travaille, combien de fois ai-je entendu une telle critique ? « Paul, tu n’as rien pour prouver ce que tu avances ! » Dans vos quartiers, vos écoles et vos entreprises, combien de fois avez-vous entendu une telle critique ? Comment réagir à une telle soi-disant soif de preuve de la part de nos contemporains ? Ce texte nous apporte deux réponses. Premièrement, des preuves de l’existence de Dieu, de la fiabilité des Écritures, de la puissance de Dieu, les gens en ont déjà à travers la Création, les Écritures, l’Eglise, Christ. Christ est revenu de la mort à la vie, que leur faut-il de plus ? Deuxièmement, ce texte nous apprend que le problème de nos contemporains ne vient pas d’un manque d’informations intellectuelles et rationnelles, mais d’une véritable rébellion de leurs cœurs. Tant qu’une personne a décidée d’être incrédule dans son cœur, toutes les preuves qu’on pourrait lui apporter ne serviraient à rien. Florent Varak, pasteur à Villeurbanne, nous a raconté qu’une fois un septique était venu le voir pour lui demander des preuves concernant le christianisme. Après de longues heures de discussions toutes aussi vaines les unes que les autres, Florent Varak lui demanda : « De quelle preuve aurais-tu besoin ? D’un ange qui arrive dans ta chambre et qui se manifeste à toi ? » « Oui… pourquoi pas » répondit l’intéressé. A Florent de continuer « Si un ange se manifestait ce soir à toi dans ta chambre, te metterais-tu à genoux, demanderais-tu pardon et changerais-tu de vie en reconnaissant la Seigneurie de Christ ? » « Euh… non » répondit déstabilisé le jeune homme. A Florent Varak de conclure : « Ton problème ne vient donc pas d’une manque de preuves intellectuelles mais d’une rébellion de ton cœur ». Les cinq frères de l’homme riche tout comme nos concitoyens se cachent derrière un soi-disant besoin de preuves pour masquer le réel état de leur cœur. Que faire alors pour témoigner et les avertir malgré tout ? Allons-nous pour autant baisser les bras et ne pas obéir au commandement de Jésus qui nous dit « Allez, faites de toutes les nations des disciples, les baptisant au nom du Père, du Fils et du Saint-Esprit » (Matthieu 28.19) ? Non, persévérons dans l’annonce de l’Evangile. Ne délaissons pas les débats. Ne cherchons pas à simplement satisfaire leur soif intellectuelle mais balayons simplement les principaux obstacles pour leur faire apercevoir la croix de Christ en toutes choses, là est leur véritable besoin. Un célèbre apologète a dit : « Défendre la foi devant le buisson de l’incrédulité, c’est enlever les quelques branches et obstacles qui permettent de voir à travers pour apercevoir la croix de Jésus-Christ » Enfin, prions pour nos contemporains, seul l’Esprit est capable de toucher leur cœur et de les convaincre de péché (Jean 16.9-11). Prions sans relâche pour nos familles, nos amis, nos collègues et nos voisins, les choses ne pourront pas évoluer sans la prière. Avertissons les plus entêtés de la nécessité du salut par la foi en Jésus-Christ, voilà ce que vient aussi nous rappeler cette parabole de l’homme riche et de Lazare.

● Conclusion : Dès aujourd’hui !

Ma conclusion sera une exhortation à mettre tout cela en pratique dès aujourd’hui, dès maintenant. Dans cette parabole, le temps avance avec l’impossibilité de faire demi-tour et de changer le passé. Le temps avance de manière froide et inexorable. Seul Dieu est en dehors de temps, nous nous en sommes prisonniers et un jour il sera trop tard. Pour reprendre quelques paroles du film Gladiator, le jour de notre mort, ce que nous aurons été dans notre vie résonnera alors définitivement dans l’éternité. Ce n’est pas avec plaisir que je dis cela mais cet avertissement est omniprésent dans cette parabole. Comme dans un film à suspense, le temps avance inexorablement et on ne peut rien y faire.

Pour ceux qui parmi nous n’ont pas encore accepté Christ dans leur vie, cette parabole est un appel urgent à se tourner dès aujourd’hui vers Christ. « Voici maintenant le temps favorable, voici maintenant le jour du salut. » (2 Corinthiens 6.2). Faites la paix avec Dieu, et cela dès aujourd’hui ! Nous ne savons pas de quoi notre vie sera faite demain. Et un jour, « Il y aura un grand abîme entre nous et vous, afin que ceux qui voudraient passer d'ici vers vous, ou de chez vous vers nous, ne puissent pas le faire. » (Luc 16.26)

Mais pour nous aussi, chrétiens de Chassieu et alentours, cette parabole est aussi un appel urgent. L’apôtre Paul dit aux chrétiens de la ville de Colosse : « Avec ceux qui ne sont pas chrétiens, conduisez-vous avec sagesse, et rachetez le temps. » (Colossiens 4.5). Autrement dit, chrétiens ou non chrétiens, profitez du temps que Dieu vous laisse. Pour reprendre les grands thèmes que nous avons déjà abordés dans cette parabole, comment gérons-nous notre argent ? Quelles sont nos motivations profondes ? Accueillons-nous les pauvres et prenons-nous soin des exclus ? Notre cœur est-il prompt à la repentance ? Lisons-nous les Ecriture avec sérieux et ardeur ? Sommes-nous parfois entêtés ? Chacun de ces thèmes de la parabole est prisonnier de l’échelle du temps et nous renvoie à notre finitude humaine. Quelles que soient nos réponses à ces questions introspectives, n’oublions pas que le temps nous est aussi compté, ne tardons donc pas à nous lever pour le Seigneur, ne remettons pas à demain ce qu’il nous demande de faire dès aujourd’hui. Et cela constitue à mon égard l’encouragement principal de cette parabole.

Par contre, il est vrai que cela va à l’encontre de la pensée populaire qui dit que l’avenir prendra soin de lui-même : « Pas besoin de penser à demain, il y a déjà suffisamment à faire avec aujourd’hui ». Ce chapitre de Luc 16 va à l’encontre de cette pensée populaire. La parabole de l’intendant infidèle au début du chapitre allait déjà dans ce sens et ensuite, la parabole de Lazare et de l’homme riche en remet une couche : nos choix d’aujourd’hui conditionnent notre demain, nos choix dans notre vie conditionnent notre mort et notre éternité. Non, l’avenir ne prendra pas soin de lui-même, voilà pourquoi l’apôtre Paul nous exhorte à racheter le temps. Accueillons et aidons les plus démunis, avertissons les plus entêtés de la nécessité du salut par la foi en Jésus-Christ, et cela dès aujourd’hui, avant qu’il ne soit trop tard.

Amen.
P.L.