jeudi 19 février 2009

Jean 10.33 L'incarnation de Jésus

« Car toi qui n’es qu’un homme, tu te fais Dieu »

Jean 10.33


Introduction : L’incarnation, un sujet polémique


· Je souhaiterais commencer par une question : selon vous, qui est Jésus ? Et si on faisait un sondage ce soir sur Jésus, quels seraient les résultats ? Jésus lui-même aimait faire des sondages et poser cette question à ces disciples « Qui dites-vous que je suis ? » (Matthieu 16.15). Cette question « Qui est Jésus ? » a été posée en novembre 2008 à 970 français de plus de 18 ans pour un sondage Pèlerin TNS Sofrès, je vous laisse découvrir les résultats : 35% Fils de Dieu, 21% Prophète, 44% Homme.


Savez-vous quel sujet a toujours porté polémique concernant Jésus ? Qu’est ce qui a valu à Jésus d’être crucifié à Golgotha pendant la semaine de Pâques, fête que nous allons célébrer dans les prochains mois ? Est-ce pour son enseignement que Jésus a été rejeté et l’est encore aujourd’hui ? Est-ce pour son caractère ? Pour ses miracles ? Pour ses cheveux trop longs ? Comme le dit Josh McDowell en introduction d’un de ses livres : « En quoi Jésus est-il différent de tous les autres leaders religieux ? Pourquoi les noms de Moïse, Bouddha, Mahomet et Confucius n’ont-ils pas autant offensés les gens que celui de Jésus ? » Je vous laisse découvrir la réponse en lisant ensemble le texte suivant, Jean 10.22-33 :


« Le moment vint où l'on célébrait à Jérusalem la fête de la Dédicace. C'était l'hiver. Jésus allait et venait dans la cour du Temple, dans la Galerie de Salomon. Alors on fit cercle autour de lui et on l'interpella: Combien de temps nous tiendras-tu encore en haleine? Si tu es le Messie, dis- le nous clairement. Je vous l'ai déjà dit, leur répondit Jésus, mais vous ne croyez pas. Pourtant, vous avez vu les actes que j'accomplis au nom de mon Père: ce sont eux qui témoignent en ma faveur. Mais vous ne croyez pas. Pourquoi? Parce que vous ne faites pas partie de mes brebis. Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle: jamais elles ne périront et personne ne pourra les arracher de ma main. Mon Père qui me les a données est plus grand que tous, et personne ne peut arracher qui que ce soit de la main de mon Père. Or, moi et le Père, nous ne sommes qu'un.


Cette fois encore, ils ramassèrent des pierres pour le tuer. Alors Jésus leur dit: J'ai accompli sous vos yeux un grand nombre d'œuvres bonnes par la puissance du Père; pour laquelle voulez-vous me tuer à coups de pierres? Les Juifs répliquèrent: Nous ne voulons pas te tuer pour une bonne action, mais parce que tu blasphèmes. Car, toi qui n'es qu'un homme, tu te fais Dieu. » (Jean 10.22-33)


Vous l’avez compris, le sujet polémique qui a valu à Jésus d’être rejeté par les juifs de l’époque, cela a été l’affirmation de sa divinité, c’est la vraie raison du procès lors duquel il a été condamné à la crucifixion : « Cet homme doit mourir car il s’est fait Fils de Dieu » (Jean 19.7).

· Pour le contexte plus particulier de ce passage de Jean 10 que nous venons de lire, sachez que Jésus avait déjà affirmé sa divinité dans les chapitres précédents. Par des paroles avec Jean 8 où Jésus dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham soit né, je suis. » (Jean 8.58) Dans la religion et la langue judaïques, ce fameux « je suis » est une référence directe à Exode 3.14 avec le dialogue entre Dieu et Moïse, pas de doute possible. Jésus avait donc déjà affirmé clairement sa divinité en paroles. Au chapitre 9, Jésus affirme ensuite sa divinité en actes par l’intermédiaire d’un miracle, la guérison d’un aveugle de naissance. Prendre de la boue (comme dans la Genèse) et l’appliquer sur les yeux de l’aveugle de naissance, lui donner la vue (et pas simplement lui redonner comme après une maladie ou un accident) étaient des signes clairs de la part de Jésus qui affirmait son pouvoir créateur et ainsi sa divinité. Les juifs de l’époque avaient bien compris toute la portée de ce miracle créateur, c’est d’ailleurs pour cela qu’ils ont tant cherché à renier ce miracle, lisez donc le chapitre 9 où notre homme guéri doit répéter plus de trois fois son témoignage de guérison. Au chapitre 8, Jésus avait donc affirmé sa divinité en paroles avec ce fameux « je suis », au chapitre 9, il l’affirme de nouveau en actes cette fois-ci avec ce miracle créateur. Nous voilà au chapitre 10 et certains juifs profitent de la présence de Jésus à Jérusalem lors de la fête de la Dédicace pour lui demander : « Jusqu’à quand tiendras-tu notre esprit dans l’incertitude ? ». Comme si Jésus n’avait pas été suffisamment clair sur sa vraie nature… alors cette fois-ci, Jésus décide de mettre le paquet et répond directement au verset 30 : « Moi et mon père, nous sommes un ». Alors là, le doute n’est plus possible, Jésus est allé trop loin dans ses propos : « Nous ne voulons pas te tuer pour une bonne action, mais parce que tu blasphèmes. Car, toi qui n'es qu'un homme, tu te fais Dieu. » D'ailleurs Jésus en remettra une couche plus tard avec la résurrection de Lazare dans Jean 11... Bref, voilà comment pourrions nous résumer notre lecture initiale de Jean 10, son contexte et sa signification.


· Si Jésus a affirmé clairement sa divinité pendant sa vie terrestre - nous venons le voir dans trois chapitres successifs de l’Evangile de Jean -, l’Eglise ancienne a mis du temps à se mettre d’accord sur cette doctrine, doctrine dite de l’Incarnation. Assez rapidement, cette doctrine affirmant la double nature du Christ, humaine et divine, s’est retrouvée au cœur des débats entre les pères de l’église. C’était le sujet numéro un de discussion et de discorde. Demandez à Paul de Samosate (IIIème siècle), Apollinaire (IVème siècle), Arius (IVème siècle), ils ont tous été déclarés hérétiques pour avoir remis en cause la pleine divinité et humanité de Jésus. La fameuse doctrine de l’Incarnation a été mise quant à elle officiellement sur le papier uniquement en 325 lors du Concile de Nicée. Si l’affirmation de la divinité de Jésus a donc fait polémique dès le début de l’église ancienne, cela a continué de traverser les siècles et les continents. Quelques siècles plus tard en Arabie, l’Islam affirme : « Jésus est un prophète comme les autres » (Sourate 33.40) « Jésus n’était pas Dieu, il fut un simple homme comme nous tous. Dieu est un, il ne peut avoir de partenaire » (Sourate 5.17-18). Si le christianisme s’est détaché du judaïsme à cause de la divinité de Jésus, l’islam a réagi face au christianisme à cause de la divinité de Jésus. Je vous avais dit que cela était un sujet polémique ! L’Eglise Catholique du VIIème siècle était quant à elle alors tellement convaincue de la divinité de Christ qu’elle le représentait dans ses peintures cloué sur une croix, tel un athlète grec, victorieux et insensible à la souffrance. Pour rétablir le juste milieu, l’Eglise Catholique a demandé à partir du VIIIème siècle à ses artistes de représenter un Jésus plus humain ; c’est à partir de ce période qu’on a vu apparaître des représentations d’un Jésus souffrant, plein de sang et de larmes sur la croix. Les peintres de l’époque sont alors passés d’un extrême à l’autre : même pour les chrétiens, il était difficile d’arriver à se représenter justement cette double nature de Jésus ! Puis il y a eu en Europe les Sociniens au XVIème siècle puis les Déistes aux XVII et XVIII siècles qui se sont remis à nier la divinité de Jésus. Au XIXème siècle, le philosophe Georg Hegel s’est lui émerveillé de cette doctrine de l’Incarnation et s’est beaucoup appuyé dessus pour élaborer sa philosophie dialectique. Au XIXème, les Témoins de Jéhovah sont apparus et déclarent : « les Témoins de Jéhovah ne croient pas que l'homme Jésus était le Dieu Tout-Puissant incarné, la prétendue deuxième personne de la Trinité. » Ensuite, en 1977 est sorti un livre écrit par plusieurs auteurs : « Le mythe du Dieu incarné », preuve que c’est un sujet qui fait couler toujours autant d’encre ! Et dans notre société française du XXIème siècle, près de 70% de nos concitoyens français rejettent la divinité de Jésus comme nous l’avons vu au début avec le sondage Sofrès.


Nous venons de parcourir ensemble 2000 ans d’Histoire pour voir brièvement que dès que le christianisme a été attaqué, il y avait souvent une remise en cause de la divinité et de l’humanité de Christ. Or plus une doctrine est controversée et attaquée, plus son contenu est intéressant et porteur d’enjeu ! Au vu de toutes les polémiques qu’a engendrées la doctrine de l’Incarnation, cela doit bien vouloir dire qu’il y a un véritable trésor à découvrir derrière cela. Les sujets inintéressants n’intéressent personne, n’est-ce pas ? Alors il doit bien avoir une raison à toutes ces attaques concernant la double nature du Christ. C’est ce qui a attisé ma curiosité et qui m’a donné envie ce soir d’aborder ce sujet avec vous pour creuser ensemble ce qui se cache derrière ce thème, pour s’approprier toute la force du verset de Jean 10.30 que nous avons lu tout à l’heure : « Moi et mon père, nous sommes un. » Si ce sujet a passionné tant de personnes de tous continents et de toutes nations pendant plus de deux millénaires d’Histoire, il n’y a aucune raison que ce sujet ne nous passionne pas nous non plus, simples étudiants français du XXIème siècle !


· Je vous propose d’aborder ce soir la doctrine de l’incarnation sous plusieurs angles différents : un petit résumé de cette doctrine, ses passages clés et controversés, et les conséquences qu’elle a concernant l’amour de Dieu, le Salut que Dieu nous offre, et la souffrance dans le monde. Voilà pour le programme de ce soir !


I – Résumé de la doctrine de l’incarnation


· Pour faire un peu d’étymologie, le mot incarnation vient du latin « caro, carnis », qui signifie chair, ceci en référence au prologue de l’Evangile de Jean : « La Parole a été faite chair, elle a habitée parmi nous, pleine de grâce et de vérité. Et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils Unique venu du Père » (Jean 1.14). L’incarnation exprime le processus par lequel un être spirituel prend une forme charnelle ; pour nous cela signifie que le Fils de Dieu a revêtu volontairement et temporairement un corps humain. Jésus Fils de Dieu existe depuis toute éternité et pendant l’espace d’une trentaine d’années a pris la forme d’un être humain Jésus dit de Nazareth. Pendant cette période, Jésus était pleinement Dieu et pleinement homme. Il n’était pas 50% l’un et 50% l’autre, mais au risque de choquer les brillants mathématiciens que vous êtes, il était véritablement 100% Dieu et 100% homme. Un peu à l’image de quelqu’un qui aurait une double nationalité : un franco-suisse serait-il moins suisse qu’une personne avec uniquement la nationalité suisse ? Il en est de même pour Jésus sur terre : 100% homme, 100% Dieu. Puis après sa résurrection et son ascension, Jésus a retrouvé sa place à la droite du Père. Notez que le Saint Esprit est aussi présent et actif dans tout cela puisque c’est lui qui a été l’agent divin pour cette naissance miraculeuse à travers Marie.


L’apôtre Paul a très bien exprimé la réalité de l’incarnation de Jésus : « Lui qui, dès l'origine, était de condition divine, ne chercha pas à profiter de son égalité avec Dieu, mais il s'est dépouillé lui-même, et il a pris la condition du serviteur. Il se rendit semblable aux hommes en tous points, et tout en lui montrait qu'il était bien un homme. Il s'abaissa lui-même en devenant obéissant, jusqu'à subir la mort, oui, la mort sur la croix. C'est pourquoi Dieu l'a élevé à la plus haute place et il lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, pour qu'au nom de Jésus tout être s'agenouille dans les cieux, sur la terre et jusque sous la terre, et que chacun déclare: Jésus-Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père. » (Philippiens 2.5-11) Nous voyons dans ce passage (qui était a priori un hymne des premières églises) dans un premier temps un Jésus de condition divine depuis l’origine, puis un Jésus qui pendant un temps devient serviteur et renonce aux privilèges de son égalité avec Dieu - ce que les théologiens appellent la kénose - et enfin un Jésus qui retrouve dans un dernier temps sa position originelle avec toute la gloire et l’adoration qu’il mérite. Nous reviendrons plus tard sur ce passage et sur toute la difficulté de comprendre la cohabitation des deux natures de Jésus pendant sa courte vie terrestre. En attendant de revenir sur ces difficultés, regardons indépendamment chacune de deux natures de Jésus :


· Jésus pleinement homme ? Jésus 100% homme ? A votre avis ? Oui. Comme nous, il est né, sa vie terrestre a commencé un jour du côté d’une étable en Judée (Luc 2.7). Il s’est inscrit dans une lignée généalogique (Matthieu 1.1). Puis il a grandi dans une famille juive en Galilée (Matthieu 2.23), il a reçu une éducation de la part de ses parents (Luc 2.51), il a appris à lire, il a exercé un métier, celui de charpentier (Marc 6.3). Puis à 30 ans, l’âge mûr pour un homme de cette époque, il a quitté sa ville pour commencer son ministère itinérant d’enseignant (Jean 1.29). Il a été baptisé dans le Jourdain (Marc 1.9) Même dans sa mission, il a continué d’être un homme. Il eut faim, soif (Jean 11.12). Il connut la fatigue, il dormait (Matthieu 8.24). Il a éprouvé de la compassion, il a même pleuré (Matthieu 26.36-40). Il passait du temps dans la prière (Luc 6.12). Comme nous, il a été tenté (Luc 4.2). Il a du faire face au rejet, à la haine et au mensonge (Jean 10.31) Enfin, comme un être humain, il a connu la souffrance (Matthieu 27.26) et pendant trois heures sur la croix, il a même connu la séparation avec son Père céleste (Matthieu 27.46). Puis il est mort (Matthieu 27.50). A la lumière de tout cela, il est difficile de prétendre que Jésus n’était pas pleinement un homme, alors ne nous laissons pas ébranler.


Jésus pleinement Dieu ? Jésus 100% Dieu ? A votre avis ? Oui. Il est né d’une femme sans l’aide d’un homme (Matthieu 1.20). Il existait depuis toute éternité (Jean 8.58). Il a déclaré que Dieu était son Père (Jean 8.19), il a dit qu’il faisait un avec le Père (Jean 10.30), il a participé à la Création (Jean 1.3). Il connaissait tout (Jean 2.25). Les vents et les vagues lui ont obéit (Matthieu 8.27). Il a guérit des centaines de personnes (Marc 6.56). Il a multiplié les pains et les poissons (Matthieu 15.32). Il pouvait prophétiser (Marc 10.33). Il a le pouvoir de créer (Jean 9.7) et de ressusciter (Jean 11.43). Il est la source de la vie éternelle (Jean 6.47). Il n’a jamais péché (2 Corinthiens 5.21). Il a pardonné des péchés (Marc 2.7). Il a le pouvoir de juger (Jean 5.22). Il est lui-même ressuscité (Luc 24.6) et a été élevé au Ciel (Actes 1.9). A la lumière de tout cela, il est difficile de prétendre que Jésus n’était pas pleinement Dieu, alors ne nous laissons pas ébranler.


· Voilà donc le résumé de cette première partie avec la doctrine de l’incarnation : Jésus le Fils de Dieu qui a pris temporairement et volontairement la forme d’un être humain. Et si toutes les affirmations précédentes ne nous ont rien appris, si rien ne vous a pas choqué, et bien, tant mieux, sachez que je m’en réjouis tant cela n’a pas été le cas de tous, cette double nature divine et humaine a choqué et offensé tant des personnes pendant l’Histoire comme nous l’avons vu en introduction.


II – Une doctrine fausse ? Réponse à quelques passages difficiles


Si certains considèrent que la doctrine de l’incarnation est fausse, c’est qu’il y a quelques passages bibliques qui sont difficiles à comprendre et peuvent porter à confusion concernant l’égalité entre Dieu le Père et Dieu le Fils. Ne nions pas que certains versets bibliques soient difficiles, je vous propose même de les aborder rapidement ce soir. Pourquoi certains pensent que cette doctrine est fausse ?


· Regardons premièrement une expression qui peut paradoxalement nous induire en erreur : « Jésus est le Fils de Dieu » (Luc 1.35, Marc 15.39, Actes 9.20…). Si Jésus est le Fils de Dieu, cela veut certes dire qu’il vient de Dieu, mais il n’en est que le fils ! Ce n’est pas Dieu, il n’en est que le fils, une sorte de demi-dieu ! Pourquoi ne trouve-t-on pas directement dans la Bible l’expression « Jésus est Dieu » ? Je tiens à vous dire que cette question nous vient directement de notre culture occidentale contemporaine. En effet, aujourd’hui, le fait d’être fils signifie être distinct, être différent de, être après, voir être inférieur. Comment s’appelle votre père ? Mon père à moi s’appelle Antoine ; si je dis aujourd’hui que je suis fils d’Antoine, cela veut dire que je suis différent et distinct de lui, je ne prétends aucunement être son égal, n’est-ce pas ? A l’époque juive, l’utilisation de l’expression « Fils de … » prenait un sens tout autre. Cette expression était utilisée pour dire notre réelle nature. Ainsi il est courant de trouver des textes vétérotestamentaires où l’on trouve les expressions: « Fils des étoiles », « Fils des chantres », « Fils de prophète »… En affirmant être « Fils de Dieu », Jésus n’est pas en train de nous dire qu’il est distinct de Dieu puisqu’il n’en est que le Fils, il est au contraire de nous affirmer qu’il est Dieu, que sa nature est celle de Dieu. D’ailleurs, si pour nous dans notre culture occidentale cette expression peut nous induire en erreur, les contemporains de Jésus ont bien compris toute sa signification. « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne donc à ces pierres de se changer en pains ! » dit Satan (Luc 4.3). « Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ! » dit le brigand (Matthieu 27.40). « Des démons sortaient en s’écriant : tu es le Fils de Dieu ! » (Luc 4.41) Cette expression qui a priori venait s’opposer à l’égalité entre le Dieu et Jésus vient au contraire se poser comme une affirmation supplémentaire de l’entière divinité de Jésus.


· « Comme Jésus partait, un homme accourut, se jeta à genoux devant lui et lui demanda: Bon Maître, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle? Pourquoi m'appelles-tu bon? lui répondit Jésus. Personne n'est bon, sinon Dieu seul. » (Marc 10.17-18) Ah, voici un verset où Jésus affirme lui-même ne pas être Dieu ! A votre avis ? Jésus n’est-il pas plutôt en train de répondre à l’hypocrisie du jeune homme qui voit Jésus comme un simple maître humain ? « Si tu me considères comme un simple maître humain, pourquoi viens-tu me demander les clés de la vie éternelle ? Es-tu bien conscient qu’en m’appelant « bon maître », tu es en train d’affirmer que je suis Dieu ? » Par sa réponse, Jésus n’est pas en train de dire qu’il n’est pas Dieu, il reste dans son registre préféré, celui de la pédagogie, où il invite son interlocuteur à réfléchir à l’épithète qu’il lui a donné. Voyez-vous la logique ? Jésus arrête net le jeune homme dans sa superficialité – l’usage banal et facile de la bonté de Dieu – et dans son hypocrisie – il est en train de proclamer Jésus Dieu alors qu’il ne le croit même pas.


« Vous m'avez entendu dire que je pars, mais aussi que je reviendrai auprès de vous. Si vous m'aimiez, vous seriez heureux de savoir que je vais au Père, car le Père est plus grand que moi. » (Jean 14.28) Ah, voici encore un verset où Jésus affirme être inférieur au Père et donc ne pas être pleinement Dieu ! A votre avis ? Pour cela nous devons revenir au cœur de la doctrine de l’incarnation et à la difficulté de comprendre le statut de Fils de Dieu incarné. Je n’ai pas le temps de rentrer dans tous les détails mais sachez qu’une fois de plus il convient de comprendre le statut temporaire et volontaire de Jésus sur terre. Pendant 33 ans, Jésus reste à 100% de nature divine mais il s’humilie et devient serviteur comme nous l’avons lu dans Philippiens 2. Alors oui, puisque Jésus a renoncé à son égalité avec Dieu en n’utilisant pas certains de ces attributs divins (omnipotence, omniprésence, omniscience…), alors oui le Père est plus grand que le Fils l’espace de ces 33 années. Mais ensuite, par la résurrection, Dieu le Père a redonné à Dieu le Fils toute la gloire qui était la sienne depuis le commencement de la création (Jean 17.5). C’est dans cette perspective que nous devons comprendre ce verset de Jean 14.28 où Jésus affirme que le Père est plus grand que lui. Même si cela peut être difficile à comprendre avec notre intelligence, acceptons l’incarnation, « ce mystère paradoxal et énigmatique » comme le dit Alister McGrath. A défaut de pouvoir parfaitement expliquer les deux natures du Christ, nous le confessons simplement et nous demandons le secours de l’Esprit Saint pour nous révéler jour après jour toute la profondeur de ce secret impénétrable qui s’inscrit dans celui de la Trinité.


· Nous venons donc de voir qu’à cause de certains versets bibliques, certains ont jugé la doctrine de l’incarnation comme fausse et remis en cause le fait que Jésus était pleinement homme et pleinement Dieu. Mais nous venons aussi de voir qu’en replaçant ces versets dans leurs contextes respectifs, ces versets ne viennent pas du tout déclarer cette doctrine comme fausse, mais que bien au contraire, ces versets viennent améliorer et enrichir notre compréhension de ce mystère que reste et que restera l’incarnation de Jésus. Si certains ont des questions concernant tout cela et veulent que je revienne sur quelque chose, il y aura un temps de questions à la fin.


III – Une doctrine inutile ? Quelques unes de ses conséquences


Après avoir répondu à ceux qui jugent cette doctrine de l’incarnation comme fausse, je vous propose de répondre à ceux qui la déclarent comme inutile. Pourquoi y attacher tant d’importance ? Pourquoi est-ce que j’ai pris la peine de vous faire un enseignement sur ce sujet ? Est-ce si utile ? Je voudrais avec vous s’arrêter sur trois conséquences qui montrent toute l’importance de l’humanité et la divinité de Christ. Un peu comme je l’avais fait il y a un an pour la résurrection, je souhaite défendre la double nature de Jésus et montrer pourquoi notre foi chrétienne en dépend. A travers quelques conséquences d’un Jésus homme et Dieu, j’aimerais vous faire dire à la fin, à l’image de 1 Corinthiens 15.14 où « notre foi est vaine si Christ n’est pas ressuscité », que de même si Jésus-Christ n’est pas Dieu, alors notre foi est vaine.


· Premièrement, avec l’incarnation, nous quittons le monde froid et insensible des idées, des concepts, des idéaux, monde dans lequel beaucoup de religieux et philosophes errent. Avec l’incarnation, nous entrons dans un monde rempli de la présence de Dieu. Grâce à l’incarnation, le christianisme n’est pas qu’une philosophie parmi tant d’autres et l’amour de Dieu n’est plus qu’un beau concept ou une vague idée mais une réalité dans notre réalité. Tout devient plus simple de suivre une personne vivante et non un concept abstrait.


« Christ a aussi souffert pour nous, vous laissant un exemple afin que vous suiviez ses traces » (1 Pierre 2.21). « Soyez donc les imitateurs de Dieu, comme ses enfants bien aimés, et vivez dans l’amour en suivant l’exemple du Christ » (Ephésiens 5.1). En Christ, nous avons un exemple à suivre, un modèle à imiter. Avez-vous déjà essayé d’apprendre à utiliser un nouveau logiciel uniquement à partir du mode d’emploi ? C’est galère, il vaut mieux un ami qui vous montre en cinq minutes comment il fait lui. Il en est de même dans notre sanctification. Qu’il aurait difficile de suivre le sermon sur la montagne si nous n’avions pas eu quelqu’un pour nous montrer l’exemple ! Au jour le jour, nous ne cherchons pas à suivre des principes ou un mode d’emploi, mais nous suivons une personne, Jésus, le Dieu incarné. Il est bon de pouvoir chanter le cantique : « Te ressembler, Jésus, c'est mon espoir suprême. Penser, agir, aimer toujours plus comme toi ». C’est en cela aussi que devient pratique l’incarnation de Jésus! Puissiez-vous l’imiter et suivre son exemple au jour le jour.


· Jésus le Fils de Dieu en venant sur terre à notre rencontre et en mourant pour nous sur la croix a prouvé tout l’amour de Dieu. Comment, me direz-vous ? Réfléchissons par l’absurde quelques instants : si Jésus n’est pas Dieu mais qu’un simple homme, aussi bon soit-il, en quoi Golgotha est une preuve de l’amour de Dieu ? Si Jésus n’est pas Dieu qui s’incarne, alors la mort d’un innocent sur la croix est soit une fin tragique, soit une preuve de la tyrannie de Dieu, soit une inutilité, soit un acte de bravoure sans lendemain. Si Jésus n’est pas Dieu, je ne vois pas en quoi sa mort me concerne et m’offre le salut. A la limite, la seule personne que Jésus a sauvé en mourant sur la croix, c’est le prisonnier Barabbas, mais moi, en quoi cette mort me concerne si ce Jésus n’est qu’un homme ?


Je vous propose de prendre une illustration. Tu viens de me casser mon voiture, la facture arrive et il faut la régler. Si je me contente de te dire « ce n’est pas grave » mais que j’envoie la facture à un autre homme, alors cela veut dire que je ne t’ai pas vraiment pardonné. Je t’aurai pardonné pour la voiture cassée uniquement si je règle moi-même la facture. De même, si Jésus n’est pas Dieu, alors pour mon salut, Dieu a fait retomber ma faute sur un autre homme, mais cela n’est pas du pardon, c’est simplement un transfert. Cela ne devient du pardon uniquement dans la mesure où cette deuxième personne est Dieu lui-même, Jésus.


Sans l’incarnation, l’idée selon laquelle la croix prouverait l’amour de Dieu pour nous et nous donnerai accès au salut perd toute sa force. Comme Jésus est Dieu, alors oui nous pouvons affirmer que Dieu nous a montré son amour en s’humiliant lui-même en venant à nous comme l’un d’entre nous et en prenant sur lui-même la faiblesse de la nature humaine afin de la racheter.


· Il est possible d'avoir la même réflexion sur le thème de la souffrance. Un des questions qui nous est posée le plus souvent à nous chrétiens par nos collègues et amis, c’est « Si Dieu existe, pourquoi la souffrance ? » Notre siècle a été le témoin d’horreurs inimaginables avec guerres, génocides, atrocités, attentats. Si Dieu existe, pourquoi la souffrance ? Il y a aussi la souffrance sociale avec chômages, injustices, famines, expulsions. Si Dieu existe, pourquoi la souffrance ? Il y a aussi la souffrance médicale avec maladies, cancers, handicaps, accidents. Si Dieu existe, pourquoi la souffrance ? Il y a aussi la souffrance familiale avec divorces, violences, solitudes, frustrations, tensions, abus. Si Dieu existe, pourquoi la souffrance ? Il y a aussi la souffrance personnelle avec déceptions, incompréhensions, mal-êtres, hontes, peurs, rejets, blessures. Si Dieu existe, pourquoi la souffrance ?


Et bien je vous mets au défi de répondre à cette question sans parler de Dieu qui est venu et qui est mort sur la croix. Cette question, même avec l’incarnation de Jésus, reste difficile à répondre quand on nous la pose au bureau, en cours, dans le bus ou à l’église, mais nous savons que Dieu dans la lugubre scène de Golgotha se soumet lui-même et à la souffrance d’un monde tombé au plus bas. Dieu a souffert en Christ, il s’est chargé de l’agonie du monde qu’il avait crée. Et en prenant sur lui toute cette souffrance, Dieu nous offre une réponse et une espérance qui vont au delà de toute compréhension. La doctrine de l’incarnation devient alors très pratique.


« Jésus devait être rendu, à tous égards, semblable à ses frères afin de devenir un grand-prêtre plein de bonté et digne de confiance dans le domaine des relations de l'homme avec Dieu, en vue d'expier les péchés de son peuple. Car, puisqu'il a lui-même été éprouvé dans ce qu'il a souffert, il peut secourir ceux qui sont éprouvés. » (Hébreux 2.14-18) Ainsi, quand vous avez à faire face à la souffrance, quand vous passez à travers des épreuves, quand vous êtes au beau milieu de la tempête, vous pouvez crier votre détresse à Dieu, vous pouvez lui confier vos peurs et vos doutes. Et sachez que Dieu ne fera pas simplement vous envoyer depuis son ciel ses plus sincères condoléances, mais il saura vous répondre et vous encourager avec force et puissance, car lui aussi à travers Jésus-Christ a vécu tout cela. Souvenez-vous des larmes de Jésus au jardin de Gethsémani. Quand nous passons par des temps de tempête, il est bon de savoir que nous avons un maître proche de nous, c’est en cela que devient pratique l’incarnation de Jésus! Puissiez-vous apprendre à se confier en lui et à s’appuyer sur lui dans ces moments.


· Avec ces quelques thèmes de l’amour de Dieu, du Salut et de la souffrance, nous nous rendons vite compte de l’importance de la doctrine de l’incarnation. Voilà pourquoi j’ose affirmer que si Jésus-Christ n’est pas Dieu, alors notre foi est vaine. Je souhaiterai finir cette troisième partie avec une citation de C.S Lewis : « La doctrine de la divinité de Christ ne me paraît pas être une pièce rapportée et collée, que l’on pourrait décoller à volonté, une option facultative. En chirurgie, l’abandon de cette doctrine n’aurait rien à voir avec la simple ablation de l’appendice, mais elle correspondrait plutôt à l’ablation du cœur, le moteur de la foi chrétienne. »


Conclusion


· Nous venons de passer une demi-heure sur le thème de l’incarnation. Nous avons vu en introduction à travers Jean 8, 9 et 10 que Jésus avait affirmé à plusieurs reprises sa divinité mais que cette doctrine a eu beaucoup d’adversaires tout au long de l’Histoire au sein même du christianisme mais aussi face aux autres grandes religions. Dans une première partie, nous avons fait un résumé de cette doctrine, expliquant bien que Jésus est Dieu depuis le commencement jusqu’à la fin et qu’il a été en plus homme l’espace de 33 ans. Dans une deuxième partie, nous avons regardé quelques passages bibliques difficiles à comprendre puisqu’ils semblent affirmer que Jésus n’est pas vraiment Dieu. Après avoir répondu à ceux qui disent que tout cela est faux, nous avons dans une troisième partie répondu à ceux qui disent que tout cela est inutile. L’amour de Dieu, le salut qu’il nous offre, la réponse de Dieu à la souffrance sur terre… tout ne prend sens qu’avec un Dieu incarné en Jésus-Christ.


Amen.


P.L.

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