« Si Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine et votre foi est vaine. »
1 Corinthiens 15.14
Introduction – La résurrection aurait-elle été oubliée pour la croix ?
Quelles grandes fêtes sont au centre du calendrier chrétien ? Noël en décembre et Pâques en avril me direz vous ! Alors là, Noël approche, il va être temps de parler de la naissance de Jésus, de la signification de son incarnation de Jésus... classique. Puis Pâques arrivera, il sera temps de prêcher sur la mort de Jésus et sur sa résurrection. C’est parfait, on fait comme cela depuis longtemps, non ? Aujourd’hui, je vais casser la tradition et vais oser de parler de la mort et de la résurrection de Christ alors que nous sommes en décembre, j’espère que vous ne serez pas trop choqués! J’ai choisi le sujet de la mort et surtout de la résurrection de Christ pour les mettre en valeur à une période hivernale de l’année où nous n’avons pas l’habitude d’en entendre parler, mais aussi parce que je pense que notre église de Chassieu en a besoin en ces temps hivernaux… Dans ces temps où notre église est éprouvée, collectivement et individuellement, je crois qu'il est bon de redécouvrir l'essentiel: la croix et la tombe.
Pour commencer, j’aimerai d'abord lire avec vous un des premiers crédos de l’église de Jérusalem, nous trouvons ce crédo dans la première épître aux Corinthiens : « Je vous ai transmis, comme un enseignement de première importance, ce que j'avais moi-même reçu : Le Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Écritures; il a été mis au tombeau, il est ressuscité le troisième jour, comme l'avaient annoncé les Écritures. Il est apparu à Pierre, puis aux Douze. » (1 Corinthiens 15.3-5) Nous voyons dans ce credo que la mort de Jésus est évoquée deux fois et que la résurrection de Jésus est évoquée aussi deux fois, il y a un équilibre entre ces deux grands événements. Je suppose que vous êtes d’accord que la semaine de Pâques n’a de sens que si on parle de la mort et de la résurrection de Jésus, qu’il y a un bon équilibre entre les deux. Dit ainsi, nous sommes tous d’accord que la croix et la résurrection vont ensemble, mais qu’en est-il dans notre quotidien, qu’en est-il dans la réalité de nos églises ? Si notre église devait avoir un credo aujourd’hui, que serait-il ? Serait-il aussi équilibré que celui de l’église de Jérusalem ?
· Quand nous nous examinons d’un peu plus près, force est de constater que nous avons très souvent tendance à insister uniquement sur la croix de Jésus-Christ et en oubliant un peu le reste. Demandez à un chrétien évangélique de présenter rapidement l’Evangile ? La plupart du temps, il s’arrêtera à la croix et oubliera de parler de la résurrection. Qu’en est-il de nos temps de louange ? Bon nombre de nos cantiques sont centrés sur la croix. Qu’est ce qui est écrit sur la chapelle de l’Institut évangélique de Nogent-sur-Seine ? « Nous prêchons Christ crucifié ». Vous souvenez-vous du film de Mel Gibson La Passion du Christ ? Sur plus d’une heure et demie, la résurrection ne prend que quelques dizaines de secondes à la toute fin. Depuis quelques temps, à l’église ou sur le campus, à chaque speech ou moment de louange, je compte le nombre fois que les mots croix et résurrection sont prononcés. Quel est le score ? La plupart du temps, c’est 9-0, 6-1, 7-0… Enfin, n’avez-vous jamais entendu de telles exhortations dans nos églises : « Amenez vos prières à la croix », « Grâce à la croix de Jésus-Christ, nous avons le salut », « Merci Seigneur pour la croix »… Je m’arrête là. Reconnaissons simplement que notre théologie et notre jargon évangélique sont centrés essentiellement sur la croix de Jésus-Christ et bien moins sur sa tombe vide.
Depuis Martin Luther, les protestants se distinguent par leur attachement à la Bible, seule source d’autorité, n’est-ce pas ? Alors arrêtons-nous quelques instants pour regarder la place de la croix dans la Bible et de la comparer avec celle de la résurrection. Les mots crucifié, croix, crucifixion… sont cités 72 fois dans la Bible. Et devinez pour les mots ressuscité, résurrection ? Plus de 110 fois. Étonnant, n’est-ce pas ? Ouvrons ensuite quelques livres du Nouveau Testament. L’épître aux Hébreux ? Pas une seule fois les mots croix ou crucifié. L’épître de Jean ? Pas un mot alors que Jean était à Golgotha. L’épître de Jude ? Rien sur la croix, alors que c’était le frère de Jésus. Les Actes des apôtres ? On se rend compte que les prédications des premiers apôtres parlaient à peine de la croix de Jésus-Christ. En fait, c’est principalement l’apôtre Paul qui a établi la doctrine de la rédemption et qui a insisté sur la croix. Mais dans l’ensemble, avec ce rapide survol du Nouveau Testament, on se rend compte que la croix n’est pas automatiquement le thème central de chaque verset et que la résurrection revient même plus souvent que la crucifixion, 110 contre 72 je vous rappelle. D’ailleurs, toujours dans le Nouveau Testament, l’apôtre Paul prononce une parole inédite dans l’histoire biblique. Inédite car il ose faire dépendre toute la foi chrétienne d’une seul fait, il ose mettre tous ses œufs dans le même panier. Paul se dit même à abandonner sa foi si ce fait n’est pas vrai. Devinez quel est ce fait ? La résurrection ! Je cite : « Si Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine et votre foi est vaine. » (1 Corinthiens 15.14) Littéralement : « votre foi est vide. »
· Ce matin, je souhaiterai, avec vous et en toute modestie, rééquilibrer un peu notre théologie, en particulier concernant la place de la résurrection dans notre foi. Je suis persuadé qu’on l’a petit à petit oubliée devant la croix et qu’aujourd’hui personne d’entre nous ne serait prêt à affirmer une telle chose : « Si Christ n’est pas ressuscité, alors notre foi est vaine. » Plus personne n'oserait mettre tous ses œufs dans ce même panier. Pour cela, je vous propose deux grandes parties. Dans un premier temps, vérifier ensemble la réalité historique de la résurrection du Christ. En effet, si bon nombre d’entre nous oublient petit à petit la résurrection, c’est peut-être simplement car nous doutons au fond de nous de la réalité de ce miracle. Dans une seconde partie, nous réfléchirons ensemble sur les enjeux de la résurrection, voir quels piliers de la foi chrétienne seraient remis en cause sans la résurrection de Jésus et quelles sont les implications pratiques sur nos vies. Avec ces deux parties, historique puis théologique, mon objectif est vraiment de vous convaincre de nouveau de l’importance de la résurrection, et pourquoi pas vous faire dire à la fin: « Si Christ n’est pas ressuscité, alors notre foi est vaine… »
I - La résurrection, un fait historique ?
· Si la résurrection n’est pas suffisamment aujourd’hui au centre de notre foi chrétienne, si la plupart des chrétiens annoncent aujourd’hui un Evangile sans oser évoquer directement la résurrection, c’est sûrement parce qu’ils sont eux-mêmes pas vraiment que la résurrection a eu lieu : les miracles ne sont plus vraiment à la mode dans notre société postmoderne. Alors prenons un peu de temps pour se replonger dans la réalité historique de la résurrection, faisons un bond de 2000 ans en arrière pour vérifier ce qu’il s’est passé cette fameuse semaine de Pâques du côté de Jérusalem. En effet, avant d’aborder après des questions plus théologiques, il est important de s’assurer de l’historicité des faits, n’est-ce pas ? D’ailleurs, c’est dans cet objectif que l’apôtre Paul commence son chapitre de 1 Corinthiens 15, véritable hymne à la résurrection. Avant d’aborder le fond du sujet, Paul prend la peine de rappeler que « le Christ a été vu par plus de 500 frères dont la plupart étaient encore vivants ! » (1 Corinthiens 15.6). De même pour nous, avant d’aborder le fond du sujet, prenons la peine de nous assurer de l’historicité de la résurrection. Je vous propose de faire un petit tribunal pour vérifier ou pas l’exactitude du retour à la vie de Jésus. Lisons les faits concernés par notre tribunal chasseland:
« Le dimanche matin de très bonne heure, les femmes se rendirent au tombeau emportant les huiles aromatiques qu'elles avaient préparées. Elles découvrirent que la pierre fermant l'entrée du sépulcre avait été roulée à quelque distance de l'ouverture. Elles pénétrèrent à l'intérieur, mais ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. Pendant qu'elles en étaient encore à se demander ce que cela signifiait, deux personnages vêtus d'habits étincelants se tinrent tout à coup devant elles. Elles étaient tout effrayées et baissaient les yeux vers le sol. Ils leur dirent alors: Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Il n'est plus ici, mais il est ressuscité. Rappelez-vous ce qu'il vous disait quand il était encore en Galilée : "Il faut que le Fils de l'homme soit livré entre les mains des pécheurs, qu'il soit crucifié, et qu'il ressuscite le troisième jour." » (Luc 24.1-7)
· Partons donc du fait biblique : Jésus est ressuscité. Selon vous, quelles sont les objections habituelles contre la résurrection du Christ ? A votre avis ? Examinons donc les quatre principales objections qui ont été avancées au fil des siècles :
1- Première objection : Christ est ressuscité certes, mais ce n’est pas pour autant que son corps physique aie été ressuscité, il s’agit simplement de son esprit, d’une résurrection spirituelle. Le tombeau n’était pas vide, l’Esprit de Jésus était parti, mais son corps était encore là. On reconnaît ici l’anthropologie grecque avec tous ses philosophes, Planton en tête, qui séparait l’âme et le corps, donnant la possibilité d’une résurrection partielle. Pour les grecs, l’âme est prisonnière du corps et attend d’en être libérée. Mais la théologienne Camille Foucant rappelle que « nous sommes ici bien loin de l’anthropologie hébraïque qui est bien plus unitaire concernant l’homme ». Dans la culture juive, si un homme ressuscite, alors c’est son être entier qui est concerné. Prétendre que seul l’esprit de Christ est ressuscité est une objection qui vient de la pensée grecque mais qui ne tient pas debout devant la Bible. D’ailleurs, remarquez que la seule fois dans le Nouveau Testament où l’apôtre Paul prend la peine de défendre la résurrection, c’est pour Corinthe, la deuxième ville de la Grèce Antique…
2 - Deuxième objection : c’est un évanouissement, Jésus n’était pas mort. Alors là, chapeau, Jésus est vraiment superman. Jésus, simplement évanoui, aurait été réveillé par la fraîcheur du tombeau et se serait enfuit. Je ne vais pas vous refaire la description de la crucifixion romaine et des souffrances physiques du condamné, Mel Gibson l’a déjà fait, je ne vais pas me lancer là dedans. Quoi qu’il en soit, j’ai du mal à m’imaginer un Jésus en mauvais état se défaire du bandage traditionnel, rouler seul la pierre du tombeau, échapper aux soldats romains, s’enfuir en courant, se faire un brin de toilette et apparaître avec un grand sourire devant ses disciples : « Me voilà les amis ! ». Cette objection où Jésus aurait échappé à la mort et aurait fait croire à sa résurrection me paraît d’autant plus illogique que si vraiment Jésus avait voulu échapper à la mort et aux souffrances de la croix, il ne serait pas venu de lui-même à Jérusalem et ne se laisserait arrêté si facilement par les soldats à Gethsémani. Non, Jésus est bel et bien mort, la lancée plantée dans son cœur en témoigne. D’ailleurs, un docteur en médecine, William Edwards a dit : « Les interprétations fondées sur la supposition que Jésus ne mourut pas sur la croix apparaissent en totale contradiction avec les connaissances médicales modernes. » Oui, l’objection du Jésus magicien qui se réveille dans le tombeau et qui part en courant est contraire à toute logique.
3 - Troisième objection : C’est une fraude, le corps de Jésus a tout simplement été volé. D’accord, mais alors par qui, comment et pourquoi ? Premiers suspects, les disciples du Christ. Personnellement, j’ai du mal à m’imaginer qu’ils allaient eux-mêmes monter une supercherie pour laquelle ils allaient donner leur vie plus tard. Donner sa vie pour la Vérité, d’accord, mais donner sa vie et souffrir pour quelque chose qu’on a falsifié soi-même, je ne comprends pas. D’autant plus que j’ai du mal à m’imaginer les disciples organiser une opération commando pour voler le corps de leur maître, tant ils étaient dans la souffrance et dans la peine, souvenez-vous des larmes de Pierre et des disciples d’Emmaüs. Comme le dit l’écrivain JP Moreland : « les disciples n’avaient rien à gagner à créer une nouvelle religion. Ils eurent à affronter hostilité et martyre. Ils n’auraient jamais été aussi inébranlables s’ils avaient su que leur prédication était un mensonge crée par eux-mêmes ».
Écartés les disciples comme suspects pour le vol du corps de Jésus, intéressons maintenant aux Juifs et aux Romains : les autorités auraient volé le corps. Alors là, c’est encore plus incohérent puisqu’il n’est pas nécessaire d’avoir le bac pour comprendre que, pour faire taire une bonne fois pour toutes ces idées de croyances et de résurrection et calmer ces nouveaux chrétiens un peu trop remuants, il aurait suffi aux Juifs et aux Romains d’exhiber le corps de ce fameux Jésus de Nazareth. Et hop le problème aurait été réglé ! Non, ni les Juifs, ni les Romains n’ont volé le corps de Jésus, voilà pourquoi personne n’a pu l’exhiber et ainsi faire taire les premiers chrétiens. Un théologien anglais, Patrick Fairbairn, a d’ailleurs dit : « Concernant la résurrection, le silence des premiers juifs parle plus fort que la voix des chrétiens. » En toute honnêteté donc, le vol du corps comme objection à la résurrection ne tient pas debout.
4 - Quatrième objection : C’est une illusion, tous ceux qui ont vu le Christ ressuscité ont été victime d’hallucinations. Quelle coïncidence d’avoir exactement la même hallucination pour des centaines de personnes différentes, venant toutes de régions différentes, d’arrière plans différents, d’âge différents ! La coïncidence est d’autant plus grande que ces illusions auraient toutes eu lieu à des endroits et à des moments différents mais qu’elles se seraient toutes arrêtées au même moment, soit 40 jours après Pâques ! Comme le fait remarquer Gresham Machen : « même des psychiatres n’auraient changé aux débuts de l’église chrétienne ! » Je vous propose de ne pas s’attarder plus longtemps sur cette quatrième objection, tant n’importe quel tribunal honnête d’aujourd’hui rejetterait cette idée d'apparitions collectives.
· Je n’aborderai pas les autres objections qui ont été parfois avancées, comme celle des femmes qui se sont trompées de tombe, comme celle où les gardes romains auraient eux-mêmes cachés le corps de Jésus… tant cela devient trop capillotracté. Je vous conseille néanmoins « le Verdict – Complément d’enquête » de Josh McDowell pour les plus curieux. Le verdict de notre tribunal commence à se dessiner, il ne reste plus qu’une hypothèse devant les faits, l’hypothèse du miracle divin. Devant l’absence de corps dans le tombeau, devant le fait que personne n’a été capable d’exhiber le corps de Jésus, devant les centaines de personnes qui ont vu Jésus de leurs propres yeux, devant les nombreuses prophéties que Jésus avait faites, seule l’hypothèse du miracle tient debout : notre Seigneur est bel et bien revenu à la vie ! D’ailleurs personne au premier siècle n’a osé remettre en cause la résurrection du Christ : Flavius, Josèphe, Tacite et Pline, des auteurs profanes, ont tous mentionné dans leurs écrits la résurrection d’un certain Jésus de Nazareth. Et ce miracle était tellement évident pour les gens de Jérusalem que l’apôtre Pierre ne prend pas la peine de défendre la réalité de la résurrection de Jésus lors de son fameux discours du jour de la Pentecôte dans Actes 2. Si tout le monde à Jérusalem avait contesté la réalité de ce miracle, si ce miracle ne tenait qu’à moitié debout à l’époque, alors Pierre se serait évertué dans ses discours à défendre coûte que coûte la réalité de ce fait. Non, il ne l’a pas fait, cela était inutile à Jérusalem, personne ne le contestait. Je crains que notre tribunal ait à aboutir au verdict suivant : Jésus de Nazareth est bel et bien ressuscité !
J’espère que ce petit exercice judiciaire vous aura convaincu et vous aura aidé à avoir non une foi hésitante mais une foi pleine d’assurance concernant la résurrection. Je pense qu'il est bon pour notre église d'être toujours plus convaincue de la réalité historique, c'est la première étape nécessaire avant d'aller plus loin. Je voudrais finir cette première partie historique avec une citation de l’écrivain Thomas Arnold de l’Université d’Oxford : « Pendant de nombreuses années, j’ai étudié l’Histoire d’autres temps, j’ai examiné le poids des preuves apportées par ceux qui écrivirent à propos de Jésus. Je ne connais pas de fait, dans l’histoire du genre humain, qui ait été aussi attaqué mais mieux prouvé et attesté par des évidences de toutes sortes pour l’intelligence de tout chercheur sincère, que le grand signe que Dieu nous a donné, à savoir la mort et la résurrection de Christ d’entre les morts ».
II – la résurrection, un enjeu théologique ?
· Après avoir abordé l’aspect historique, je vous propose d’aborder dans une deuxième partie l’aspect théologique : en quoi la résurrection est si indispensable ? Je vous rappelle notre verset principal de ce matin : « Si Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine et votre foi est vaine. » (1 Corinthiens 15.14). Êtes-vous vous aussi convaincus que la résurrection de Christ est indispensable à la foi chrétienne ? Croyez-vous que sans cela toute notre prédication est inutile et que toute notre foi est vaine ? Seriez-vous prêt à mettre ainsi tous vos œufs dans le même panier ? Pourquoi Paul en est-il arrivé à faire dépendre sa foi d’un fait historique ?
Pour se rendre compte de l’importance de la résurrection, je vous invite à vous imaginer l’espace de quelques minutes ce que serait la foi chrétienne sans cela, avec un Christ toujours dans son tombeau. Et nous allons nous rendre compte rapidement qu’effectivement tout tombe à l’eau si Christ n’est pas ressuscité. Je vous propose d’aborder trois fondements de notre foi: la crédibilité de Jésus, le Salut et l’Au-delà.
· 1- Premier enjeu : La crédibilité de Christ. Êtes-vous d’accord avec moi pour dire qu’il est difficile de faire confiance à une personne qui use de mensonge ? Qu’il est difficile de croire quelqu’un si cette personne nous ment ? Je suppose que vous avez déjà tous expérimenté la difficulté de rétablir la confiance envers une personne qui vous a menti, si ce n’est qu’une seule fois. Un seul mensonge peut détruire une relation toute entière, les relations humaines sont faites ainsi. Le philosophe français Voltaire a dit : « Un astrologue ne saurait avoir le privilège de toujours avoir tort. Que, de deux devins consultés sur la vie d’un enfant ou sur la saison, l’un dise que l’enfant verra l’âge adulte, l’autre non. L’un annonce la pluie et l’autre le beau temps. Il est bien certain qu’il y aura au moins sur les deux un prophète. » Les devins de notre monde n’ont certes pas toujours tort, mais dans la mesure où ils n’ont pas toujours raison, il est difficile de les croire. Un seul mensonge suffit à détruire une réputation.
De même, Jésus a accompli des prophéties et a réalisé de nombreux miracles. Avez-vous lu le Sermon sur la Montagne ? C’est magnifique ! Avez-vous vu tous les miracles qu’il a faits ? C’est génial ! Avez-vous lu les prophéties qu’il a faites le concernant ? « Le Fils de l’homme doit être livré entre les mains des hommes, ils le feront mourir, et le troisième jour, il ressuscitera. » (Matthieu 17.22-23) Jésus a parlé en tout neuf fois de sa résurrection dans les quatre évangiles. Mais imaginez-vous par contre que cette ultime prophétie n’ait pas été réalisée et que Jésus ne soit pas ressuscité des morts. Disons que Jésus aura réussi 99% de ce qu’il devait faire… est-ce suffisant ? Non, si Jésus n’est pas ressuscité, la crédibilité que l’on peut accorder à ce tout qu’il nous a enseigné avec le Sermon sur la Montagne, à tout ce qu’il nous a montré à travers les miracles, aux prophéties de l’Ancien Testament qu’il a accompli sur la croix… plus rien n’a de sens si la dernière prophétie, celle de la résurrection, n’a pas été accomplie. Jésus ressemblerait alors à un de nos devins de ce monde comme l’a dit Voltaire. Par contre, s’il a effectivement été capable de prophétiser sa propre mort et sa propre résurrection, s’il est effectivement mort et ressuscité, alors oui on peut avoir confiance dans l’ensemble de ce qu’il a dit ou fait, alors oui on peut le croire sans l’ombre d’un doute, alors oui la seule chose qu’il nous reste à faire est de lui demander de devenir « Mon Seigneur et mon Dieu » comme Thomas l’a fait après avoir vérifié que ce Jésus vivant avait bien les mains et les pieds percés.
C’est donc grâce à la résurrection que nous pouvons avoir pleinement confiance en Dieu, il nous a montré qu’il était capable de faire même ce qui nous semblait être le plus improbable. Et toutes les promesses et prophéties bibliques prennent vie à la lumière de la résurrection. Dieu nous a promit sa présence à nos côtés chaque jour ? Nous pouvons le croire, ses promesses sont fiables. Dieu nous a promis son réconfort dans l’épreuve ? Nous pouvons le croire, ses promesses sont fiables. Dieu nous promis de prendre soin de ceux qui sont éprouvés parmi nous ? Nous pouvons le croire, ses promesses sont fiables. Quand Dieu dit : « Jamais je ne te délaisserai, jamais je ne t’abandonnerai. » (Deutéronome 31.8), pourquoi pouvons-nous le croire ? Car Dieu a montré à travers la résurrection l’étendue de sa puissance et de sa fidélité, Jésus a été capable de prédire sa résurrection et c’est ce qu’il s’est passé, toutes ses autres promesses sont donc fiables, comme celle de Deutéronome que nous venons de lire. Dieu n’est pas un Dieu qui tient parole uniquement 99% du temps, mais bien 100%. Pour notre église, je pense qu’il est bon de se rappeler de la fidélité de Dieu dans ces temps où nous nous accrochons à ses promesses et lui demandons son réconfort. Dans ce que nous vivons ces derniers jours, la résurrection avait aussi son mot à dire. C’était le premier enjeu, la crédibilité de Christ.
· 2- Deuxième enjeu : Le Salut à travers Christ. Souvent, dans nos milieux évangéliques, on résume Jésus uniquement à la croix, on croit que le « tout a été accompli » (Jean 19.30) s’arrête à Golgotha. La doctrine du Christ, dite la christologie, va en fait un peu plus loin que la simple croix du calvaire. Je vous demande donc de vous accrocher quelques minutes pour faire un peu de théologie et regarder d’un peu plus près la christologie, c'est-à-dire ce que Jésus est et ce que Jésus a fait, et donc ce qui constitue la source de notre salut en lui.
Les théologiens protestants ont résumé la christologie en six pants : sa divinité, son humanité, sa crucifixion, sa résurrection, son ascension et sa glorification. Et vous comprendrez assez facilement que s’il manque un de ces six pants, alors l’œuvre du Christ est incomplète, ce qui veut donc dire que le salut en Jésus-Christ est lui aussi incomplet. Notre salut ne peut se résumer et s'appuyer sur un seul de ces six aspects.
L’apôtre Paul, lui qui a été pourtant l’apôtre qui a le plus insisté dans ses épîtres sur la croix, a aussi fait le lien entre la résurrection et le salut : « Il a été livré à la mort à cause de nos péchés, et il a été ressuscité pour notre justification. » (Romains 4.25) En effet, si la mort de Jésus sur la croix avait pour but de payer le prix des fautes de tous les hommes, la résurrection elle était la preuve de l’acception de son sacrifice. Autrement dit, si Jésus n’avait pas été ressuscité, il n’y aurait alors aucune preuve que nos péchés ont été effacés. « Si le Christ n'est pas ressuscité, […] vous êtes encore sous le poids de vos péchés. » (1 Corinthiens 15.17) Parce que Jésus est désormais vivant, parce qu’on a eu la confirmation que son sacrifice a été accepté par Dieu le Père, il peut désormais accorder son pardon et sa vie à ceux qui croient en lui.
Pour essayer d’illustrer ce dernier point, prenons l’exemple de deux amis, Éric et Emmanuel. Éric a commis un délit et doit aller voir la police pour régler l’affaire. Son ami Emmanuel décide de le remplacer et d’y aller à sa place. Éric voit alors Emmanuel disparaitre derrière la lourde porte du commissariat. Ça y est, Emmanuel est parti. Éric est bien soulagé de ne pas y être allé, mais est-il pour autant rassuré ? Son délit a-t-il été effacé ? A ce moment là de l’histoire, on n’en sait rien ! On sait juste qu’Emmanuel est allé affronter ce qu'Éric n’a pas pu. Non, Éric ne sera rassuré et soulagé uniquement quand Emmanuel sortira du commissariat et lui dira que c’est bon, que l’affaire a pu être réglé, que le policier a accepté sa caution. Le délit d'Éric appartient désormais au passé, maintenant c’est officiel. Avant, cela était trop tôt, nous en savions rien. De même, tant que Jésus ne s’était pas relevé d’entre les morts, tant qu’il n’était pas ressuscité, nous n’avions aucune certitude que la mort avait bel été bien été vaincue, que nous n’aurions pas à payer pour nos délits plus tard. Sans la résurrection, nous sommes dans l’attente, nous n’avons aucune preuve que le sacrifice de Christ avait été accepté, aucune certitude de notre pardon.
Voyez-vous désormais toute l’importance de la résurrection pour notre salut ? Comprenez-vous mieux pourquoi Paul a dit « Si Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine et votre foi est vaine. » (1 Corinthiens 5.14) ? Nier la résurrection, c’est n'avoir aucune certitude et donc remettre en cause le salut par la foi en Jésus-Christ. Grâce à la résurrection, nous n’avons plus à douter et nous pouvons dire haut et fort que « le salaire du péché, c’est la mort, mais le don de la grâce de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ, notre Seigneur. » (Romains 6.23) Se rappeler de l’assurance de notre salut est un fondement de notre foi qu’il est bon de se rappeler quand nous sommes éprouvés. Que cela soit pour notre frère Daniel ou pour nous même, soyons convaincus de l’assurance de son salut et du notre, et concernant cela, la résurrection avait aussi son mot à dire. C’était le deuxième enjeu, le salut à travers Jésus-Christ.
· 3 - Troisième enjeu : L’Au-delà. Dans le chapitre 15 de 1 Corinthiens qui est le fil conducteur de notre réflexion ce matin, l’apôtre Paul aborde plusieurs thèmes en vis-à-vis de la résurrection de Christ, dont le thème de la résurrection des morts. D’ailleurs, Paul utilise l’argument de la résurrection des morts comme fil conducteur dans son développement, nous ne pouvons l’ignorer. J’avais prévu depuis longtemps d’aborder ce sujet, je n’ai pas modifié mon thème ces derniers jours et ne peux pas me permettre d’ignorer toute la deuxième partie du chapitre 15 qui parle de la résurrection des morts, je prie simplement que Dieu me donne la sagesse et la sensibilité nécessaire pour cela.
Premièrement, du point de vue de la fin des temps, si le Christ est toujours dans sa tombe, s’il n’est pas ressuscité, cela ne sert à rien de regarder vers le ciel en espérant le voir arriver au milieu des nuages. Si le corps de Jésus est encore aujourd’hui du coté de Jérusalem, alors quelle est notre espérance pour l’Au-delà ? Si Dieu le Père n’a pas été capable de ressusciter son propre Fils, comment pourrait-il ressusciter tous les chrétiens du monde ? « Si les morts ne peuvent pas revivre, alors Christ non plus n’est pas revenu à la vie. » (1 Corinthiens 15.16) Voyez-vous comment l’apôtre Paul met en relation la résurrection de Christ et la notre ? Si Christ est encore mort, en quoi alors espérons-nous après notre mort ? Notre espérance est alors vaine si la mort est plus forte que la vie. « Si les morts ne se réveillent pas, alors mangeons et buvons, car demain nous mourrons ! » (1 Corinthiens 15.32) Et « si nous mettons notre espérance seulement dans cette vie présente, alors nous sommes les plus malheureux des hommes… » (1 Corinthiens 15.19) Et oui !
Dans 1 Corinthiens 15, après avoir avec des arguments d’histoire, de logique, de théologie et d’expérience expliqué pourquoi croire à la résurrection, l’apôtre Paul aborde dans la deuxième partie du chapitre 15 les questions pratiques telles que comment cela va se passer ? Comment allons-nous ressusciter ? Avant sa mort à Golgotha, Jésus se comportait presque comme un homme normal, il avait faim et soif, parfois même fatigué- en effet, il marchait beaucoup. A part quelques miracles nautiques, Jésus était dans son corps vraiment comme un homme. Puis, après sa résurrection, même s’il porte sur lui la trace de ses blessures, Jésus apparaît au milieu d’une pièce aux portes fermées, il apparaît sur le chemin d’Emmaüs, il s’élève dans les nuées… son corps ne semble plus tout à fait être le même. Nous ne sommes pas ici dans le cas de Lazare qui a été ressuscité avec son corps physique normal. Jésus n’est pas revenu à la vie grâce à une simple guérison de ses blessures, mais il est revenu à la vie avec un nouveau corps glorieux, en même temps proche physiquement mais si loin spirituellement, un peu comme ce qu’on peut lire dans l’Apocalypse où est décrit « l’Agneau immolé » (Apocalypse 5.6). La Résurrection de Christ n’abolit donc pas la Passion comme un mauvais souvenir mais ouvre une porte sur une réalité glorieuse avec un corps « plein de force et de gloire » (1 Corinthiens 15.43). Pour faire le parallèle avec notre propre résurrection, l’apôtre Paul utilise à partir du verset 36 l’image de la graine et de la plante. La graine doit mourir pour pouvoir germer et laisser sa place à une plante, bien plus grande et bien plus belle. La plante finale est incomparablement plus belle, nous n’aurions jamais osé l’imaginer en regardant la graine initiale. Alors que notre corps actuel faible et fragile est marqué par le premier Adam, notre nouveau corps viendra du dernier Adam et sera animé par l’Esprit. Mais concrètement, à quoi cela correspond ce fameux corps spirituel ? J’en sais rien, la Bible n’apporte pas de réponses physico-chimiques ou morphologiques mais reste dans son registre préféré, celui de la théologie. L’apôtre Paul n’en savait rien lui non plus et jette en vrac plusieurs images, celle de la graine et de la plante, celle des étoiles et du soleil, celle du corruptible et de l’incorruptible… Nous n’en saurons pas plus, désolé, retenons simplement l’idée que quand Christ reviendra au son de la trompette, nous recevrons un nouveau corps et nous « porterons l’image de celui qui est venu du ciel. » (1 Corinthiens 15.49) Et il est bon de se rappeler cela quand nous sommes confrontés à l’Au-delà, oui il est bon de se rappeler ensemble de cette espérance et de savoir que Dieu nous prépare quelque chose incomparablement plus beau que ce que nous pouvons imaginer par nous-mêmes.
Voilà donc tout ce que Paul développe dans son chapitre 15 et voilà ce qui l’amène à arriver à cette célèbre tirade : « La mort a été engloutie dans la victoire. O mort, où est ta victoire ? Ô mort, où est ton aiguillon ? » (1 Corinthiens 15.55) Concernant l’Au-delà, la résurrection de Christ avait aussi son mot à dire, c’était notre troisième enjeu : notre propre résurrection.
· Conclusion - Qu’est ce que cela change pour moi au quotidien ?
A l’heure de conclure, nous avons donc parcouru le chapitre 15 de la première épître aux Corinthiens et redécouvert plusieurs choses. Premièrement la réalité historique de la résurrection de Christ, en effet il est important d’en être convaincu pour aller plus loin. En revenant 2000 ans en arrière, nous avons vu qu’aucune objection ne tient la route et que le tombeau est donc bel et bien vide ! Deuxièmement les enjeux théologiques de la résurrection. Nous avons réfléchi à trois fondements de notre foi qui ne tiennent plus débout sans la résurrection : la crédibilité de Jésus, le salut qu’il nous offre à travers lui et enfin notre propre résurrection. Il aurait été possible d’aborder de nombreux autres points de doctrine qui sont tous remis en cause sans la résurrection de Christ. Pour les plus curieux, je vous conseille le livre de Gérard Chrispin : « La Résurrection : un trésor méconnu ».
Enfin, je souhaiterais conclure ma prédication de la même manière que l’apôtre Paul a conclu la sienne à la toute fin du chapitre 15. Pour ceux qui ne sont pas fans de théologie et qui préfèrent les choses concrètes et pratiques, alors rassurez-vous, la résurrection de Christ a aussi son mot à dire. L’apôtre Paul, après avoir pris le temps d’exposer pendant 57 versets les enjeux de la résurrection en long, en large et en travers, il finit ce chapitre par un petit verset des plus délicieux : « C’est pourquoi, mes chers frères, soyez fermes, ne vous laissez pas ébranler, travaillez sans relâche pour le Seigneur, sachant que la peine que vous vous donnez au service du Seigneur n’est jamais inutile. » (1 Corinthiens 15.58).
Étonnant de finir par un tel verset d’ordre si pratique, n’est-ce pas ? Pourquoi ? En effet, c’est en étant ancrés dans la vie de notre Seigneur, dans sa victoire sur la mort, dans l’assurance de notre salut, dans l’espérance de vivre avec lui, dans la perspective de vivre éternellement que nous trouvons nos motivations et nos forces pour le servir et pour travailler sans relâche pour l’honneur de son nom. Comme le dit C.S Lewis: « C'est ceux qui ont le plus d'assurance pour le Ciel qui ont le plus de force et d'amour pour cette terre ». Enfin, tout comme la résurrection de Christ est venue rassurer, consoler et fortifier les disciples d’Emmaüs, elle vient aujourd’hui nous relever, nous les disciples de Chassieu, nous réconforter, nous soutenir, nous affermir, nous encourager et nous envoyer. Loué soit Dieu pour cela !
« Si Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine et votre foi est vaine. »
P.L.
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