dimanche 27 février 2011

Jude 1.21;24 Complémentarité de la Bible

« Maintenez-vous dans l'amour de Dieu […], celui qui peut vous garder de toute chute et vous faire paraître devant sa gloire irréprochables.»
Jude 1.21;24

• Introduction : des témoignages si différents pour un même livre !

Je ne fais pas partie de la génération de chrétiens qui a connu les grandes campagnes d’évangélisation de Billy Graham en France il y a quelques décennies. Néanmoins, et je ne m’en souviens plus par quel moyen, un de ses livres a fini sur la bibliothèque de notre salon à Villeurbanne ! En lisant en diagonale ce livre regroupant quelques uns de ses plus célèbres discours, je suis tombé sur une dernière partie composée de témoignages de personnes qui ont été touchées lors de ses campagnes télédiffusées depuis Bercy aux quatre coins de France et de Navarre. Il est toujours intéressant de voir comment Dieu touche des vies, comment il nous cherche tous dans son amour pour nous amener dans sa présence. J’ai alors pris le temps de découvrir les témoignages de Gérard, d’Alfred, d’Anna, de Jacques, de Noëlle, etc. Au fur et à mesure des pages et des récits de vie, j’en suis arrivé à me demander si toutes ces personnes avaient lu la même Bible ! Toutes y faisaient référence mais pas deux une n’avaient été touchées et interpelées par la même chose. Comment est-ce possible ? Parlent-elles toutes du même livre inspiré ?

Gérard avait reçu une éducation profondément athée et refusait catégoriquement toute conception religieuse. Il a lutté contre les idées de la foi chrétienne. Mais au contact de la Bible, son orgueil finit par être brisé et il décida de suivre Christ. De même pour Noëlle, qui resta convaincue pendant des années que tout cela n’était bon que pour les autres mais qui ne se sentait pas concernée par la repentance et le pardon dont parlait la Bible. Ces personnes, pour ne citer qu’elles, ont toutes été confrontées à la Bible, ont été remises en cause et bousculées. Elles ont trouvé dans la Bible des avertissements qui les ont conduites au salut. A l’inverse serait-on tenté de dire, se trouve par exemple Albert qui a vécu selon ses dires dans la crainte toute sa vie jusqu’au jour où il a trouvé en Dieu le réconfort et la sécurité qui semblaient le fuir jusqu’ici. Sa terreur des esprits et la souffrance de sa vie ont su trouver leurs réponses dans les passages de la Bible qui l’ont touché. De même pour Christine qui raconte avoir vécu une libération intérieure au contact de la Bible. Se savoir aimée, pardonnée et acceptée par Jésus a été le plus beau message qu’elle a trouvé. Toutes ces personnes ont-elles bien lu la même Bible, tant elles semblent y avoir trouvé des choses différentes ?

C’est de cette Bible unique, surprenante, vivante, complémentaire et pastorale dont je souhaiterais vous parler ce matin. La Bible est un livre de vie qui bouscule les orgueilleux et les hypocrites et qui rassure les découragés et les humbles de cœur. C’est cette complémentarité au sein de la Bible qui en fait un livre ô combien précieux et utile pour chaque jour de nos vies. Je souhaiterais ce matin vous illustrer ce parallèle entre avertissement et assurance en redécouvrant deux chapitres de la Bible. Matthieu 7 est un passage qui nous remet en cause, qui nous bouscule et nous avertit. Jean 21 est un passage qui nous rassure, qui nous encourage et qui nous apporte une merveilleuse assurance.

• Matthieu 7 : un texte qui nous bouscule

« Entrez par la porte étroite! En effet, large est la porte, spacieux le chemin menant à la perdition, et il y en a beaucoup qui entrent par là, mais étroite est la porte, resserré le chemin menant à la vie, et il y en a peu qui les trouvent.
Méfiez-vous des prétendus prophètes! Ils viennent à vous en vêtements de brebis, mais au-dedans ce sont des loups voraces. Vous les reconnaîtrez à leurs fruits. Cueille-t-on des raisins sur des ronces ou des figues sur des chardons? Tout bon arbre produit de bons fruits, mais le mauvais arbre produit de mauvais fruits. Un bon arbre ne peut pas porter de mauvais fruits, ni un mauvais arbre porter de bons fruits. Tout arbre qui ne produit pas de bons fruits est coupé et jeté au feu. C'est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez.
Ceux qui me disent: 'Seigneur, Seigneur!' n'entreront pas tous dans le royaume des cieux, mais seulement celui qui fait la volonté de mon Père céleste. Beaucoup me diront ce jour-là: 'Seigneur, Seigneur, n'avons-nous pas prophétisé en ton nom? N'avons-nous pas chassé des démons en ton nom? N'avons-nous pas fait beaucoup de miracles en ton nom?' Alors je leur dirai ouvertement: 'Je ne vous ai jamais connus. Eloignez-vous de moi, vous qui commettez le mal!'
C'est pourquoi, toute personne qui entend ces paroles que je dis et les met en pratique, je la comparerai à un homme prudent qui a construit sa maison sur le rocher. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont déchaînés contre cette maison; elle ne s'est pas écroulée, parce qu'elle était fondée sur le rocher. Mais toute personne qui entend ces paroles que je dis et ne les met pas en pratique ressemblera à un fou qui a construit sa maison sur le sable. La pluie est tombée, les torrents sont venus, les vents ont soufflé et se sont abattus sur cette maison; elle s'est écroulée et sa ruine a été grande. »
Quand Jésus eut fini de prononcer ces paroles, les foules restèrent frappées par son enseignement, il enseignait avec autorité, et non comme les spécialistes de la loi.
(Matthieu 7.13-29)

Ces paroles de Jésus sont les toutes dernières de son célèbre sermon sur la montagne. Nombreux sont ceux qui apprécient la qualité de ce long discours et s’accordent à reconnaître que Jésus était un grand maître plein de sagesse. Mais cela n’était pas l’objectif de Jésus, il ne voulait pas d’éloges de la part des hommes. Il voulait que ceux-ci lui obéissent et le suivent. Alors oui, il faut avouer que sa conclusion nous bouscule dans nos habitudes et notre confort ! Ce texte nous remet en cause, nous qui nous voyons parfois Dieu comme un instrument dans nos vies et non comme le centre de celles-ci, nous qui nous contentons de lait et non de nourriture solide (Hébreux 6.11-13), nous qui réduisons l’église à quelques dizaines de minutes le dimanche matin, nous qui vivons la plupart du temps exactement comme le monde mais, Dieu soit loué, nous qui sommes chrétiens ! Comment savons-nous que nous sommes chrétiens ? « Ben je suis plus ou moins comme les autres personnes de l’église ». Et à qui se comparent ces personnes chrétiennes ? Ne nous comparons pas à des chrétiens qui se comparent à des chrétiens qui se comparent à des chrétiens mais comparons nous et examinons nous à la Parole de Dieu.

Que nous dit le texte que nous venons de lire ? Plusieurs enseignements et avertissement jalonnent ces versets. Premièrement que l’entrée du Royaume se fait par une porte (7.13). Nos églises évangéliques le disent suffisamment, oui il y a une porte, il y a un seul Dieu, et de même aussi un seul médiateur entre Dieu et les hommes, un homme : Jésus-Christ (1 Timothée 2.5-6). Si on parle souvent de la porte comme le salut par la foi, on oublie parfois qu’il est précédé par une profonde repentance - Jean-Michel nous l’a rappelé il y a deux semaines - et que ce salut par la foi est suivi par une renonciation au péché, à un changement de mode de vie, à un amour pour les choses que Dieu aime, à une croissance spirituelle et à un désir de ressembler à Jésus-Christ ! Si l’entrée dans le Royaume se fait par une porte, elle se fait aussi par un chemin tout aussi étroit (7.14). Cet enseignement sonne comme un avertissement pour l’orgueilleux et le nonchalant, pour celui qui se satisfait d’avoir franchi la porte, en exagérant pour celui qui se satisfait d’avoir inscrit la date et l’heure de sa conversion sur la première page de sa Bible. A quoi reconnaît-on un chrétien ? Non en le comparant aux autres chrétiens de son église, non en lui demandant le jour de sa première prière, mais en lui demandant s’il marche encore aujourd’hui sur ce chemin étroit qui mène à la vie (7.14). Billy Graham affirme qu’il serait heureux si rien que 5% des personnes qui s’étaient levées pendant ses campagnes d’évangélisation marchaient encore aujourd’hui sur ce chemin… L’apôtre Paul nous avertit aussi : Examinez-vous vous mêmes, pour savoir si vous êtes dans la foi; éprouvez-vous vous-mêmes. Ne reconnaissez-vous pas que Jésus-Christ est en vous? (2 Corinthiens 13.5) Quel chemin suivons-nous vraiment ? Il y a plus de dix ans, un ami Pierre-Etienne m’a écrit une carte postale pendant ses vacances et a fini son courrier par une phrase qui m’encourage encore aujourd’hui : « Continue de marcher sur le bon chemin. Et même s’il s’avère être étroit, continue, il n’y en a pas de meilleur ». Pour l’anecdote, j’avoue avoir inscrit cette phrase sur la première page de ma Bible ! Oui, le salut est un chemin sur lequel nous marchons, sur lequel nous apprenons à toujours mieux connaître Dieu. Tout serait-il plus simple si le salut n’était qu’une porte qu’il suffirait d’avoir franchi un jour une fois et après laquelle il suffirait de croiser les bras en attendant ? Non, le salut est aussi un chemin qui nécessite de toujours avancer, un chemin sur lequel notre Père nous ramène quand nous nous en éloignons.

La suite de Matthieu 7 continue sur la même lancée, ce sont des avertissements concernant l’authenticité de notre foi. A quoi reconnaîtrons-nous les faux prophètes ? Nous les reconnaitrons à leurs fruits (7.16). Les faux prophètes tout comme les faux amis préfèrent nous caresser dans le sens du poil plutôt que de nous confronter à la vérité. Quoi qu’il en soit, nous les reconnaitrons à leurs fruits. Et nous, quels sont les fruits qui émanent de nos vies ? Des figues ou des chardons ? Cueille-t-on des raisins sur des ronces ou des figues sur des chardons ? Non, c’est une question de logique. Jésus n’était ni agriculteur ni fermier mais s’il a posé cette question de bon sens, c’est pour que nous réalisions à plus d’un titre combien nos vies devraient produire du bon fruit en abondance. Je suis le cep, vous êtes les sarments. Celui qui demeure en moi et en qui je demeure porte beaucoup de fruits (Jean 15.5) A quoi le monde reconnaîtra-t-il que nous sommes chrétiens ? Vous les reconnaitrez à leurs fruits. En français, pour insister sur une idée, on élève la voix à l’oral, on écrit en gras et en majuscule à l’écrit. En hébreu, pour insister sur une idée importante, on la répète encore et encore : Vous les reconnaitrez à leurs fruits. Vous les reconnaitrez à leurs fruits. C’est donc à leurs fruits que vous les reconnaîtrez. (7.20) Quels fruits portons-nous ? Ces versets résonnent comme un avertissement et une remise en cause pour ceux qui sont oublieux, hypocrites et orgueilleux. Et nous le sommes tous à un moment ou à un autre…

Puis Jésus continue d’insister toujours sur la même idée. Après avoir évoqué deux types de portes et de chemins, deux types d’arbres et de fruits, il compare deux types de personnes. Celles qui disent « Seigneur, Seigneur » et celles qui font la volonté du Père (7.21). Jésus lui-même nous enseigne de l’importance de faire la volonté de son Père céleste et de ne pas agir comme si aucune loi ne nous avait été donnée (7.23). Jésus dira ne pas connaître ceux qui se sont contentés de dire « Seigneur, Seigneur ». Cela est dur à entendre pour nos oreilles habituées à plus de douceur de la part du sermon sur la montagne ! Cela nous questionne, nous remet en cause, nous réveille, nous bouscule. Faisons-nous la volonté de notre Père ? Qu’est ce qui compte le plus pour nous ? Que sont les priorités de nos vies ? Ces avertissements ne nous sont pas donnés pour nous faire retomber sous le joug du légalisme comme accès au Père mais comme du bon sens concernant l’évidence de notre foi. Cela nous rappelle Jacques affirme que la foi sans les œuvres est morte (Jacques 2.14-26). Si aucune œuvre n’accompagne notre foi, si nos vies n’ont pas été transformées et ne sont pas transformées encore aujourd’hui par notre foi, alors celle-ci ne nous sauve pas. Il s’agit d’une foi morte et non d’une foi véritable, c’est du bon sens. Jacques et Jésus défendent exactement le même bon sens concernant la foi et les œuvres, cela dérange nos oreilles protestantes qui sont à tort vaccinées contre tout ce qui touche aux œuvres. Puis Jésus conclut en parlant de deux types de maisons pour un nouvel avertissement : Toute personne qui entend ces paroles que je dis et les met en pratique, je la comparerai à un homme prudent qui a construit sa maison sur le rocher. (7.24) Mais toute personne qui entend ces paroles que je dis et ne les met pas en pratique ressemblera à un fou qui a construit sa maison sur le sable (7.26).

Oui, la Bible est parfois dure mais je pense que nos cœurs durs en ont parfois besoin; Dieu sait ce dont nous avons le plus besoin. Jésus savait parler avec autorité (7.29), il ne nous caresse pas dans le sens du poil et n’hésite pas à nous confronter à la vérité à l’inverse des faux prophètes qu’il vient de dénoncer. Sa parole vient ce matin nous bousculer, nous avertir et nous remettre en cause. Que celui qui croit être debout prenne garde de ne pas tomber! (1 Corinthiens 10:12) Sur quel chemin marchons-nous ? Le salut n’est pas qu’une porte à franchir. Quel fruit portons-nous ? Un arbre est déclaré bon quand il produit du bon fruit. Répétons-nous « Seigneur, Seigneur » sans pour autant faire la volonté du Père ? Jésus reconnaîtra ceux qui ont fait la volonté de son Père céleste. Sur quoi repose vraiment notre maison ? Entre le sable et le rocher, il ne s’agit pas d’une simple question d’épanouissement personnel mais bien de vie éternelle. Comme nous l’a montré ce chapitre de Matthieu 7, la Bible sait avertir les orgueilleux, réveiller les endormis, bousculer les suffisants, alerter les hypocrites. Oui, Dieu sait nous remettre en cause quand il le faut, nous qui passons parfois par tous ces tristes états à la fois. Alors aujourd'hui, nous qui avons entendus sa voix, n'endurcissons pas notre cœur (Hébreux 3.15). Et le bon Père qu’il est saura remettre ses enfants sur le bon mais étroit chemin qui mène à la vie.

• Jean 21 : un texte qui nous rassure

Face à tant d’avertissements et d’exhortations, nous pouvons parfois être découragés à cause de notre faiblesse humaine et nos difficultés à changer nos cœurs et nos habitudes. Face à nos rares victoires qui se perdent parfois au milieu de nos défaites, Dieu nous disqualifie-t-il pour autant ? Dieu nous renie-t-il et nous rejette-t-il ? Non, la Bible sait aussi apporter la consolation et la sécurité à nos cœurs quand ceux-ci en ont besoin. Si la Bible bouscule les orgueilleux, les hypocrites et les oublieux, elle rassure et affermit les découragés, les affligés et les inquiets. Pour illustrer ce deuxième grand point, complémentaire au premier, je vous invite à se pencher ensemble sur Jean 21, un chapitre qui montre la douceur et l’amour de Dieu quand il s’agit de nous restaurer et de nous relever. Dans ce passage, le Christ ressuscité va à la rencontre de Pierre qui est sur sa barque en train d’essayer en vain de pêcher un poisson qui semble le fuir. Rongé par le remords de son triple reniement, Pierre va être réhabilité en expérimentant d’une manière extraordinaire l’amour de son maître Jésus :

Après cela, Jésus se montra encore aux disciples sur les rives du lac de Tibériade. Voici de quelle manière il se montra. Simon Pierre, Thomas, appelé Didyme, Nathanaël, qui venait de Cana en Galilée, les fils de Zébédée et deux autres disciples de Jésus se trouvaient ensemble. Simon Pierre leur dit: «Je vais pêcher.» Ils lui dirent: «Nous allons aussi avec toi.» Ils sortirent et montèrent dans une barque, mais cette nuit-là ils ne prirent rien.
Le matin venu, Jésus se trouva sur le rivage, mais les disciples ne savaient pas que c'était lui. Il leur dit: «Les enfants, n'avez-vous rien à manger?» Ils lui répondirent: «Non.» Il leur dit: «Jetez le filet du côté droit de la barque et vous trouverez.» Ils le jetèrent donc et ils ne parvinrent plus à le retirer, tant il y avait de poissons. Alors le disciple que Jésus aimait dit à Pierre: «C'est le Seigneur!» Dès qu'il eut entendu que c'était le Seigneur, Simon Pierre remit son vêtement et sa ceinture, car il s'était déshabillé, et se jeta dans le lac. Les autres disciples vinrent avec la barque en tirant le filet plein de poissons, car ils n'étaient pas loin de la rive, à une centaine de mètres.
Lorsqu'ils furent descendus à terre, ils virent là un feu de braises avec du poisson dessus et du pain. Jésus leur dit: «Apportez quelques-uns des poissons que vous venez de prendre.» Simon Pierre monta dans la barque et tira le filet plein de 153 gros poissons à terre; malgré leur grand nombre, le filet ne se déchira pas. Jésus leur dit: «Venez manger!» Aucun des disciples n'osait lui demander: «Qui es-tu?» car ils savaient que c'était le Seigneur. Jésus s'approcha, prit le pain et leur en donna; il fit de même avec le poisson. C'était déjà la troisième fois que Jésus se montrait à ses disciples depuis qu'il était ressuscité.
Lorsqu'ils eurent mangé, Jésus dit à Simon Pierre: «Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu plus que ceux-ci?» Il lui répondit: «Oui, Seigneur, tu sais que j'ai de l'amour pour toi.» Jésus lui dit: «Nourris mes agneaux.» Il lui dit une deuxième fois: «Simon, fils de Jonas, m'aimes-tu?» Pierre lui répondit: «Oui, Seigneur, tu sais que j'ai de l'amour pour toi.» Jésus lui dit: «Prends soin de mes brebis.» Il lui dit, la troisième fois: «Simon, fils de Jonas, as-tu de l'amour pour moi?» Pierre fut attristé de ce qu'il lui avait dit, la troisième fois: «As-tu de l'amour pour moi?» et il lui répondit: «Seigneur, tu sais tout, tu sais que j'ai de l'amour pour toi.» « Alors nourris mes brebis » […] Puis Jésus il lui dit: «Suis-moi.» […] « Toi, suis-moi ».
(Jean 21.1-17)

Cet épisode de la pêche miraculeuse racontée dans le dernier chapitre de l’Evangile de Jean intervient juste après la Résurrection de Christ et son apparition à quelques uns des ses disciples comme Thomas qui a voulu vérifier par lui-même la réalité de cette résurrection physique. Parce que tu m’as vu, tu as cru. Heureux ceux qui ne m’ont pas vu et qui ont cru (Jean 20.29) proclame Jésus. Rien ne nous dit que Pierre ait fait partie des disciples qui ont pu voir Jésus à cette occasion. Quoi qu’il en soit, quand nous retrouvons Pierre sur sa barque sur le lac de Tibériade, il n’a pas l’air d’avoir le moral au beau fixe, c’est le moins que l’on puisse dire ! Dans la tête de Pierre résonne encore le chant du coq qui est venu conclure son triple reniement le vendredi précédent. « Quel lâche ai-je été ! Qu’est ce qu’il m’a pris ! Jésus m’acceptera-t-il de nouveau ? Sûrement pas… » Pierre a beau avoir vu le tombeau vide, il a beau avoir entendu que Jésus était apparu en chair et en os à d’autres disciples. Tout cela est bien insuffisant pour le réconforter. Comment a-t-il osé renier à trois reprises son maître ? Tout est fini, plus jamais Jésus ne lui redonnera une chance. Ces trois dernières années ont été extraordinaires, mais il faut se rendre à l’évidence, tout cela est fini. Le désespoir de Pierre est tel qu’il décide de retourner à son activité première : la pêche. Je vais pécher leur dit-il (21.3). Il décide de revenir à son ancienne activité ; cette barque, Pierre ne l’avait plus touché depuis que Jésus l’a appelé personnellement en Matthieu 4 : Suivez-moi, je vous ferai de vous des pêcheurs d’hommes. (Matthieu 4.19) Sur le chemin de la foi, c’est une tentation de vouloir revenir à ce que nous croyons savoir le mieux faire, de retourner dans notre zone de confort où nous avons toutes nos habitudes. Mais Jésus veut nous faire grandir et la Bible ne nous invite ni à reculer, ni à stagner mais bien à avancer. Laissant les bases de l'enseignement relatif au Messie, tendons vers la maturité sans avoir à reposer le fondement du renoncement aux œuvres mortes, de la foi en Dieu, de l'enseignement concernant les baptêmes et l'imposition des mains, de la résurrection des morts et du jugement éternel. C'est ce que nous ferons, si Dieu le permet. (Hébreux 6.1-3). Sur le chemin du salut, Dieu veut nous faire aller de l’avant. Ceci est tout autant valable pour nous aujourd’hui que pour Pierre à l’époque. Voilà pourquoi Jésus ne permet pas que Pierre réussisse à pêcher des poissons avec l’énergie du désespoir. Pour éviter que Pierre ne remette toute sa confiance en lui et en ses propres capacités, Jésus empêche tout poisson de tomber dans le filet pendant toute une nuit (21.3). Il ne faudrait pas qu’un tel désespoir puisse produire du bon fruit. Les bonnes figues ne poussent pas sur les mauvaises ronces, n’est-ce pas ? Voilà le premier miracle de Jésus dans ce passage : éviter que Pierre retrouve sa confiance en toute autre chose qu’en son Sauveur et son Seigneur. Dieu nous a tous donnés certaines capacités, que ce soit pour notre travail professionnel ou bien encore pour le service dans l’Eglise. Même si elles proviennent de Dieu, ne plaçons jamais notre confiance dans nos capacités. Seul Jésus est digne de recevoir notre confiance et notre espoir.

Pierre est alors plus qu’au fond du trou, voilà que même ce qu’il savait faire de mieux ne marche plus. Décidément, quelle mauvaise semaine ! C’est alors qu’un homme apparaît au loin sur le rivage et leur demande s’ils ont quelque chose à manger. Ils lui répondirent que non (21.5). Dieu pose souvent des questions dont il connaît la réponse… Par cette question, Jésus ne veut ni les narguer ni les humilier inutilement, il veut leur (et nous) faire prendre conscience de l’inefficacité d’une confiance mise en l’homme. Puis il finit par conseiller à notre équipe de pêcheurs de jeter le filet de l’autre côté de la barque (21.6). Quel drôle de conseil ! Personnellement, j’ai toujours grandi à Lyon loin de la mer et de l’océan, je n’ai jamais pêché au filet, mais je crois savoir que si on ne pêche rien du côté droit de la barque pendant toute une nuit, il n’y a aucune chance de pêcher d’un seul coup des centaines de poissons du côté gauche de la barque, n’est-ce pas ? Pierre le pêcheur en sait d’ailleurs sûrement plus à ce propos là que Jésus le menuisier. Pourtant, pourtant, c’est bien ce qu’il arriva, à tel point que ils ne parvinrent plus à retirer le filet tant il y avait de poissons (21.6). Après le premier miracle où aucun poisson n’avait été pêché pendant la nuit, voici le deuxième miracle où d’un seul coup plus d’une centaine de poissons sont pêchés ! Ce deuxième miracle est à l’opposé du premier non pas seulement sur le nombre de poissons dans le filet. L’énergie du désespoir et la confiance en ses propres capacités ont été les raisons de l’échec miraculeux de la nuit. La confiance absolue dans les paroles de cet homme sur le rivage a permis une pêche miraculeuse le matin venu.

C’est à ce moment là que les disciples reconnaissent Jésus sur le rivage. C’est le Seigneur ! (21.7) Pierre commence à comprendre. Il n’y a que Jésus qui soit capable d’un tel double-miracle ! Le regard de Pierre croise celui de Jésus, la dernière fois que cela s’était produit, c’est au chant du coq dans la vieille ville de Jérusalem… Pierre, toujours aussi impulsif, ne peut contenir sa joie. Il se rhabille un minimum avant de se lancer à la nage en direction du rivage et de son Seigneur. Imaginez la scène rien qu’un instant ! Pierre, 1er champion olympique du 100m crawl ! Cela nous fait sourire d’imaginer Pierre en train de faire du crawl dans le lac de Tibériade, mais peut-on lui reprocher son attitude spontanée ? Combien d’entre nous seraient restés au sec sur la barque, plus préoccupés par le sort du filet à la limite de la rupture que par la proximité avec notre Seigneur ? Combien de fois notre quotidien et ses contraintes matérielles nous servent d’excuse et de prétexte pour ne pas passer du temps avec notre Seigneur ? Pierre, lui, a compris que le seul moyen d’être utile, c’est d’être avec Jésus. Il sera plus utile sur la plage avec Jésus que sur la barque avec les autres disciples. Pierre veut être avec Jésus, ni plus ni moins. Cela nous rappelle une autre scène assez similaire dans Matthieu 14 où lors la tempête Pierre sortit de la barque pour aller vers Jésus qui marchait sur les eaux (Matthieu 14.29). Pierre ne voulait pas marcher sur les eaux simplement pour tester ce que cela faisait, il le faisait avant tout pour rejoindre son maître, pour être le plus proche possible de son Seigneur. Il en est de même pour l’épisode de la Transfiguration en Matthieu 17 où Pierre propose de construire trois tentes tant il était bon d’être ici en sa présence glorieuse (Matthieu 17.4). Voilà pourquoi Pierre se met à la natation pour rejoindre au plus vite Jésus. Avant nous tous, il avait compris que sans Jésus, nous ne pouvons rien faire (Jean 15.5). Nous aussi, veillons à ne pas nous laisser happer par les préoccupations de notre quotidien à la maison, au travail ou à l’église. Et n’oublions jamais que tout service utile que nous puissions avoir passe avant tout pour une proximité avec Jésus.

Une fois que tous les disciples furent arrivés sur le rivage auprès de Jésus, ils découvrent qu’il leur a préparé un petit déjeuner quatre étoiles. Un feu de braises, du pain et du poisson (21.9). Quoi de mieux pour requinquer une bande de pêcheurs qui sortent d’une nuit blanche faite de fatigue et de désespoir ! Jésus ose leur demander d’apporter quelques uns des poissons qu’ils viennent de prendre (21.10). Comme si c’étaient les disciples qui avaient réussi à attraper ces poissons ! Quoi qu’il en soit, je suppose que le petit déjeuner qu’ils prirent tous ensemble ce matin là fut le meilleur petit déjeuner de leurs vies. Imaginez un instant la scène : le soleil levant, le bruit des vagues, la chaleur du feu, le sandwich au poisson grillé, la fraîcheur du vent… et surtout la douce présence de Jésus. Il y aurait sûrement plein de choses à faire, ranger le filet, aller vendre les poissons sur le marché, aller annoncer aux villes voisines la résurrection de Jésus, s’organiser en équipes pour porter la nouvelle aux quatre coins du pays… nous sommes toujours forts pour remplir des post-it de choses à faire ! Non, à l’instant même, la communion avec Jésus est la chose la plus importante. Parmi tout ce que nous pouvons faire dans l’église, rien n’est plus important et ne remplace le temps que nous pouvons passer en communion avec Jésus. La base de notre service est le temps que nous passons dans la présence de notre Seigneur. Pierre a dû savourer ces instants plus que tous les autres disciples, lui qui s’était cru définitivement banni depuis son triple reniement. Par tous ces événements, Jésus lui apporte la merveilleuse assurance qu’il est en sécurité en sa présence. Je suis le bon berger, Mes brebis écoutent ma voix ; moi, je les connais, et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle : jamais elles ne périront, personne ne les arrachera de ma main. Mon Père, qui me les a données, est plus grand que tout, et personne ne peut rien arracher de la main du Père. (Jean 10.27-30) Jésus officialise ensuite la réhabilitation de Pierre en lui demandant trois fois « M’aimes-tu ? Simon, m’aimes-tu ? As-tu de l’amour pour moi ? » (21.15-17) Cette triple question fait évidement écho au triple reniement précédent la crucifixion de Jésus. Et Pierre aimait véritablement son Seigneur de son cœur, de toute sa pensée et de toute son âme (Matthieu 22.37). La base de notre service est notre amour pour notre Seigneur. Alors Jésus réitère à Pierre l’appel qu’il lui avait déjà fait au début de son ministère : «Suis-moi. […] Toi, suis-moi » (21.19-22). Existe-t-il un plus beau passage démontrant l’amour de Dieu pour ses enfants et la sécurité qu’il nous offre ? Dieu est fidèle et toujours prêt à nous rassurer et nous encourager quand nous nous sommes éloignés du chemin étroit, quand nous avons peur de ne plus faire partie de son troupeau. La Bible sait rassurer les inquiets et réconforter les affligés. Nous avons l'assurance que ni la mort ni la vie, ni les anges ni les dominations, ni le présent ni l'avenir, ni les puissances, ni la hauteur, ni la profondeur, ni aucune autre créature ne pourra nous séparer de l'amour de Dieu manifesté en Jésus-Christ notre Seigneur. (Romains 8.38-39)

• Conclusion : un livre de vie fait d’affirmations complémentaires.

Nous venons de redécouvrir deux chapitres bien différents. Matthieu 7 nous a réveillés et nous a bousculés dans notre petit confort. Le salut est avant tout un chemin étroit sur lequel il nous appartient de faire la volonté du Père et de porter du bon fruit. Jean 21 nous a rassurés en nous apportant la formidable assurance que rien ne peut nous arracher de la main de Jésus. Dans son amour, Jésus a réhabilité Pierre d’une façon extraordinaire et il fera la même chose pour ses enfants qui s’éloignent du bon chemin. Et si je devais donner une dernière précision, c’est que ces deux chapitres appartiennent bien à la même Bible. Oui, la Bible sait bousculer et avertir les orgueilleux, les hypocrites et les nonchalants ; elle sait aussi rassurer et affermir les découragés, les inquiets et les humbles de cœur. Elle sait soit nous avertir soit nous rassurer, en fonction de ce nous sommes à un moment donné. C’est un livre de vie qui sait apporter à nos cœurs ce dont ils sont besoin pour toujours plus grandir et avancer sur le chemin de la foi. Voilà pourquoi nos deux chapitres du jour ne s’opposent pas l’un l’autre mais sont complémentaires. C’est cette complémentarité au sein de la Bible qui en fait un livre unique, vivant, surprenant et pastoral, et par l’Esprit, un livre ô combien précieux pour nos vies. Voilà pourquoi les témoignages de Gérard, Noëlle, Christine et d’Alfred sont si différents mais se réclament tous du même livre.

Je souhaiterais conclure avec deux beaux versets qui se trouvent presque à la toute fin de vos Bibles, juste avant le livre de l’Apocalypse. L’épitre de Jude se finit par une exhortation à se maintenir dans l’amour du Seigneur et suivie immédiatement par une proclamation de la puissance et de la souveraineté de notre Seigneur qui peut nous garder de toute chute. Cette fois-ci, la complémentarité de la Bible ne s’illustre pas entre deux chapitres mais entre deux versets quasi consécutifs ! Maintenez-vous dans l'amour de Dieu en attendant le jour où la compassion de notre Seigneur Jésus-Christ sera manifestée pour la vie éternelle. […] A celui qui peut vous garder de toute chute et vous faire paraître devant sa gloire irréprochables et dans l'allégresse, oui, à Dieu seul, qui nous a sauvés par Jésus-Christ notre Seigneur, appartiennent gloire, majesté, force et puissance avant tous les temps, maintenant et pour l'éternité! Amen! (Jude 1.21;24-25)

P.L.