« Nicodème vint de nuit trouver Jésus»
Jean 3.2
· Introduction
Nous sommes aujourd’hui dans une société où tout le monde cherche au moins quelque chose, n’est-pas ? Les politiques cherchent la bonne santé du pays, les financiers cherchent les profits à la bourse, les médecins cherchent un vaccin contre la grippe A, les chercheurs cherchent des nouvelles équations, les sportifs cherchent comment améliorer leurs performances, les étudiants cherchent comment limiter la casse à l’examen du lendemain matin, les diplomates cherchent la paix au Proche-Orient, les mamans cherchent à éviter que l’aîné tape trop fort sur la cadette, les écureuils cherchent des noisettes avant que l’hiver arrive… tout le monde a quelque chose à chercher au quotidien. Et les chrétiens, que cherchent-ils ? Ils cherchent Dieu évidement ou du moins sont censés chercher Dieu, je me trompe ?
Chercher Dieu, c’est autour de ce thème que nous allons nous pencher ce soir. C’est assez vaste comme sujet, je vous propose donc trois questions sur lesquelles réfléchir ce soir. Premièrement, qu’est ce que cela signifie ? Que veut dire « chercher Dieu » ? Deuxièmement, pourquoi chercher Dieu ? Pour quelles raisons ? Troisièmement, comment chercher Dieu ? Quelle attitude avoir ? Ce sera ce troisième point qui sera au cœur de notre réflexion. Et tout au long de ces trois points, j’aurai besoin de vous à plusieurs reprises pour quelques brainstormings, je compte sur vous.
· 1. Que veut dire « chercher Dieu » ?
Chercher Dieu est une belle expression mais à premier abord elle peut sembler énigmatique. Dites à un de vos amis que vous êtes en train de chercher Dieu et il aura du mal à vous imaginer ! Alors commençons par le commencement, essayons de donner une définition à cette expression « Chercher Dieu ». J’ai essayé de chercher avec Google ce que cela pouvait bien signifier et je ne suis tombé sur rien de convaincant. (Brainstorming n°1)
Je pense que cela signifie plusieurs choses. Avant tout, cela signifie chercher qui est-il, quelle est sa nature, qu’est ce qu’il fait, qu’est ce qu’il pense, quelles sont ses caractéristiques, comment s’articulent le Père, le Fils et le Saint-Esprit… Cela paraît bête mais combien de fois nous arrêtons-nous à qu’est ce qu’il peut m’apporter à moi ?
Cela signifie aussi rechercher sa présence, sa communion, son intimité. La relation que l’on peut avoir avec Dieu est ce que nous avons de plus important, c’est la meilleure part qui ne nous sera pas retirée comme l’a dit Jésus à Marthe et Marie (Luc 10). Chercher Dieu signifie rechercher une relation avec Lui. Dieu n’est pas un concept intellectuel que l’on peut chercher avec le cerveau mais sans le cœur.
Chercher Dieu, c’est aussi chercher sa volonté, ce qu'Il veut pour nous, la révélation de sa pensée, ses paroles… tout ce qui peut nous permettre de se rapprocher de lui et de vivre à son image.
Rien de bien nouveau dans cette définition de « chercher Dieu », mais il était important de se rafraichir la mémoire et de bien avoir une vue d’ensemble de tous ces différents aspects. La recherche de Dieu passe certes par la connaissance de Dieu, mais à condition de n’oublier ni d’avoir une relation de cœur à cœur avec lui, ni d’y ajouter du discernement, de la grâce et de l’amour. Voilà pour cette première partie qui avait pour simple prétention de tous nous mettre sur la même longueur d’onde.
· 2. Pourquoi chercher Dieu ?
Qui que nous soyons, nous avons tous une bonne raison de chercher Dieu. Si nous ne connaissons rien à la religion, alors il est bon de chercher Dieu. Si nous sommes des petits chrétiens qui vivent tranquillement leurs petites vies d’église, alors il est bon de chercher Dieu. Si nous sommes des experts théologiens incollables sur la pneumatologie biblique, alors il est bon de chercher Dieu. (Brainstorming n°2)
Si tu n’y connais rien à Dieu et que c’est ce soir une des premières fois dont tu en entends parler, alors continue sur ce chemin. Tu as sûrement déjà essayé de nombreuses choses pour combler ta vie et rechercher le bonheur. En-es tu pour autant satisfait au fond de toi-même? Le philosophe Blaise Pascal a dit il y a 400 ans qu’ « il y a dans l’Homme un vide en forme de Dieu », un vide donc que seul Dieu peut combler. Je suppose que tu as déjà du voir un de tes petits frères ou sœurs jouer à ce jeu en bois où il convient de retrouver quelle forme va dans quel trou. Est-il possible de faire passer une pièce carrée dans un trou rond ? Non, pas plus qu’il n’est possible de remplacer notre besoin de Dieu au fond de nous-mêmes par quelque conque autre activité ou philosophie dans notre vie. Trouver le véritable Créateur, l’Auteur de notre vie afin de donner un sens à notre vie, ça c’est une bonne raison de continuer de chercher Dieu pour toi qui ne t’y connaît presque pas aujourd’hui !
Si tu as déjà depuis quelques années d’avoir Jésus-Christ au centre de ta vie, alors il est encore bon de continuer à chercher Dieu. Ce n’est pas parce qu’on connaît par cœur Jean 3.16 qu’on a plus besoin de chercher Dieu ! Premièrement parce qu’il est infini, donc nous ne pouvons jamais dire « j’ai cherché Dieu et ca y est je l’ai trouvé, c’est fini ». Dieu est infini, il aura toujours quelque chose à t’apprendre de plus sur lui, sur sa fidélité, sa sainteté, sa bonté et son amour pour toi. Quand y’a a plus, y’en a encore ! Combien de fois croyons-nous tout savoir alors que nous faisons de nombreux raccourcis ? C’est simple de se dire sauvé. Mais savez-vous exactement ce que la notion de salut signifie ? Quand y’a a plus, y’en a encore ! De plus, avant Jésus, il était sûrement difficile de connaitre Dieu. Mais Dieu le Père a décidé de se révéler à travers Dieu le Fils, quel privilège pour nous d’être aujourd’hui avec le recul nécessaire pour comprendre grâce à la Bible tout ce qu’il s’est passé pendant ces trois années du côté de Galilée et de Jérusalem. Jésus lui-même nous invite à se rendre compte de ce privilège : « beaucoup de rois et de prophètes auraient aimé voir ce que vous avez vu et entendre ce que vous avez entendu » (Luc 10.24). Enfin, continuer à chercher Dieu et à toujours plus enraciner sa foi est le meilleur vaccin contre la grippe A, la lettre A comme anathèmes, absurdités, bref contre les mensonges et les pièges dans lesquels nous pouvons risquer de tomber. « De cette manière, nous ne serons plus comme de petits enfants ballotés comme des barques par les vagues, emportés ça et là par le vent de toutes sortes d’enseignement, à la merci d’hommes habiles à entraîner les autres dans l’erreur » (Ephésiens 4.14). Ainsi, même les plus grands théologiens doivent continuer sans de chercher Dieu pour rester accrocher à la Vérité et ainsi éviter de tomber dans les nombreux pièges qui peuvent nous guetter.
· 3. Comme Nicodème : chercher Dieu, c’est accepter de changer !
Maintenant que nous avons vu rapidement pourquoi chercher Dieu et ce à quoi cela correspond, il convient de se poser la question du comment : comment chercher Dieu ? Par quels moyens ? C’est une question essentielle et importante, c’est un peu comme la bonne recette que tout le monde attend. Si je vous décris un délicieux plat, la fameuse terrine à la crème de votre grand-mère du Périgord, que je vous fais saliver mais sans vous donner la recette, alors vous serez frustrés, n’est ce pas ? Quelle est donc la recette pour chercher Dieu ? Comment s’y prendre ?
· Ce soir, je souhaiterai avec vous s’arrêter tout particulièrement sur l’attitude à avoir quand on recherche Dieu plutôt que sur les moyens et les ingrédients nécessaires. Les ingrédients, je pense que vous vous en doutez, il s’agit de la lecture de la Bible, livre par lequel Dieu à choisi de se révéler : « Je te cherche de tout mon cœur: Ne me laisse pas égarer loin de tes commandements! Je serre ta parole dans mon cœur, afin de ne pas pécher contre toi » (Psaume 119.10-11). Cela passe aussi par un dialogue avec Dieu dans la prière grâce au Saint-Esprit qui agit en nous, d’être à l’écoute de nos frères et de nos sœurs en Christ qui ont sûrement quelque chose à nous apprendre. Les moyens par lesquels Dieu parle et se laisse trouver sont nombreux : cela peut aller d’une tempête qui vient secouer nos vies comme pour Jonas (Jonas 2) ou alors d’un souffle léger qui pointe le bout de son nez un beau jour comme pour Elie (1 Rois 19).
Les ingrédients sont nombreux, je pense que vous les connaissez déjà quasiment tous. Pour en revenir à notre fameuse terrine à la crème, une fois que vous avez la recette et les ingrédients, êtes-vous d’accord pour dire que si vous avez décidé au fond de vous de ne pas réussir cette recette, alors vous la raterez à coup sur ! Si le cuisinier ne veut pas y mettre du sien, alors cela ne débouchera sur rien de bon. Il en est de même pour ceux qui cherchent ou qui disent chercher Dieu. On a beau avoir une Bible et prier de temps en temps, si je ne veux rien entendre et ne pas changer, alors cela ne sert à rien si ce n’est à me donner bonne conscience. Voilà pourquoi j’ai envie de regarder avec vous avant tout à l’attitude nécessaire quand on veut chercher Dieu de toute son âme, de tout son cœur, de tout sa force et de sa pensée. De quelle manière cherchez-vous Dieu ? Quelle ardeur et persévérance y mettez-vous vraiment?
Dans l’Ancien Testament, il y avait déjà des personnes qui cherchaient Dieu seulement du bout des lèvres tandis que d’autres le faisaient avec ardeur. D’un côté par exemple le roi Saul qui prenait à la légère les paroles que lui communiquait Dieu par l’intermédiaire de Samuel (1 Samuel 13), de l’autre côté le prophète Habakuk qui après avoir posé des questions à Dieu, restait à son poste, en haut de la tour de garde et qui veillait toute la nuit pour voir ce que l’Eternel aurait à lui répondre (Habakuk 2). Dans le Nouveau Testament, on découvre combien Jésus intriguait et attirait les foules par ses miracles et son enseignement. On venait de tout Israël pour venir le voir et l’entendre parler, Jésus a eu donc l’occasion de croiser des personnes toutes aussi différentes les unes des autres. Parmi la foule, certaines personnes venaient à lui pour espérer entendre de lui ce qu’ils voulaient entendre, tel le jeune homme riche qui espère que Jésus va lui dire de continuer ainsi (Matthieu 19), tandis que certaines venaient à lui avec une vraie soif et une vraie envie de guérison, telle la femme pécheresse et son flacon de parfum (Luc 7). Parmi les autorités religieuses, certains responsables venaient à lui pour chercher en lui une contradiction afin de le piéger, tels les pharisiens sur la question de l’impôt à César ou bien encore du divorce (Marc 12). Au contraire, certains chefs juifs virent voir Jésus avec une vraie soif de réponses et une vraie envie de changer, tel le pharisien Nicodème qui se demande si Dieu ne serait-il pas avec Jésus (Jean 3). Je vous propose de suivre de partir à la rencontre de ce pharisien appelé Nicodème pour suivre son exemple. En effet pour lui, chercher Dieu, cela veut dire accepter de changer. Alors qui est ce fameux Nicodème?
· 3.1 Chapitre 3 : un enquêteur prudent
C’est l’Evangile de Jean qui nous raconte en pointillés l’histoire de Nicodème. Selon cet Evangile, Jésus vient tout juste de commencer son ministère en appelant ses premiers disciples, André, Pierre, Philippe et Nathanaël. Sur les routes de Galilée, Jésus passe par un petit village où il fait son premier miracle avec le beaujolais nouveau de Cana. Puis Jésus se met en route pour Jérusalem où il découvre un temple envahi par les marchands, ce qui lui vaut sa première colère. Cet épisode lui vaut aussi ses premières attaques de la part des responsables Juifs qui ne comprennent pas comment il ose se comporter ainsi ! Avec un peu d’imagination, on peut s’imaginer que Jésus après cet épisode agité va se reposer dans la fraîcheur de la vieille ville où quelques curieux viennent encore et encore lui poser des questions. La nuit est tombée lorsqu’un homme s’approche tranquillement…
« Parmi les Pharisiens, il y a un homme appelé Nicodème. C’est un chef juif. Il vient trouver Jésus quand il fait nuit. Il lui dit: «Maître, nous le savons, Dieu t’a envoyé pour nous enseigner. Personne ne peut faire les signes étonnants que tu fais si Dieu n’est pas avec lui.» Jésus lui répond: «Je te le dis, c’est la vérité, personne ne peut voir le Royaume de Dieu, s’il ne naît pas de nouveau.» Nicodème dit à Jésus: «Comment est-ce que quelqu’un peut naître quand il est vieux? Est-ce qu’il peut retourner dans le ventre de sa mère et naître une deuxième fois?» Jésus répond: «Je te le dis, c’est la vérité, personne ne peut entrer dans le Royaume de Dieu, s’il ne naît pas d’eau et d’Esprit. […] » Alors Nicodème demande à Jésus: «Comment cela peut-il se faire?» Jésus répond: «Tu es un maître connu en Israël et tu ne sais pas cela! » Jean 3.1-10
(Brainstorming n°3) Nicodème arrive donc de nuit pour voir Jésus. Les pessimistes diront qu’il est venu de nuit pour ne pas être vu et reconnu ; il est vrai qu’il risquait sûrement sa place au Sanhédrin, ce corps gouvernemental juif composé de 70 membres. Le Sanhédrin dont faisait partie Nicodème était chargé par les autorités romaines de s’occuper des affaires civiles en Israël. Nicodème, membre de gouvernement et spécialiste de la loi, était si on peut dire ce qu’il se faisait de mieux à l’époque, incarnant la réussite sociale et religieuse. Alors certains diront qu’il a eu peur d’être reconnu, lui le spécialiste de la loi osant être curieux, poser des questions et boire les paroles de ce jeune « rabbin » venu de Galilée. Les pessimistes diront donc que Nicodème a eu peur et honte. Les plus optimistes diront qu’il voulait s’assurer d’avoir tout le temps nécessaire pour avoir le temps d’une vraie discussion en tête à tête avec ce Jésus, fuyant donc l’agitation du jour où Jésus était sans cesse interpelé à droite à gauche. Qui a raison ? Nous ne savons pas, l’Evangile de Jean ne nous dit pas pourquoi Nicodème est venu de nuit.
Premièrement, quoi qu’il en soit, il a pris le risque de venir lui-même, lui qui aurait pu envoyer un serviteur poser les questions à sa place. Chercher Dieu n’est pas une démarche que l’on fait par l’intermédiaire de quelqu’un d’autre, cela ne concerne que Dieu et nous. Pour chercher Dieu, il ne suffit pas d’avoir un ami pratiquant, un colloc’ qui lit beaucoup de livres, un parent qui va régulièrement à l’église, un voisin qui nous lit pour nous la Bible et nous en fait le résumé. Chercher Dieu est une démarche individuelle, démarche dans laquelle des amis peuvent certes nous accompagner, mais cela reste entre Dieu et soi. N’attendez pas que quelqu’un d’autre fasse le chemin pour vous. Et cela, Nicodème l’avait bien compris, il est venu lui-même vers Jésus, tout seul; et en cela nous pouvons suivre son exemple.
Deuxièmement, Nicodème ose venir poser des questions, et cela dans un vrai état d’esprit de curiosité. Alors que tous ces collègues Pharisiens venaient à Jésus dans le but constant de le piéger et de le mettre en difficulté, lui vient avec simplement une simple soif d’apprendre et de comprendre. Une telle simplicité est d’autant plus surprenante de sa part qu’il est à l’époque considéré comme l’élite théologique de Jérusalem ! Par cette venue nocturne, Nicodème ose poser des questions malgré son étiquette de spécialiste de la loi et toute sa connaissance. Jésus lui dit d’ailleurs : « Tu es un maître connu en Israël et tu ne sais pas cela! » Pour nous aussi étudiants du XXIème siècle, il est nécessaire de s’éloigner de nos préjugés et de ce que l’on croit déjà savoir pour oser poser nos questions à Dieu. Peut-être appartenez-vous à une famille athée où il est quasi interdit de parler de Dieu ? Un groupe d’amis où les blagues sur la religion sont quotidiennes ? Nicodème aussi fait partie d’un groupe où il ne faisait pas bon d’écouter de trop près les paroles de Jésus. Nicodème a osé changer et sortir de son environnement. Chercher Dieu, cela coûte et cela est risqué. Cela demande aussi une grande humilité quand on croit déjà tout savoir, et on croit toujours en savoir plus que les autres, quel orgueil ! Redevenir un enfant qui pose les questions et écoute les réponses, cela demande une grande humilité. « Laissez les petits enfants venir à moi […] Celui qui n’accueille pas le Royaume des Cieux comme un petit enfant n’y entrera pas » (Marc 10.14-15). Et Nicodème l’a eue, c’est un exemple pour nous qui ne voulons rarement accepter d’avoir tort ou bien de devoir changer.
Troisièmement, Nicodème cherche Dieu avec persévérance, logique et ardeur. Regardons ses paroles : «Maître, nous le savons, Dieu t’a envoyé pour nous enseigner. Personne ne peut faire les signes étonnants que tu fais si Dieu n’est pas avec lui.», «Comment est-ce que quelqu’un peut naître quand il est vieux? Est-ce qu’il peut retourner dans le ventre de sa mère et naître une deuxième fois?», « Comment cela peut-il se faire? » Nicodème part de son idée de départ mais accepte les réponses de Jésus et ne reste pas campé sur ses positions initiales. Combien de fois sommes-nous têtus et refusons-nous les réponses de Dieu ? De plus, Nicodème veut comprendre, on a l’impression qu’il ne lâchera pas Jésus tant qu’il n’aura pas compris cette histoire de nouvelle naissance ! Sommes-nous aussi persévérants quand nous ne comprenons pas quelque chose au sujet de Dieu ? Enfin et surtout, il laisse la parole à Jésus, leur dialogue se transforme même en monologue, à la fin on se doute que Nicodème est encore là mais rien ne nous le dit dans le texte. Combien de fois posons-nous des questions à Dieu mais sans attendre vraiment les réponses qu’il aurait à nous donner par le Saint-Esprit ? Pour tout cela, nous avons beaucoup à apprendre de l’attitude de Nicodème qui a accepté de cheminer au fil de son entrevue avec Jésus, ce fut un enquêteur prudent mais persévérant.
Sur ce premier texte de Jean 3, Nicodème nous donne donc plusieurs bons exemples quant à la manière de chercher Dieu : en le faisant par nous-mêmes, en osant aller au delà de nos habitudes et notre connaissance, en osant sortir de notre environnement quotidien où chercher Dieu sonne ringard, et en le faisant avec persévérance et ardeur, ne nous arrêtant pas et ne nous démotivant pas à la première incompréhension mais acceptant de cheminer au fil des réponses que peut nous apporter Dieu. Par contre, il est un point sur lequel Nicodème n’est pas forcement irréprochable. Au début de la conversation, les titres « Rabbi », « Docteur », « Maître » sont certes très polis et flatteurs mais reflètent que Nicodème n’avait pas compris qui était Jésus. Nicodème étant lui-même un rabbin et un spécialiste de la loi, il commence la conversation en se positionnant à la même hauteur que son interlocuteur, comme s’il voulait parler avec Jésus de rabbin à rabbin. Quand nous cherchons Dieu, n’oublions pas que c’est Dieu que nous cherchons, le Dieu de l’Univers, de la Terre et des Cieux, le Dieu trois fois Saint, le Dieu Vivant, celui qui est éternel et infini. Ce n’est pas un simple concept philosophique que nous pourrions essayer de faire évoluer. Dieu est bien supérieur à nous, ne l’oublions pas. Donc c’est à nous à s’adapter à Lui et non l’inverse. Combien de fois nous nous imaginons changer Dieu pour lui faire dire ce qu’on a envie qu’il dise ? Non, nous ne serons jamais à la même hauteur que Dieu. Heureusement, Nicodème a su évoluer au fil de la conversation, et son attitude d’écoute et sûrement d’admiration nous fait supposer qu’à la fin de l’histoire Nicodème ne considérait plus Jésus comme un simple rabbin aussi béni soit-il. En effet, chercher Dieu, c’est accepter de changer.
· 3.2 Chapitre 7 : un avocat diplomate
Quelques chapitres plus tard, au chapitre 7, nous retrouvons Nicodème à Jérusalem lors de la fête des tentes, célébration de la bonté de Dieu pendant l’errance du peuple dans le désert. Jésus fait parler de lui à Jérusalem, tout le monde a son avis à dire le concernant : la foule, les gardes, les responsables juifs, le Sanhédrin…
« Alors les Pharisiens leur disent: «Il vous a trompés, vous aussi! Aucun de nos chefs, aucun de nous Pharisiens n’a cru en cet homme! Et cette foule qui croit en lui, elle ne connaît pas notre loi. Ce sont des gens que Dieu rejette!» Nicodème est un de ces Pharisiens. C’est lui qui était allé trouver Jésus quelque temps avant. Il dit aux autres: «D’après notre loi, nous ne pouvons pas condamner un homme de cette façon! Nous devons d’abord l’entendre et savoir ce qu’il a fait!» Mais les autres lui répondent: «Est-ce que tu es de Galilée, toi aussi? Étudie les Livres Saints et tu verras: un prophète ne peut pas venir de Galilée.» Jean 7.47-52
L’apparition de Nicodème est ici assez furtive, il y aura donc moins d’enseignement à en tirer que pour le premier passage, je voudrais néanmoins souligner une chose. Nous voyons que Nicodème est un peu plus intrépide que la première fois où il était venu voir Jésus incognito de nuit. Cette fois-ci, il ose défendre en public Jésus devant ses collègues pharisiens pour les inviter à un peu plus d’équité concernant Jésus : « D’après notre loi, nous ne pouvons pas condamner un homme de cette façon! Nous devons d’abord l’entendre et savoir ce qu’il a fait! » Nous ne savons pas ce qui s’est passé pour Nicodème entre le chapitre 3 et le chapitre 7 ; néanmoins il semble qu’il ait avancé dans sa réflexion et qu’il est changé. Chercher Dieu, c’est accepter de changer. Nous qui l’avions quitté en tant qu’enquêteur prudent, le voici devenu un avocat diplomate ! Le chapitre 12 nous informe même plusieurs autres chefs juifs tels Nicodème crurent en Jésus mais restaient cachés « de peur d’être exclu de la synagogue » (Jean 12.42). De même pour vous, quand vous cherchez Dieu, vous serez amenés à avancer et à évoluer. Ne vous inquiétez pas, rien de grave, bien au contrainte que du bon ! Celui qui veut chercher Dieu sans accepter de changer, c’est comme appuyer sur l’accélérateur de votre voiture tout en gardant bloqué le frein à main ! Ca fait du bruit et ca pollue mais votre voiture n’a pas avancé d’un centimètre. Chercher Dieu, c’est accepter de changer. Je vous propose d’accélérer jusqu’à Jean 19 pour voir ce qu’est devenu Nicodème !
· 3.3 Chapitre 19 : un confesseur convaincu
Au chapitre 19, après une semaine bien agitée à Jérusalem, Jésus vient d’être condamné et crucifié. Après trois heures terribles d’obscurité sur la ville, Jésus vient de mourir, il règne une drôle d’ambiance à Jérusalem. Les responsables juifs sont contents d’avoir fait taire celui qu’il considère comme un blasphémateur, les romains soulagés d’en avoir fini avec toute cette agitation, les onze disciples sont apeurés se cachant dans les maisons, Judas Iscariote est plein de remords…
« Après cela, Joseph d’Arimathée, qui était disciple de Jésus, mais en secret par crainte des Juifs, demanda à Pilate la permission de prendre le corps de Jésus. Et Pilate le permit. Il vint donc, et prit le corps de Jésus. Nicodème, qui auparavant était allé de nuit vers Jésus, vint aussi, apportant un mélange d’environ cent livres de myrrhe et d’aloès. Ils prirent donc le corps de Jésus, et l’enveloppèrent de bandes, avec les aromates, comme c’est la coutume d’ensevelir chez les Juifs. » Jean 19.38-40
Deux pharisiens, Joseph et Nicodème, prennent donc l’initiative de récupérer le corps de Jésus pour l’ensevelir. Nicodème amène même lui-même le mélange aromatique nécessaire à l’ensevelissement ! Alors que les onze disciples sont cachés et n’osent pas sortir, c’est Nicodème le pharisien qui a le courage de se déclarer publiquement pour Jésus en s’occupant de son corps meurtri. J’insiste, Nicodème a ici plus de courage que les onze disciples qui ont passé trois ans auprès du Christ ! Alors que Nicodème était venu de nuit voir Jésus la première fois, le voilà qui se déclare pour Jésus et cela en plein jour : il est passé des ténèbres à la lumière. Quand on accepte de changer en chercher Dieu, Dieu fait plus que nous changer, il nous transforme. Et Dieu a transformé Nicodème, au début en enquêteur prudent, puis en avocat diplomate et maintenant en confesseur convaincu. Voilà ce qui arrive quand on cherche Dieu de tout son cœur, de toute son âme et de toute sa pensée !
Que l’on soit déjà chrétien ou pas, il nous faut tous changer quand nous cherchons Dieu. Ici, l’histoire de Nicodème est celle d’une personne qui accepte de se tourner progressivement vers Christ. Mais même quand nous sommes déjà chrétiens depuis plusieurs années, il nous faut encore garder la même attitude et toujours accepter de changer au fur et à mesure que Dieu se révèle à nous et qu’il pointe de temps de temps le doigt sur des choses à changer dans nos vies. Quelle est la dernière chose dans votre vie sur laquelle Dieu a pointé son doigt dernièrement ? Votre mauvais comportement ? Une rancœur ? Un mensonge ? Une mauvaise habitude ? Avez-vous capitulé et accepté de changer ou alors campez-vous sur votre position ? Non, le divin potier n’aura jamais complètement fini de modeler son vase d’argile (Es 30) tant que celui-ci ne ressemblera pas à Jésus-Christ. Autrement dit, nous en avons pris à perpétuité !
· Conclusion
Au moment de conclure ce speech, vous vous dites peut-être en vous-mêmes : « Eh bien dis donc, c’est difficile de chercher correctement Dieu… ». Cela signifie en effet le faire par soi-même, oser s’éloigner de ses habitudes, avoir l’humilité de ne pas prétendre tout savoir, quitter ses préjugés et autres fausses conceptions, rester à l’écoute des réponses de Dieu et le laisser nous transformer et nous modeler. Or nous avons rarement la même attitude que Nicodème, préférant souvent l’attitude de Saul qui n’entendait que ce qu’il voulait entendre (1 Samuel 13) ou bien ceux de ces lépreux qui venaient à Jésus seulement pour être guéris et recevoir de lui une bénédiction (Luc 17). Nicodème a montré beaucoup de qualités quant à l’ardeur et l’humilité qu’il a mises pour chercher Dieu, cela fait beaucoup et je suis conscient que cela peut être décourageant pour quelques uns d’entre vous ce soir…
Alors je souhaiterai vous laisser avec une promesse que Dieu a donné à plusieurs reprises dans sa Parole : « Cherchez Dieu et vous trouverez. » (Jérémie 29.13, 33.3, Matthieu 7.7, Luc 11.9). C’est une promesse qui nous fait dire que le fait de trouver Dieu ne signifie pas qu’on a bien cherché Dieu mais qu’il nous a fait la grâce de se laisser trouver. Nos meilleurs efforts n’impliquent aucun résultat garanti, mais tout est grâce. Dieu a décidé par amour de se révéler aux hommes et cela est une grâce de le trouver, qu’on soit comme Nicodème ou comme Saul. Personne ne peut prétendre mériter Dieu par ses propres efforts et sa bonne attitude, je te rassure. Alors qui que tu sois, chercher Dieu de tout ton cœur, de toute son âme et de toute ta pensée, et compte sur sa grâce infinie qui te fait cette promesse éternelle: « cherche et tu trouveras »…
Amen.
P.L.