jeudi 19 février 2009

Jean 10.33 L'incarnation de Jésus

« Car toi qui n’es qu’un homme, tu te fais Dieu »

Jean 10.33


Introduction : L’incarnation, un sujet polémique


· Je souhaiterais commencer par une question : selon vous, qui est Jésus ? Et si on faisait un sondage ce soir sur Jésus, quels seraient les résultats ? Jésus lui-même aimait faire des sondages et poser cette question à ces disciples « Qui dites-vous que je suis ? » (Matthieu 16.15). Cette question « Qui est Jésus ? » a été posée en novembre 2008 à 970 français de plus de 18 ans pour un sondage Pèlerin TNS Sofrès, je vous laisse découvrir les résultats : 35% Fils de Dieu, 21% Prophète, 44% Homme.


Savez-vous quel sujet a toujours porté polémique concernant Jésus ? Qu’est ce qui a valu à Jésus d’être crucifié à Golgotha pendant la semaine de Pâques, fête que nous allons célébrer dans les prochains mois ? Est-ce pour son enseignement que Jésus a été rejeté et l’est encore aujourd’hui ? Est-ce pour son caractère ? Pour ses miracles ? Pour ses cheveux trop longs ? Comme le dit Josh McDowell en introduction d’un de ses livres : « En quoi Jésus est-il différent de tous les autres leaders religieux ? Pourquoi les noms de Moïse, Bouddha, Mahomet et Confucius n’ont-ils pas autant offensés les gens que celui de Jésus ? » Je vous laisse découvrir la réponse en lisant ensemble le texte suivant, Jean 10.22-33 :


« Le moment vint où l'on célébrait à Jérusalem la fête de la Dédicace. C'était l'hiver. Jésus allait et venait dans la cour du Temple, dans la Galerie de Salomon. Alors on fit cercle autour de lui et on l'interpella: Combien de temps nous tiendras-tu encore en haleine? Si tu es le Messie, dis- le nous clairement. Je vous l'ai déjà dit, leur répondit Jésus, mais vous ne croyez pas. Pourtant, vous avez vu les actes que j'accomplis au nom de mon Père: ce sont eux qui témoignent en ma faveur. Mais vous ne croyez pas. Pourquoi? Parce que vous ne faites pas partie de mes brebis. Mes brebis écoutent ma voix, je les connais et elles me suivent. Je leur donne la vie éternelle: jamais elles ne périront et personne ne pourra les arracher de ma main. Mon Père qui me les a données est plus grand que tous, et personne ne peut arracher qui que ce soit de la main de mon Père. Or, moi et le Père, nous ne sommes qu'un.


Cette fois encore, ils ramassèrent des pierres pour le tuer. Alors Jésus leur dit: J'ai accompli sous vos yeux un grand nombre d'œuvres bonnes par la puissance du Père; pour laquelle voulez-vous me tuer à coups de pierres? Les Juifs répliquèrent: Nous ne voulons pas te tuer pour une bonne action, mais parce que tu blasphèmes. Car, toi qui n'es qu'un homme, tu te fais Dieu. » (Jean 10.22-33)


Vous l’avez compris, le sujet polémique qui a valu à Jésus d’être rejeté par les juifs de l’époque, cela a été l’affirmation de sa divinité, c’est la vraie raison du procès lors duquel il a été condamné à la crucifixion : « Cet homme doit mourir car il s’est fait Fils de Dieu » (Jean 19.7).

· Pour le contexte plus particulier de ce passage de Jean 10 que nous venons de lire, sachez que Jésus avait déjà affirmé sa divinité dans les chapitres précédents. Par des paroles avec Jean 8 où Jésus dit : « En vérité, en vérité, je vous le dis, avant qu’Abraham soit né, je suis. » (Jean 8.58) Dans la religion et la langue judaïques, ce fameux « je suis » est une référence directe à Exode 3.14 avec le dialogue entre Dieu et Moïse, pas de doute possible. Jésus avait donc déjà affirmé clairement sa divinité en paroles. Au chapitre 9, Jésus affirme ensuite sa divinité en actes par l’intermédiaire d’un miracle, la guérison d’un aveugle de naissance. Prendre de la boue (comme dans la Genèse) et l’appliquer sur les yeux de l’aveugle de naissance, lui donner la vue (et pas simplement lui redonner comme après une maladie ou un accident) étaient des signes clairs de la part de Jésus qui affirmait son pouvoir créateur et ainsi sa divinité. Les juifs de l’époque avaient bien compris toute la portée de ce miracle créateur, c’est d’ailleurs pour cela qu’ils ont tant cherché à renier ce miracle, lisez donc le chapitre 9 où notre homme guéri doit répéter plus de trois fois son témoignage de guérison. Au chapitre 8, Jésus avait donc affirmé sa divinité en paroles avec ce fameux « je suis », au chapitre 9, il l’affirme de nouveau en actes cette fois-ci avec ce miracle créateur. Nous voilà au chapitre 10 et certains juifs profitent de la présence de Jésus à Jérusalem lors de la fête de la Dédicace pour lui demander : « Jusqu’à quand tiendras-tu notre esprit dans l’incertitude ? ». Comme si Jésus n’avait pas été suffisamment clair sur sa vraie nature… alors cette fois-ci, Jésus décide de mettre le paquet et répond directement au verset 30 : « Moi et mon père, nous sommes un ». Alors là, le doute n’est plus possible, Jésus est allé trop loin dans ses propos : « Nous ne voulons pas te tuer pour une bonne action, mais parce que tu blasphèmes. Car, toi qui n'es qu'un homme, tu te fais Dieu. » D'ailleurs Jésus en remettra une couche plus tard avec la résurrection de Lazare dans Jean 11... Bref, voilà comment pourrions nous résumer notre lecture initiale de Jean 10, son contexte et sa signification.


· Si Jésus a affirmé clairement sa divinité pendant sa vie terrestre - nous venons le voir dans trois chapitres successifs de l’Evangile de Jean -, l’Eglise ancienne a mis du temps à se mettre d’accord sur cette doctrine, doctrine dite de l’Incarnation. Assez rapidement, cette doctrine affirmant la double nature du Christ, humaine et divine, s’est retrouvée au cœur des débats entre les pères de l’église. C’était le sujet numéro un de discussion et de discorde. Demandez à Paul de Samosate (IIIème siècle), Apollinaire (IVème siècle), Arius (IVème siècle), ils ont tous été déclarés hérétiques pour avoir remis en cause la pleine divinité et humanité de Jésus. La fameuse doctrine de l’Incarnation a été mise quant à elle officiellement sur le papier uniquement en 325 lors du Concile de Nicée. Si l’affirmation de la divinité de Jésus a donc fait polémique dès le début de l’église ancienne, cela a continué de traverser les siècles et les continents. Quelques siècles plus tard en Arabie, l’Islam affirme : « Jésus est un prophète comme les autres » (Sourate 33.40) « Jésus n’était pas Dieu, il fut un simple homme comme nous tous. Dieu est un, il ne peut avoir de partenaire » (Sourate 5.17-18). Si le christianisme s’est détaché du judaïsme à cause de la divinité de Jésus, l’islam a réagi face au christianisme à cause de la divinité de Jésus. Je vous avais dit que cela était un sujet polémique ! L’Eglise Catholique du VIIème siècle était quant à elle alors tellement convaincue de la divinité de Christ qu’elle le représentait dans ses peintures cloué sur une croix, tel un athlète grec, victorieux et insensible à la souffrance. Pour rétablir le juste milieu, l’Eglise Catholique a demandé à partir du VIIIème siècle à ses artistes de représenter un Jésus plus humain ; c’est à partir de ce période qu’on a vu apparaître des représentations d’un Jésus souffrant, plein de sang et de larmes sur la croix. Les peintres de l’époque sont alors passés d’un extrême à l’autre : même pour les chrétiens, il était difficile d’arriver à se représenter justement cette double nature de Jésus ! Puis il y a eu en Europe les Sociniens au XVIème siècle puis les Déistes aux XVII et XVIII siècles qui se sont remis à nier la divinité de Jésus. Au XIXème siècle, le philosophe Georg Hegel s’est lui émerveillé de cette doctrine de l’Incarnation et s’est beaucoup appuyé dessus pour élaborer sa philosophie dialectique. Au XIXème, les Témoins de Jéhovah sont apparus et déclarent : « les Témoins de Jéhovah ne croient pas que l'homme Jésus était le Dieu Tout-Puissant incarné, la prétendue deuxième personne de la Trinité. » Ensuite, en 1977 est sorti un livre écrit par plusieurs auteurs : « Le mythe du Dieu incarné », preuve que c’est un sujet qui fait couler toujours autant d’encre ! Et dans notre société française du XXIème siècle, près de 70% de nos concitoyens français rejettent la divinité de Jésus comme nous l’avons vu au début avec le sondage Sofrès.


Nous venons de parcourir ensemble 2000 ans d’Histoire pour voir brièvement que dès que le christianisme a été attaqué, il y avait souvent une remise en cause de la divinité et de l’humanité de Christ. Or plus une doctrine est controversée et attaquée, plus son contenu est intéressant et porteur d’enjeu ! Au vu de toutes les polémiques qu’a engendrées la doctrine de l’Incarnation, cela doit bien vouloir dire qu’il y a un véritable trésor à découvrir derrière cela. Les sujets inintéressants n’intéressent personne, n’est-ce pas ? Alors il doit bien avoir une raison à toutes ces attaques concernant la double nature du Christ. C’est ce qui a attisé ma curiosité et qui m’a donné envie ce soir d’aborder ce sujet avec vous pour creuser ensemble ce qui se cache derrière ce thème, pour s’approprier toute la force du verset de Jean 10.30 que nous avons lu tout à l’heure : « Moi et mon père, nous sommes un. » Si ce sujet a passionné tant de personnes de tous continents et de toutes nations pendant plus de deux millénaires d’Histoire, il n’y a aucune raison que ce sujet ne nous passionne pas nous non plus, simples étudiants français du XXIème siècle !


· Je vous propose d’aborder ce soir la doctrine de l’incarnation sous plusieurs angles différents : un petit résumé de cette doctrine, ses passages clés et controversés, et les conséquences qu’elle a concernant l’amour de Dieu, le Salut que Dieu nous offre, et la souffrance dans le monde. Voilà pour le programme de ce soir !


I – Résumé de la doctrine de l’incarnation


· Pour faire un peu d’étymologie, le mot incarnation vient du latin « caro, carnis », qui signifie chair, ceci en référence au prologue de l’Evangile de Jean : « La Parole a été faite chair, elle a habitée parmi nous, pleine de grâce et de vérité. Et nous avons contemplé sa gloire, une gloire comme celle du Fils Unique venu du Père » (Jean 1.14). L’incarnation exprime le processus par lequel un être spirituel prend une forme charnelle ; pour nous cela signifie que le Fils de Dieu a revêtu volontairement et temporairement un corps humain. Jésus Fils de Dieu existe depuis toute éternité et pendant l’espace d’une trentaine d’années a pris la forme d’un être humain Jésus dit de Nazareth. Pendant cette période, Jésus était pleinement Dieu et pleinement homme. Il n’était pas 50% l’un et 50% l’autre, mais au risque de choquer les brillants mathématiciens que vous êtes, il était véritablement 100% Dieu et 100% homme. Un peu à l’image de quelqu’un qui aurait une double nationalité : un franco-suisse serait-il moins suisse qu’une personne avec uniquement la nationalité suisse ? Il en est de même pour Jésus sur terre : 100% homme, 100% Dieu. Puis après sa résurrection et son ascension, Jésus a retrouvé sa place à la droite du Père. Notez que le Saint Esprit est aussi présent et actif dans tout cela puisque c’est lui qui a été l’agent divin pour cette naissance miraculeuse à travers Marie.


L’apôtre Paul a très bien exprimé la réalité de l’incarnation de Jésus : « Lui qui, dès l'origine, était de condition divine, ne chercha pas à profiter de son égalité avec Dieu, mais il s'est dépouillé lui-même, et il a pris la condition du serviteur. Il se rendit semblable aux hommes en tous points, et tout en lui montrait qu'il était bien un homme. Il s'abaissa lui-même en devenant obéissant, jusqu'à subir la mort, oui, la mort sur la croix. C'est pourquoi Dieu l'a élevé à la plus haute place et il lui a donné le nom qui est au-dessus de tout nom, pour qu'au nom de Jésus tout être s'agenouille dans les cieux, sur la terre et jusque sous la terre, et que chacun déclare: Jésus-Christ est Seigneur à la gloire de Dieu le Père. » (Philippiens 2.5-11) Nous voyons dans ce passage (qui était a priori un hymne des premières églises) dans un premier temps un Jésus de condition divine depuis l’origine, puis un Jésus qui pendant un temps devient serviteur et renonce aux privilèges de son égalité avec Dieu - ce que les théologiens appellent la kénose - et enfin un Jésus qui retrouve dans un dernier temps sa position originelle avec toute la gloire et l’adoration qu’il mérite. Nous reviendrons plus tard sur ce passage et sur toute la difficulté de comprendre la cohabitation des deux natures de Jésus pendant sa courte vie terrestre. En attendant de revenir sur ces difficultés, regardons indépendamment chacune de deux natures de Jésus :


· Jésus pleinement homme ? Jésus 100% homme ? A votre avis ? Oui. Comme nous, il est né, sa vie terrestre a commencé un jour du côté d’une étable en Judée (Luc 2.7). Il s’est inscrit dans une lignée généalogique (Matthieu 1.1). Puis il a grandi dans une famille juive en Galilée (Matthieu 2.23), il a reçu une éducation de la part de ses parents (Luc 2.51), il a appris à lire, il a exercé un métier, celui de charpentier (Marc 6.3). Puis à 30 ans, l’âge mûr pour un homme de cette époque, il a quitté sa ville pour commencer son ministère itinérant d’enseignant (Jean 1.29). Il a été baptisé dans le Jourdain (Marc 1.9) Même dans sa mission, il a continué d’être un homme. Il eut faim, soif (Jean 11.12). Il connut la fatigue, il dormait (Matthieu 8.24). Il a éprouvé de la compassion, il a même pleuré (Matthieu 26.36-40). Il passait du temps dans la prière (Luc 6.12). Comme nous, il a été tenté (Luc 4.2). Il a du faire face au rejet, à la haine et au mensonge (Jean 10.31) Enfin, comme un être humain, il a connu la souffrance (Matthieu 27.26) et pendant trois heures sur la croix, il a même connu la séparation avec son Père céleste (Matthieu 27.46). Puis il est mort (Matthieu 27.50). A la lumière de tout cela, il est difficile de prétendre que Jésus n’était pas pleinement un homme, alors ne nous laissons pas ébranler.


Jésus pleinement Dieu ? Jésus 100% Dieu ? A votre avis ? Oui. Il est né d’une femme sans l’aide d’un homme (Matthieu 1.20). Il existait depuis toute éternité (Jean 8.58). Il a déclaré que Dieu était son Père (Jean 8.19), il a dit qu’il faisait un avec le Père (Jean 10.30), il a participé à la Création (Jean 1.3). Il connaissait tout (Jean 2.25). Les vents et les vagues lui ont obéit (Matthieu 8.27). Il a guérit des centaines de personnes (Marc 6.56). Il a multiplié les pains et les poissons (Matthieu 15.32). Il pouvait prophétiser (Marc 10.33). Il a le pouvoir de créer (Jean 9.7) et de ressusciter (Jean 11.43). Il est la source de la vie éternelle (Jean 6.47). Il n’a jamais péché (2 Corinthiens 5.21). Il a pardonné des péchés (Marc 2.7). Il a le pouvoir de juger (Jean 5.22). Il est lui-même ressuscité (Luc 24.6) et a été élevé au Ciel (Actes 1.9). A la lumière de tout cela, il est difficile de prétendre que Jésus n’était pas pleinement Dieu, alors ne nous laissons pas ébranler.


· Voilà donc le résumé de cette première partie avec la doctrine de l’incarnation : Jésus le Fils de Dieu qui a pris temporairement et volontairement la forme d’un être humain. Et si toutes les affirmations précédentes ne nous ont rien appris, si rien ne vous a pas choqué, et bien, tant mieux, sachez que je m’en réjouis tant cela n’a pas été le cas de tous, cette double nature divine et humaine a choqué et offensé tant des personnes pendant l’Histoire comme nous l’avons vu en introduction.


II – Une doctrine fausse ? Réponse à quelques passages difficiles


Si certains considèrent que la doctrine de l’incarnation est fausse, c’est qu’il y a quelques passages bibliques qui sont difficiles à comprendre et peuvent porter à confusion concernant l’égalité entre Dieu le Père et Dieu le Fils. Ne nions pas que certains versets bibliques soient difficiles, je vous propose même de les aborder rapidement ce soir. Pourquoi certains pensent que cette doctrine est fausse ?


· Regardons premièrement une expression qui peut paradoxalement nous induire en erreur : « Jésus est le Fils de Dieu » (Luc 1.35, Marc 15.39, Actes 9.20…). Si Jésus est le Fils de Dieu, cela veut certes dire qu’il vient de Dieu, mais il n’en est que le fils ! Ce n’est pas Dieu, il n’en est que le fils, une sorte de demi-dieu ! Pourquoi ne trouve-t-on pas directement dans la Bible l’expression « Jésus est Dieu » ? Je tiens à vous dire que cette question nous vient directement de notre culture occidentale contemporaine. En effet, aujourd’hui, le fait d’être fils signifie être distinct, être différent de, être après, voir être inférieur. Comment s’appelle votre père ? Mon père à moi s’appelle Antoine ; si je dis aujourd’hui que je suis fils d’Antoine, cela veut dire que je suis différent et distinct de lui, je ne prétends aucunement être son égal, n’est-ce pas ? A l’époque juive, l’utilisation de l’expression « Fils de … » prenait un sens tout autre. Cette expression était utilisée pour dire notre réelle nature. Ainsi il est courant de trouver des textes vétérotestamentaires où l’on trouve les expressions: « Fils des étoiles », « Fils des chantres », « Fils de prophète »… En affirmant être « Fils de Dieu », Jésus n’est pas en train de nous dire qu’il est distinct de Dieu puisqu’il n’en est que le Fils, il est au contraire de nous affirmer qu’il est Dieu, que sa nature est celle de Dieu. D’ailleurs, si pour nous dans notre culture occidentale cette expression peut nous induire en erreur, les contemporains de Jésus ont bien compris toute sa signification. « Si tu es le Fils de Dieu, ordonne donc à ces pierres de se changer en pains ! » dit Satan (Luc 4.3). « Si tu es le Fils de Dieu, descends de la croix ! » dit le brigand (Matthieu 27.40). « Des démons sortaient en s’écriant : tu es le Fils de Dieu ! » (Luc 4.41) Cette expression qui a priori venait s’opposer à l’égalité entre le Dieu et Jésus vient au contraire se poser comme une affirmation supplémentaire de l’entière divinité de Jésus.


· « Comme Jésus partait, un homme accourut, se jeta à genoux devant lui et lui demanda: Bon Maître, que dois-je faire pour obtenir la vie éternelle? Pourquoi m'appelles-tu bon? lui répondit Jésus. Personne n'est bon, sinon Dieu seul. » (Marc 10.17-18) Ah, voici un verset où Jésus affirme lui-même ne pas être Dieu ! A votre avis ? Jésus n’est-il pas plutôt en train de répondre à l’hypocrisie du jeune homme qui voit Jésus comme un simple maître humain ? « Si tu me considères comme un simple maître humain, pourquoi viens-tu me demander les clés de la vie éternelle ? Es-tu bien conscient qu’en m’appelant « bon maître », tu es en train d’affirmer que je suis Dieu ? » Par sa réponse, Jésus n’est pas en train de dire qu’il n’est pas Dieu, il reste dans son registre préféré, celui de la pédagogie, où il invite son interlocuteur à réfléchir à l’épithète qu’il lui a donné. Voyez-vous la logique ? Jésus arrête net le jeune homme dans sa superficialité – l’usage banal et facile de la bonté de Dieu – et dans son hypocrisie – il est en train de proclamer Jésus Dieu alors qu’il ne le croit même pas.


« Vous m'avez entendu dire que je pars, mais aussi que je reviendrai auprès de vous. Si vous m'aimiez, vous seriez heureux de savoir que je vais au Père, car le Père est plus grand que moi. » (Jean 14.28) Ah, voici encore un verset où Jésus affirme être inférieur au Père et donc ne pas être pleinement Dieu ! A votre avis ? Pour cela nous devons revenir au cœur de la doctrine de l’incarnation et à la difficulté de comprendre le statut de Fils de Dieu incarné. Je n’ai pas le temps de rentrer dans tous les détails mais sachez qu’une fois de plus il convient de comprendre le statut temporaire et volontaire de Jésus sur terre. Pendant 33 ans, Jésus reste à 100% de nature divine mais il s’humilie et devient serviteur comme nous l’avons lu dans Philippiens 2. Alors oui, puisque Jésus a renoncé à son égalité avec Dieu en n’utilisant pas certains de ces attributs divins (omnipotence, omniprésence, omniscience…), alors oui le Père est plus grand que le Fils l’espace de ces 33 années. Mais ensuite, par la résurrection, Dieu le Père a redonné à Dieu le Fils toute la gloire qui était la sienne depuis le commencement de la création (Jean 17.5). C’est dans cette perspective que nous devons comprendre ce verset de Jean 14.28 où Jésus affirme que le Père est plus grand que lui. Même si cela peut être difficile à comprendre avec notre intelligence, acceptons l’incarnation, « ce mystère paradoxal et énigmatique » comme le dit Alister McGrath. A défaut de pouvoir parfaitement expliquer les deux natures du Christ, nous le confessons simplement et nous demandons le secours de l’Esprit Saint pour nous révéler jour après jour toute la profondeur de ce secret impénétrable qui s’inscrit dans celui de la Trinité.


· Nous venons donc de voir qu’à cause de certains versets bibliques, certains ont jugé la doctrine de l’incarnation comme fausse et remis en cause le fait que Jésus était pleinement homme et pleinement Dieu. Mais nous venons aussi de voir qu’en replaçant ces versets dans leurs contextes respectifs, ces versets ne viennent pas du tout déclarer cette doctrine comme fausse, mais que bien au contraire, ces versets viennent améliorer et enrichir notre compréhension de ce mystère que reste et que restera l’incarnation de Jésus. Si certains ont des questions concernant tout cela et veulent que je revienne sur quelque chose, il y aura un temps de questions à la fin.


III – Une doctrine inutile ? Quelques unes de ses conséquences


Après avoir répondu à ceux qui jugent cette doctrine de l’incarnation comme fausse, je vous propose de répondre à ceux qui la déclarent comme inutile. Pourquoi y attacher tant d’importance ? Pourquoi est-ce que j’ai pris la peine de vous faire un enseignement sur ce sujet ? Est-ce si utile ? Je voudrais avec vous s’arrêter sur trois conséquences qui montrent toute l’importance de l’humanité et la divinité de Christ. Un peu comme je l’avais fait il y a un an pour la résurrection, je souhaite défendre la double nature de Jésus et montrer pourquoi notre foi chrétienne en dépend. A travers quelques conséquences d’un Jésus homme et Dieu, j’aimerais vous faire dire à la fin, à l’image de 1 Corinthiens 15.14 où « notre foi est vaine si Christ n’est pas ressuscité », que de même si Jésus-Christ n’est pas Dieu, alors notre foi est vaine.


· Premièrement, avec l’incarnation, nous quittons le monde froid et insensible des idées, des concepts, des idéaux, monde dans lequel beaucoup de religieux et philosophes errent. Avec l’incarnation, nous entrons dans un monde rempli de la présence de Dieu. Grâce à l’incarnation, le christianisme n’est pas qu’une philosophie parmi tant d’autres et l’amour de Dieu n’est plus qu’un beau concept ou une vague idée mais une réalité dans notre réalité. Tout devient plus simple de suivre une personne vivante et non un concept abstrait.


« Christ a aussi souffert pour nous, vous laissant un exemple afin que vous suiviez ses traces » (1 Pierre 2.21). « Soyez donc les imitateurs de Dieu, comme ses enfants bien aimés, et vivez dans l’amour en suivant l’exemple du Christ » (Ephésiens 5.1). En Christ, nous avons un exemple à suivre, un modèle à imiter. Avez-vous déjà essayé d’apprendre à utiliser un nouveau logiciel uniquement à partir du mode d’emploi ? C’est galère, il vaut mieux un ami qui vous montre en cinq minutes comment il fait lui. Il en est de même dans notre sanctification. Qu’il aurait difficile de suivre le sermon sur la montagne si nous n’avions pas eu quelqu’un pour nous montrer l’exemple ! Au jour le jour, nous ne cherchons pas à suivre des principes ou un mode d’emploi, mais nous suivons une personne, Jésus, le Dieu incarné. Il est bon de pouvoir chanter le cantique : « Te ressembler, Jésus, c'est mon espoir suprême. Penser, agir, aimer toujours plus comme toi ». C’est en cela aussi que devient pratique l’incarnation de Jésus! Puissiez-vous l’imiter et suivre son exemple au jour le jour.


· Jésus le Fils de Dieu en venant sur terre à notre rencontre et en mourant pour nous sur la croix a prouvé tout l’amour de Dieu. Comment, me direz-vous ? Réfléchissons par l’absurde quelques instants : si Jésus n’est pas Dieu mais qu’un simple homme, aussi bon soit-il, en quoi Golgotha est une preuve de l’amour de Dieu ? Si Jésus n’est pas Dieu qui s’incarne, alors la mort d’un innocent sur la croix est soit une fin tragique, soit une preuve de la tyrannie de Dieu, soit une inutilité, soit un acte de bravoure sans lendemain. Si Jésus n’est pas Dieu, je ne vois pas en quoi sa mort me concerne et m’offre le salut. A la limite, la seule personne que Jésus a sauvé en mourant sur la croix, c’est le prisonnier Barabbas, mais moi, en quoi cette mort me concerne si ce Jésus n’est qu’un homme ?


Je vous propose de prendre une illustration. Tu viens de me casser mon voiture, la facture arrive et il faut la régler. Si je me contente de te dire « ce n’est pas grave » mais que j’envoie la facture à un autre homme, alors cela veut dire que je ne t’ai pas vraiment pardonné. Je t’aurai pardonné pour la voiture cassée uniquement si je règle moi-même la facture. De même, si Jésus n’est pas Dieu, alors pour mon salut, Dieu a fait retomber ma faute sur un autre homme, mais cela n’est pas du pardon, c’est simplement un transfert. Cela ne devient du pardon uniquement dans la mesure où cette deuxième personne est Dieu lui-même, Jésus.


Sans l’incarnation, l’idée selon laquelle la croix prouverait l’amour de Dieu pour nous et nous donnerai accès au salut perd toute sa force. Comme Jésus est Dieu, alors oui nous pouvons affirmer que Dieu nous a montré son amour en s’humiliant lui-même en venant à nous comme l’un d’entre nous et en prenant sur lui-même la faiblesse de la nature humaine afin de la racheter.


· Il est possible d'avoir la même réflexion sur le thème de la souffrance. Un des questions qui nous est posée le plus souvent à nous chrétiens par nos collègues et amis, c’est « Si Dieu existe, pourquoi la souffrance ? » Notre siècle a été le témoin d’horreurs inimaginables avec guerres, génocides, atrocités, attentats. Si Dieu existe, pourquoi la souffrance ? Il y a aussi la souffrance sociale avec chômages, injustices, famines, expulsions. Si Dieu existe, pourquoi la souffrance ? Il y a aussi la souffrance médicale avec maladies, cancers, handicaps, accidents. Si Dieu existe, pourquoi la souffrance ? Il y a aussi la souffrance familiale avec divorces, violences, solitudes, frustrations, tensions, abus. Si Dieu existe, pourquoi la souffrance ? Il y a aussi la souffrance personnelle avec déceptions, incompréhensions, mal-êtres, hontes, peurs, rejets, blessures. Si Dieu existe, pourquoi la souffrance ?


Et bien je vous mets au défi de répondre à cette question sans parler de Dieu qui est venu et qui est mort sur la croix. Cette question, même avec l’incarnation de Jésus, reste difficile à répondre quand on nous la pose au bureau, en cours, dans le bus ou à l’église, mais nous savons que Dieu dans la lugubre scène de Golgotha se soumet lui-même et à la souffrance d’un monde tombé au plus bas. Dieu a souffert en Christ, il s’est chargé de l’agonie du monde qu’il avait crée. Et en prenant sur lui toute cette souffrance, Dieu nous offre une réponse et une espérance qui vont au delà de toute compréhension. La doctrine de l’incarnation devient alors très pratique.


« Jésus devait être rendu, à tous égards, semblable à ses frères afin de devenir un grand-prêtre plein de bonté et digne de confiance dans le domaine des relations de l'homme avec Dieu, en vue d'expier les péchés de son peuple. Car, puisqu'il a lui-même été éprouvé dans ce qu'il a souffert, il peut secourir ceux qui sont éprouvés. » (Hébreux 2.14-18) Ainsi, quand vous avez à faire face à la souffrance, quand vous passez à travers des épreuves, quand vous êtes au beau milieu de la tempête, vous pouvez crier votre détresse à Dieu, vous pouvez lui confier vos peurs et vos doutes. Et sachez que Dieu ne fera pas simplement vous envoyer depuis son ciel ses plus sincères condoléances, mais il saura vous répondre et vous encourager avec force et puissance, car lui aussi à travers Jésus-Christ a vécu tout cela. Souvenez-vous des larmes de Jésus au jardin de Gethsémani. Quand nous passons par des temps de tempête, il est bon de savoir que nous avons un maître proche de nous, c’est en cela que devient pratique l’incarnation de Jésus! Puissiez-vous apprendre à se confier en lui et à s’appuyer sur lui dans ces moments.


· Avec ces quelques thèmes de l’amour de Dieu, du Salut et de la souffrance, nous nous rendons vite compte de l’importance de la doctrine de l’incarnation. Voilà pourquoi j’ose affirmer que si Jésus-Christ n’est pas Dieu, alors notre foi est vaine. Je souhaiterai finir cette troisième partie avec une citation de C.S Lewis : « La doctrine de la divinité de Christ ne me paraît pas être une pièce rapportée et collée, que l’on pourrait décoller à volonté, une option facultative. En chirurgie, l’abandon de cette doctrine n’aurait rien à voir avec la simple ablation de l’appendice, mais elle correspondrait plutôt à l’ablation du cœur, le moteur de la foi chrétienne. »


Conclusion


· Nous venons de passer une demi-heure sur le thème de l’incarnation. Nous avons vu en introduction à travers Jean 8, 9 et 10 que Jésus avait affirmé à plusieurs reprises sa divinité mais que cette doctrine a eu beaucoup d’adversaires tout au long de l’Histoire au sein même du christianisme mais aussi face aux autres grandes religions. Dans une première partie, nous avons fait un résumé de cette doctrine, expliquant bien que Jésus est Dieu depuis le commencement jusqu’à la fin et qu’il a été en plus homme l’espace de 33 ans. Dans une deuxième partie, nous avons regardé quelques passages bibliques difficiles à comprendre puisqu’ils semblent affirmer que Jésus n’est pas vraiment Dieu. Après avoir répondu à ceux qui disent que tout cela est faux, nous avons dans une troisième partie répondu à ceux qui disent que tout cela est inutile. L’amour de Dieu, le salut qu’il nous offre, la réponse de Dieu à la souffrance sur terre… tout ne prend sens qu’avec un Dieu incarné en Jésus-Christ.


Amen.


P.L.

1 Corinthiens 15.14 La résurrection de Jésus

« Si Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine et votre foi est vaine. »

1 Corinthiens 15.14


Introduction – La résurrection aurait-elle été oubliée pour la croix ?


Quelles grandes fêtes sont au centre du calendrier chrétien ? Noël en décembre et Pâques en avril me direz vous ! Alors là, Noël approche, il va être temps de parler de la naissance de Jésus, de la signification de son incarnation de Jésus... classique. Puis Pâques arrivera, il sera temps de prêcher sur la mort de Jésus et sur sa résurrection. C’est parfait, on fait comme cela depuis longtemps, non ? Aujourd’hui, je vais casser la tradition et vais oser de parler de la mort et de la résurrection de Christ alors que nous sommes en décembre, j’espère que vous ne serez pas trop choqués! J’ai choisi le sujet de la mort et surtout de la résurrection de Christ pour les mettre en valeur à une période hivernale de l’année où nous n’avons pas l’habitude d’en entendre parler, mais aussi parce que je pense que notre église de Chassieu en a besoin en ces temps hivernaux… Dans ces temps où notre église est éprouvée, collectivement et individuellement, je crois qu'il est bon de redécouvrir l'essentiel: la croix et la tombe.


Pour commencer, j’aimerai d'abord lire avec vous un des premiers crédos de l’église de Jérusalem, nous trouvons ce crédo dans la première épître aux Corinthiens : « Je vous ai transmis, comme un enseignement de première importance, ce que j'avais moi-même reçu : Le Christ est mort pour nos péchés, conformément aux Écritures; il a été mis au tombeau, il est ressuscité le troisième jour, comme l'avaient annoncé les Écritures. Il est apparu à Pierre, puis aux Douze. » (1 Corinthiens 15.3-5) Nous voyons dans ce credo que la mort de Jésus est évoquée deux fois et que la résurrection de Jésus est évoquée aussi deux fois, il y a un équilibre entre ces deux grands événements. Je suppose que vous êtes d’accord que la semaine de Pâques n’a de sens que si on parle de la mort et de la résurrection de Jésus, qu’il y a un bon équilibre entre les deux. Dit ainsi, nous sommes tous d’accord que la croix et la résurrection vont ensemble, mais qu’en est-il dans notre quotidien, qu’en est-il dans la réalité de nos églises ? Si notre église devait avoir un credo aujourd’hui, que serait-il ? Serait-il aussi équilibré que celui de l’église de Jérusalem ?


· Quand nous nous examinons d’un peu plus près, force est de constater que nous avons très souvent tendance à insister uniquement sur la croix de Jésus-Christ et en oubliant un peu le reste. Demandez à un chrétien évangélique de présenter rapidement l’Evangile ? La plupart du temps, il s’arrêtera à la croix et oubliera de parler de la résurrection. Qu’en est-il de nos temps de louange ? Bon nombre de nos cantiques sont centrés sur la croix. Qu’est ce qui est écrit sur la chapelle de l’Institut évangélique de Nogent-sur-Seine ? « Nous prêchons Christ crucifié ». Vous souvenez-vous du film de Mel Gibson La Passion du Christ ? Sur plus d’une heure et demie, la résurrection ne prend que quelques dizaines de secondes à la toute fin. Depuis quelques temps, à l’église ou sur le campus, à chaque speech ou moment de louange, je compte le nombre fois que les mots croix et résurrection sont prononcés. Quel est le score ? La plupart du temps, c’est 9-0, 6-1, 7-0… Enfin, n’avez-vous jamais entendu de telles exhortations dans nos églises : « Amenez vos prières à la croix », « Grâce à la croix de Jésus-Christ, nous avons le salut », « Merci Seigneur pour la croix »… Je m’arrête là. Reconnaissons simplement que notre théologie et notre jargon évangélique sont centrés essentiellement sur la croix de Jésus-Christ et bien moins sur sa tombe vide.


Depuis Martin Luther, les protestants se distinguent par leur attachement à la Bible, seule source d’autorité, n’est-ce pas ? Alors arrêtons-nous quelques instants pour regarder la place de la croix dans la Bible et de la comparer avec celle de la résurrection. Les mots crucifié, croix, crucifixion… sont cités 72 fois dans la Bible. Et devinez pour les mots ressuscité, résurrection ? Plus de 110 fois. Étonnant, n’est-ce pas ? Ouvrons ensuite quelques livres du Nouveau Testament. L’épître aux Hébreux ? Pas une seule fois les mots croix ou crucifié. L’épître de Jean ? Pas un mot alors que Jean était à Golgotha. L’épître de Jude ? Rien sur la croix, alors que c’était le frère de Jésus. Les Actes des apôtres ? On se rend compte que les prédications des premiers apôtres parlaient à peine de la croix de Jésus-Christ. En fait, c’est principalement l’apôtre Paul qui a établi la doctrine de la rédemption et qui a insisté sur la croix. Mais dans l’ensemble, avec ce rapide survol du Nouveau Testament, on se rend compte que la croix n’est pas automatiquement le thème central de chaque verset et que la résurrection revient même plus souvent que la crucifixion, 110 contre 72 je vous rappelle. D’ailleurs, toujours dans le Nouveau Testament, l’apôtre Paul prononce une parole inédite dans l’histoire biblique. Inédite car il ose faire dépendre toute la foi chrétienne d’une seul fait, il ose mettre tous ses œufs dans le même panier. Paul se dit même à abandonner sa foi si ce fait n’est pas vrai. Devinez quel est ce fait ? La résurrection ! Je cite : « Si Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine et votre foi est vaine. » (1 Corinthiens 15.14) Littéralement : « votre foi est vide. »


· Ce matin, je souhaiterai, avec vous et en toute modestie, rééquilibrer un peu notre théologie, en particulier concernant la place de la résurrection dans notre foi. Je suis persuadé qu’on l’a petit à petit oubliée devant la croix et qu’aujourd’hui personne d’entre nous ne serait prêt à affirmer une telle chose : « Si Christ n’est pas ressuscité, alors notre foi est vaine. » Plus personne n'oserait mettre tous ses œufs dans ce même panier. Pour cela, je vous propose deux grandes parties. Dans un premier temps, vérifier ensemble la réalité historique de la résurrection du Christ. En effet, si bon nombre d’entre nous oublient petit à petit la résurrection, c’est peut-être simplement car nous doutons au fond de nous de la réalité de ce miracle. Dans une seconde partie, nous réfléchirons ensemble sur les enjeux de la résurrection, voir quels piliers de la foi chrétienne seraient remis en cause sans la résurrection de Jésus et quelles sont les implications pratiques sur nos vies. Avec ces deux parties, historique puis théologique, mon objectif est vraiment de vous convaincre de nouveau de l’importance de la résurrection, et pourquoi pas vous faire dire à la fin: « Si Christ n’est pas ressuscité, alors notre foi est vaine… »


I - La résurrection, un fait historique ?


· Si la résurrection n’est pas suffisamment aujourd’hui au centre de notre foi chrétienne, si la plupart des chrétiens annoncent aujourd’hui un Evangile sans oser évoquer directement la résurrection, c’est sûrement parce qu’ils sont eux-mêmes pas vraiment que la résurrection a eu lieu : les miracles ne sont plus vraiment à la mode dans notre société postmoderne. Alors prenons un peu de temps pour se replonger dans la réalité historique de la résurrection, faisons un bond de 2000 ans en arrière pour vérifier ce qu’il s’est passé cette fameuse semaine de Pâques du côté de Jérusalem. En effet, avant d’aborder après des questions plus théologiques, il est important de s’assurer de l’historicité des faits, n’est-ce pas ? D’ailleurs, c’est dans cet objectif que l’apôtre Paul commence son chapitre de 1 Corinthiens 15, véritable hymne à la résurrection. Avant d’aborder le fond du sujet, Paul prend la peine de rappeler que « le Christ a été vu par plus de 500 frères dont la plupart étaient encore vivants ! » (1 Corinthiens 15.6). De même pour nous, avant d’aborder le fond du sujet, prenons la peine de nous assurer de l’historicité de la résurrection. Je vous propose de faire un petit tribunal pour vérifier ou pas l’exactitude du retour à la vie de Jésus. Lisons les faits concernés par notre tribunal chasseland:

« Le dimanche matin de très bonne heure, les femmes se rendirent au tombeau emportant les huiles aromatiques qu'elles avaient préparées. Elles découvrirent que la pierre fermant l'entrée du sépulcre avait été roulée à quelque distance de l'ouverture. Elles pénétrèrent à l'intérieur, mais ne trouvèrent pas le corps du Seigneur Jésus. Pendant qu'elles en étaient encore à se demander ce que cela signifiait, deux personnages vêtus d'habits étincelants se tinrent tout à coup devant elles. Elles étaient tout effrayées et baissaient les yeux vers le sol. Ils leur dirent alors: Pourquoi cherchez-vous parmi les morts celui qui est vivant ? Il n'est plus ici, mais il est ressuscité. Rappelez-vous ce qu'il vous disait quand il était encore en Galilée : "Il faut que le Fils de l'homme soit livré entre les mains des pécheurs, qu'il soit crucifié, et qu'il ressuscite le troisième jour." » (Luc 24.1-7)


· Partons donc du fait biblique : Jésus est ressuscité. Selon vous, quelles sont les objections habituelles contre la résurrection du Christ ? A votre avis ? Examinons donc les quatre principales objections qui ont été avancées au fil des siècles :


1- Première objection : Christ est ressuscité certes, mais ce n’est pas pour autant que son corps physique aie été ressuscité, il s’agit simplement de son esprit, d’une résurrection spirituelle. Le tombeau n’était pas vide, l’Esprit de Jésus était parti, mais son corps était encore là. On reconnaît ici l’anthropologie grecque avec tous ses philosophes, Planton en tête, qui séparait l’âme et le corps, donnant la possibilité d’une résurrection partielle. Pour les grecs, l’âme est prisonnière du corps et attend d’en être libérée. Mais la théologienne Camille Foucant rappelle que « nous sommes ici bien loin de l’anthropologie hébraïque qui est bien plus unitaire concernant l’homme ». Dans la culture juive, si un homme ressuscite, alors c’est son être entier qui est concerné. Prétendre que seul l’esprit de Christ est ressuscité est une objection qui vient de la pensée grecque mais qui ne tient pas debout devant la Bible. D’ailleurs, remarquez que la seule fois dans le Nouveau Testament où l’apôtre Paul prend la peine de défendre la résurrection, c’est pour Corinthe, la deuxième ville de la Grèce Antique…


2 - Deuxième objection : c’est un évanouissement, Jésus n’était pas mort. Alors là, chapeau, Jésus est vraiment superman. Jésus, simplement évanoui, aurait été réveillé par la fraîcheur du tombeau et se serait enfuit. Je ne vais pas vous refaire la description de la crucifixion romaine et des souffrances physiques du condamné, Mel Gibson l’a déjà fait, je ne vais pas me lancer là dedans. Quoi qu’il en soit, j’ai du mal à m’imaginer un Jésus en mauvais état se défaire du bandage traditionnel, rouler seul la pierre du tombeau, échapper aux soldats romains, s’enfuir en courant, se faire un brin de toilette et apparaître avec un grand sourire devant ses disciples : « Me voilà les amis ! ». Cette objection où Jésus aurait échappé à la mort et aurait fait croire à sa résurrection me paraît d’autant plus illogique que si vraiment Jésus avait voulu échapper à la mort et aux souffrances de la croix, il ne serait pas venu de lui-même à Jérusalem et ne se laisserait arrêté si facilement par les soldats à Gethsémani. Non, Jésus est bel et bien mort, la lancée plantée dans son cœur en témoigne. D’ailleurs, un docteur en médecine, William Edwards a dit : « Les interprétations fondées sur la supposition que Jésus ne mourut pas sur la croix apparaissent en totale contradiction avec les connaissances médicales modernes. » Oui, l’objection du Jésus magicien qui se réveille dans le tombeau et qui part en courant est contraire à toute logique.


3 - Troisième objection : C’est une fraude, le corps de Jésus a tout simplement été volé. D’accord, mais alors par qui, comment et pourquoi ? Premiers suspects, les disciples du Christ. Personnellement, j’ai du mal à m’imaginer qu’ils allaient eux-mêmes monter une supercherie pour laquelle ils allaient donner leur vie plus tard. Donner sa vie pour la Vérité, d’accord, mais donner sa vie et souffrir pour quelque chose qu’on a falsifié soi-même, je ne comprends pas. D’autant plus que j’ai du mal à m’imaginer les disciples organiser une opération commando pour voler le corps de leur maître, tant ils étaient dans la souffrance et dans la peine, souvenez-vous des larmes de Pierre et des disciples d’Emmaüs. Comme le dit l’écrivain JP Moreland : « les disciples n’avaient rien à gagner à créer une nouvelle religion. Ils eurent à affronter hostilité et martyre. Ils n’auraient jamais été aussi inébranlables s’ils avaient su que leur prédication était un mensonge crée par eux-mêmes ».

Écartés les disciples comme suspects pour le vol du corps de Jésus, intéressons maintenant aux Juifs et aux Romains : les autorités auraient volé le corps. Alors là, c’est encore plus incohérent puisqu’il n’est pas nécessaire d’avoir le bac pour comprendre que, pour faire taire une bonne fois pour toutes ces idées de croyances et de résurrection et calmer ces nouveaux chrétiens un peu trop remuants, il aurait suffi aux Juifs et aux Romains d’exhiber le corps de ce fameux Jésus de Nazareth. Et hop le problème aurait été réglé ! Non, ni les Juifs, ni les Romains n’ont volé le corps de Jésus, voilà pourquoi personne n’a pu l’exhiber et ainsi faire taire les premiers chrétiens. Un théologien anglais, Patrick Fairbairn, a d’ailleurs dit : « Concernant la résurrection, le silence des premiers juifs parle plus fort que la voix des chrétiens. » En toute honnêteté donc, le vol du corps comme objection à la résurrection ne tient pas debout.


4 - Quatrième objection : C’est une illusion, tous ceux qui ont vu le Christ ressuscité ont été victime d’hallucinations. Quelle coïncidence d’avoir exactement la même hallucination pour des centaines de personnes différentes, venant toutes de régions différentes, d’arrière plans différents, d’âge différents ! La coïncidence est d’autant plus grande que ces illusions auraient toutes eu lieu à des endroits et à des moments différents mais qu’elles se seraient toutes arrêtées au même moment, soit 40 jours après Pâques ! Comme le fait remarquer Gresham Machen : « même des psychiatres n’auraient changé aux débuts de l’église chrétienne ! » Je vous propose de ne pas s’attarder plus longtemps sur cette quatrième objection, tant n’importe quel tribunal honnête d’aujourd’hui rejetterait cette idée d'apparitions collectives.


· Je n’aborderai pas les autres objections qui ont été parfois avancées, comme celle des femmes qui se sont trompées de tombe, comme celle où les gardes romains auraient eux-mêmes cachés le corps de Jésus… tant cela devient trop capillotracté. Je vous conseille néanmoins « le Verdict – Complément d’enquête » de Josh McDowell pour les plus curieux. Le verdict de notre tribunal commence à se dessiner, il ne reste plus qu’une hypothèse devant les faits, l’hypothèse du miracle divin. Devant l’absence de corps dans le tombeau, devant le fait que personne n’a été capable d’exhiber le corps de Jésus, devant les centaines de personnes qui ont vu Jésus de leurs propres yeux, devant les nombreuses prophéties que Jésus avait faites, seule l’hypothèse du miracle tient debout : notre Seigneur est bel et bien revenu à la vie ! D’ailleurs personne au premier siècle n’a osé remettre en cause la résurrection du Christ : Flavius, Josèphe, Tacite et Pline, des auteurs profanes, ont tous mentionné dans leurs écrits la résurrection d’un certain Jésus de Nazareth. Et ce miracle était tellement évident pour les gens de Jérusalem que l’apôtre Pierre ne prend pas la peine de défendre la réalité de la résurrection de Jésus lors de son fameux discours du jour de la Pentecôte dans Actes 2. Si tout le monde à Jérusalem avait contesté la réalité de ce miracle, si ce miracle ne tenait qu’à moitié debout à l’époque, alors Pierre se serait évertué dans ses discours à défendre coûte que coûte la réalité de ce fait. Non, il ne l’a pas fait, cela était inutile à Jérusalem, personne ne le contestait. Je crains que notre tribunal ait à aboutir au verdict suivant : Jésus de Nazareth est bel et bien ressuscité !


J’espère que ce petit exercice judiciaire vous aura convaincu et vous aura aidé à avoir non une foi hésitante mais une foi pleine d’assurance concernant la résurrection. Je pense qu'il est bon pour notre église d'être toujours plus convaincue de la réalité historique, c'est la première étape nécessaire avant d'aller plus loin. Je voudrais finir cette première partie historique avec une citation de l’écrivain Thomas Arnold de l’Université d’Oxford : « Pendant de nombreuses années, j’ai étudié l’Histoire d’autres temps, j’ai examiné le poids des preuves apportées par ceux qui écrivirent à propos de Jésus. Je ne connais pas de fait, dans l’histoire du genre humain, qui ait été aussi attaqué mais mieux prouvé et attesté par des évidences de toutes sortes pour l’intelligence de tout chercheur sincère, que le grand signe que Dieu nous a donné, à savoir la mort et la résurrection de Christ d’entre les morts ».


II – la résurrection, un enjeu théologique ?


· Après avoir abordé l’aspect historique, je vous propose d’aborder dans une deuxième partie l’aspect théologique : en quoi la résurrection est si indispensable ? Je vous rappelle notre verset principal de ce matin : « Si Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine et votre foi est vaine. » (1 Corinthiens 15.14). Êtes-vous vous aussi convaincus que la résurrection de Christ est indispensable à la foi chrétienne ? Croyez-vous que sans cela toute notre prédication est inutile et que toute notre foi est vaine ? Seriez-vous prêt à mettre ainsi tous vos œufs dans le même panier ? Pourquoi Paul en est-il arrivé à faire dépendre sa foi d’un fait historique ?


Pour se rendre compte de l’importance de la résurrection, je vous invite à vous imaginer l’espace de quelques minutes ce que serait la foi chrétienne sans cela, avec un Christ toujours dans son tombeau. Et nous allons nous rendre compte rapidement qu’effectivement tout tombe à l’eau si Christ n’est pas ressuscité. Je vous propose d’aborder trois fondements de notre foi: la crédibilité de Jésus, le Salut et l’Au-delà.


· 1- Premier enjeu : La crédibilité de Christ. Êtes-vous d’accord avec moi pour dire qu’il est difficile de faire confiance à une personne qui use de mensonge ? Qu’il est difficile de croire quelqu’un si cette personne nous ment ? Je suppose que vous avez déjà tous expérimenté la difficulté de rétablir la confiance envers une personne qui vous a menti, si ce n’est qu’une seule fois. Un seul mensonge peut détruire une relation toute entière, les relations humaines sont faites ainsi. Le philosophe français Voltaire a dit : « Un astrologue ne saurait avoir le privilège de toujours avoir tort. Que, de deux devins consultés sur la vie d’un enfant ou sur la saison, l’un dise que l’enfant verra l’âge adulte, l’autre non. L’un annonce la pluie et l’autre le beau temps. Il est bien certain qu’il y aura au moins sur les deux un prophète. » Les devins de notre monde n’ont certes pas toujours tort, mais dans la mesure où ils n’ont pas toujours raison, il est difficile de les croire. Un seul mensonge suffit à détruire une réputation.


De même, Jésus a accompli des prophéties et a réalisé de nombreux miracles. Avez-vous lu le Sermon sur la Montagne ? C’est magnifique ! Avez-vous vu tous les miracles qu’il a faits ? C’est génial ! Avez-vous lu les prophéties qu’il a faites le concernant ? « Le Fils de l’homme doit être livré entre les mains des hommes, ils le feront mourir, et le troisième jour, il ressuscitera. » (Matthieu 17.22-23) Jésus a parlé en tout neuf fois de sa résurrection dans les quatre évangiles. Mais imaginez-vous par contre que cette ultime prophétie n’ait pas été réalisée et que Jésus ne soit pas ressuscité des morts. Disons que Jésus aura réussi 99% de ce qu’il devait faire… est-ce suffisant ? Non, si Jésus n’est pas ressuscité, la crédibilité que l’on peut accorder à ce tout qu’il nous a enseigné avec le Sermon sur la Montagne, à tout ce qu’il nous a montré à travers les miracles, aux prophéties de l’Ancien Testament qu’il a accompli sur la croix… plus rien n’a de sens si la dernière prophétie, celle de la résurrection, n’a pas été accomplie. Jésus ressemblerait alors à un de nos devins de ce monde comme l’a dit Voltaire. Par contre, s’il a effectivement été capable de prophétiser sa propre mort et sa propre résurrection, s’il est effectivement mort et ressuscité, alors oui on peut avoir confiance dans l’ensemble de ce qu’il a dit ou fait, alors oui on peut le croire sans l’ombre d’un doute, alors oui la seule chose qu’il nous reste à faire est de lui demander de devenir « Mon Seigneur et mon Dieu » comme Thomas l’a fait après avoir vérifié que ce Jésus vivant avait bien les mains et les pieds percés.


C’est donc grâce à la résurrection que nous pouvons avoir pleinement confiance en Dieu, il nous a montré qu’il était capable de faire même ce qui nous semblait être le plus improbable. Et toutes les promesses et prophéties bibliques prennent vie à la lumière de la résurrection. Dieu nous a promit sa présence à nos côtés chaque jour ? Nous pouvons le croire, ses promesses sont fiables. Dieu nous a promis son réconfort dans l’épreuve ? Nous pouvons le croire, ses promesses sont fiables. Dieu nous promis de prendre soin de ceux qui sont éprouvés parmi nous ? Nous pouvons le croire, ses promesses sont fiables. Quand Dieu dit : « Jamais je ne te délaisserai, jamais je ne t’abandonnerai. » (Deutéronome 31.8), pourquoi pouvons-nous le croire ? Car Dieu a montré à travers la résurrection l’étendue de sa puissance et de sa fidélité, Jésus a été capable de prédire sa résurrection et c’est ce qu’il s’est passé, toutes ses autres promesses sont donc fiables, comme celle de Deutéronome que nous venons de lire. Dieu n’est pas un Dieu qui tient parole uniquement 99% du temps, mais bien 100%. Pour notre église, je pense qu’il est bon de se rappeler de la fidélité de Dieu dans ces temps où nous nous accrochons à ses promesses et lui demandons son réconfort. Dans ce que nous vivons ces derniers jours, la résurrection avait aussi son mot à dire. C’était le premier enjeu, la crédibilité de Christ.


· 2- Deuxième enjeu : Le Salut à travers Christ. Souvent, dans nos milieux évangéliques, on résume Jésus uniquement à la croix, on croit que le « tout a été accompli » (Jean 19.30) s’arrête à Golgotha. La doctrine du Christ, dite la christologie, va en fait un peu plus loin que la simple croix du calvaire. Je vous demande donc de vous accrocher quelques minutes pour faire un peu de théologie et regarder d’un peu plus près la christologie, c'est-à-dire ce que Jésus est et ce que Jésus a fait, et donc ce qui constitue la source de notre salut en lui.


Les théologiens protestants ont résumé la christologie en six pants : sa divinité, son humanité, sa crucifixion, sa résurrection, son ascension et sa glorification. Et vous comprendrez assez facilement que s’il manque un de ces six pants, alors l’œuvre du Christ est incomplète, ce qui veut donc dire que le salut en Jésus-Christ est lui aussi incomplet. Notre salut ne peut se résumer et s'appuyer sur un seul de ces six aspects.


L’apôtre Paul, lui qui a été pourtant l’apôtre qui a le plus insisté dans ses épîtres sur la croix, a aussi fait le lien entre la résurrection et le salut : « Il a été livré à la mort à cause de nos péchés, et il a été ressuscité pour notre justification. » (Romains 4.25) En effet, si la mort de Jésus sur la croix avait pour but de payer le prix des fautes de tous les hommes, la résurrection elle était la preuve de l’acception de son sacrifice. Autrement dit, si Jésus n’avait pas été ressuscité, il n’y aurait alors aucune preuve que nos péchés ont été effacés. « Si le Christ n'est pas ressuscité, […] vous êtes encore sous le poids de vos péchés. » (1 Corinthiens 15.17) Parce que Jésus est désormais vivant, parce qu’on a eu la confirmation que son sacrifice a été accepté par Dieu le Père, il peut désormais accorder son pardon et sa vie à ceux qui croient en lui.


Pour essayer d’illustrer ce dernier point, prenons l’exemple de deux amis, Éric et Emmanuel. Éric a commis un délit et doit aller voir la police pour régler l’affaire. Son ami Emmanuel décide de le remplacer et d’y aller à sa place. Éric voit alors Emmanuel disparaitre derrière la lourde porte du commissariat. Ça y est, Emmanuel est parti. Éric est bien soulagé de ne pas y être allé, mais est-il pour autant rassuré ? Son délit a-t-il été effacé ? A ce moment là de l’histoire, on n’en sait rien ! On sait juste qu’Emmanuel est allé affronter ce qu'Éric n’a pas pu. Non, Éric ne sera rassuré et soulagé uniquement quand Emmanuel sortira du commissariat et lui dira que c’est bon, que l’affaire a pu être réglé, que le policier a accepté sa caution. Le délit d'Éric appartient désormais au passé, maintenant c’est officiel. Avant, cela était trop tôt, nous en savions rien. De même, tant que Jésus ne s’était pas relevé d’entre les morts, tant qu’il n’était pas ressuscité, nous n’avions aucune certitude que la mort avait bel été bien été vaincue, que nous n’aurions pas à payer pour nos délits plus tard. Sans la résurrection, nous sommes dans l’attente, nous n’avons aucune preuve que le sacrifice de Christ avait été accepté, aucune certitude de notre pardon.


Voyez-vous désormais toute l’importance de la résurrection pour notre salut ? Comprenez-vous mieux pourquoi Paul a dit « Si Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine et votre foi est vaine. » (1 Corinthiens 5.14) ? Nier la résurrection, c’est n'avoir aucune certitude et donc remettre en cause le salut par la foi en Jésus-Christ. Grâce à la résurrection, nous n’avons plus à douter et nous pouvons dire haut et fort que « le salaire du péché, c’est la mort, mais le don de la grâce de Dieu, c’est la vie éternelle en Jésus-Christ, notre Seigneur. » (Romains 6.23) Se rappeler de l’assurance de notre salut est un fondement de notre foi qu’il est bon de se rappeler quand nous sommes éprouvés. Que cela soit pour notre frère Daniel ou pour nous même, soyons convaincus de l’assurance de son salut et du notre, et concernant cela, la résurrection avait aussi son mot à dire. C’était le deuxième enjeu, le salut à travers Jésus-Christ.


· 3 - Troisième enjeu : L’Au-delà. Dans le chapitre 15 de 1 Corinthiens qui est le fil conducteur de notre réflexion ce matin, l’apôtre Paul aborde plusieurs thèmes en vis-à-vis de la résurrection de Christ, dont le thème de la résurrection des morts. D’ailleurs, Paul utilise l’argument de la résurrection des morts comme fil conducteur dans son développement, nous ne pouvons l’ignorer. J’avais prévu depuis longtemps d’aborder ce sujet, je n’ai pas modifié mon thème ces derniers jours et ne peux pas me permettre d’ignorer toute la deuxième partie du chapitre 15 qui parle de la résurrection des morts, je prie simplement que Dieu me donne la sagesse et la sensibilité nécessaire pour cela.


Premièrement, du point de vue de la fin des temps, si le Christ est toujours dans sa tombe, s’il n’est pas ressuscité, cela ne sert à rien de regarder vers le ciel en espérant le voir arriver au milieu des nuages. Si le corps de Jésus est encore aujourd’hui du coté de Jérusalem, alors quelle est notre espérance pour l’Au-delà ? Si Dieu le Père n’a pas été capable de ressusciter son propre Fils, comment pourrait-il ressusciter tous les chrétiens du monde ? « Si les morts ne peuvent pas revivre, alors Christ non plus n’est pas revenu à la vie. » (1 Corinthiens 15.16) Voyez-vous comment l’apôtre Paul met en relation la résurrection de Christ et la notre ? Si Christ est encore mort, en quoi alors espérons-nous après notre mort ? Notre espérance est alors vaine si la mort est plus forte que la vie. « Si les morts ne se réveillent pas, alors mangeons et buvons, car demain nous mourrons ! » (1 Corinthiens 15.32) Et « si nous mettons notre espérance seulement dans cette vie présente, alors nous sommes les plus malheureux des hommes… » (1 Corinthiens 15.19) Et oui !


Dans 1 Corinthiens 15, après avoir avec des arguments d’histoire, de logique, de théologie et d’expérience expliqué pourquoi croire à la résurrection, l’apôtre Paul aborde dans la deuxième partie du chapitre 15 les questions pratiques telles que comment cela va se passer ? Comment allons-nous ressusciter ? Avant sa mort à Golgotha, Jésus se comportait presque comme un homme normal, il avait faim et soif, parfois même fatigué- en effet, il marchait beaucoup. A part quelques miracles nautiques, Jésus était dans son corps vraiment comme un homme. Puis, après sa résurrection, même s’il porte sur lui la trace de ses blessures, Jésus apparaît au milieu d’une pièce aux portes fermées, il apparaît sur le chemin d’Emmaüs, il s’élève dans les nuées… son corps ne semble plus tout à fait être le même. Nous ne sommes pas ici dans le cas de Lazare qui a été ressuscité avec son corps physique normal. Jésus n’est pas revenu à la vie grâce à une simple guérison de ses blessures, mais il est revenu à la vie avec un nouveau corps glorieux, en même temps proche physiquement mais si loin spirituellement, un peu comme ce qu’on peut lire dans l’Apocalypse où est décrit « l’Agneau immolé » (Apocalypse 5.6). La Résurrection de Christ n’abolit donc pas la Passion comme un mauvais souvenir mais ouvre une porte sur une réalité glorieuse avec un corps « plein de force et de gloire » (1 Corinthiens 15.43). Pour faire le parallèle avec notre propre résurrection, l’apôtre Paul utilise à partir du verset 36 l’image de la graine et de la plante. La graine doit mourir pour pouvoir germer et laisser sa place à une plante, bien plus grande et bien plus belle. La plante finale est incomparablement plus belle, nous n’aurions jamais osé l’imaginer en regardant la graine initiale. Alors que notre corps actuel faible et fragile est marqué par le premier Adam, notre nouveau corps viendra du dernier Adam et sera animé par l’Esprit. Mais concrètement, à quoi cela correspond ce fameux corps spirituel ? J’en sais rien, la Bible n’apporte pas de réponses physico-chimiques ou morphologiques mais reste dans son registre préféré, celui de la théologie. L’apôtre Paul n’en savait rien lui non plus et jette en vrac plusieurs images, celle de la graine et de la plante, celle des étoiles et du soleil, celle du corruptible et de l’incorruptible… Nous n’en saurons pas plus, désolé, retenons simplement l’idée que quand Christ reviendra au son de la trompette, nous recevrons un nouveau corps et nous « porterons l’image de celui qui est venu du ciel. » (1 Corinthiens 15.49) Et il est bon de se rappeler cela quand nous sommes confrontés à l’Au-delà, oui il est bon de se rappeler ensemble de cette espérance et de savoir que Dieu nous prépare quelque chose incomparablement plus beau que ce que nous pouvons imaginer par nous-mêmes.


Voilà donc tout ce que Paul développe dans son chapitre 15 et voilà ce qui l’amène à arriver à cette célèbre tirade : « La mort a été engloutie dans la victoire. O mort, où est ta victoire ? Ô mort, où est ton aiguillon ? » (1 Corinthiens 15.55) Concernant l’Au-delà, la résurrection de Christ avait aussi son mot à dire, c’était notre troisième enjeu : notre propre résurrection.


· Conclusion - Qu’est ce que cela change pour moi au quotidien ?


A l’heure de conclure, nous avons donc parcouru le chapitre 15 de la première épître aux Corinthiens et redécouvert plusieurs choses. Premièrement la réalité historique de la résurrection de Christ, en effet il est important d’en être convaincu pour aller plus loin. En revenant 2000 ans en arrière, nous avons vu qu’aucune objection ne tient la route et que le tombeau est donc bel et bien vide ! Deuxièmement les enjeux théologiques de la résurrection. Nous avons réfléchi à trois fondements de notre foi qui ne tiennent plus débout sans la résurrection : la crédibilité de Jésus, le salut qu’il nous offre à travers lui et enfin notre propre résurrection. Il aurait été possible d’aborder de nombreux autres points de doctrine qui sont tous remis en cause sans la résurrection de Christ. Pour les plus curieux, je vous conseille le livre de Gérard Chrispin : « La Résurrection : un trésor méconnu ».


Enfin, je souhaiterais conclure ma prédication de la même manière que l’apôtre Paul a conclu la sienne à la toute fin du chapitre 15. Pour ceux qui ne sont pas fans de théologie et qui préfèrent les choses concrètes et pratiques, alors rassurez-vous, la résurrection de Christ a aussi son mot à dire. L’apôtre Paul, après avoir pris le temps d’exposer pendant 57 versets les enjeux de la résurrection en long, en large et en travers, il finit ce chapitre par un petit verset des plus délicieux : « C’est pourquoi, mes chers frères, soyez fermes, ne vous laissez pas ébranler, travaillez sans relâche pour le Seigneur, sachant que la peine que vous vous donnez au service du Seigneur n’est jamais inutile. » (1 Corinthiens 15.58).


Étonnant de finir par un tel verset d’ordre si pratique, n’est-ce pas ? Pourquoi ? En effet, c’est en étant ancrés dans la vie de notre Seigneur, dans sa victoire sur la mort, dans l’assurance de notre salut, dans l’espérance de vivre avec lui, dans la perspective de vivre éternellement que nous trouvons nos motivations et nos forces pour le servir et pour travailler sans relâche pour l’honneur de son nom. Comme le dit C.S Lewis: « C'est ceux qui ont le plus d'assurance pour le Ciel qui ont le plus de force et d'amour pour cette terre ». Enfin, tout comme la résurrection de Christ est venue rassurer, consoler et fortifier les disciples d’Emmaüs, elle vient aujourd’hui nous relever, nous les disciples de Chassieu, nous réconforter, nous soutenir, nous affermir, nous encourager et nous envoyer. Loué soit Dieu pour cela !


« Si Christ n’est pas ressuscité, alors notre prédication est vaine et votre foi est vaine. »


P.L.

Matthieu 25.22 Le maître et le serviteur

« Il appela ses serviteurs et leur confia ses biens »

Matthieu 25.22


« (Jésus dit :) Il en sera comme d'un homme qui allait partir en voyage, il appela ses serviteurs, et leur confia ses biens. Il donna 500 pièces d’or à l'un, 200 pièces d’or à l'autre, et 100 au troisième, à chacun selon sa capacité, puis il partit.


Aussitôt, celui qui avait reçu les 500 pièces d’or s'en alla, les fit valoir, et il gagna 500 autres. De même, celui qui avait reçu les 200 pièces d’or en gagna 200 autres. Celui qui n'en avait reçu que 100 alla faire un creux dans la terre, et cacha l'argent de son maître.

Longtemps après, le maître de ces serviteurs revint, et leur fit rendre compte. Celui qui avait reçu les 500 pièces d’or s'approcha, en apportant les 500 autres, et il dit: Seigneur, tu m'as remis 500 pièces d’or; voici, j'en ai gagné 500 autres. Son maître lui dit: C'est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; Viens te réjouir avec moi. Celui qui avait reçu les 200 pièces d’or s'approcha aussi, et il dit: Seigneur, tu m'as remis 200 pièces d’or; voici, j'en ai gagné 200 autres. Son maître lui dit: C'est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; Viens te réjouir avec moi.

Celui qui n'avait reçu que 100 pièces d’or s'approcha ensuite, et il dit: Seigneur, je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes où tu n'as pas semé, et qui amasses où tu n'as pas répandu de graines; j'ai eu peur, et je suis allé cacher ton argent dans la terre; voici, prends ce qui est à toi. Son maître lui répondit: Serviteur méchant et paresseux, tu savais que je moissonne où je n'ai pas semé, et que j'amasse où je n'ai pas répandu de graines; il te fallait donc remettre mon argent aux banquiers, et, à mon retour, j'aurais retiré ce qui est à moi avec un intérêt. Otez-lui donc ses pièces d’or, et donnez-le à celui qui en a 1000. Car on donnera à celui qui a, et il sera dans l'abondance, mais à celui qui n'a pas on ôtera même ce qu'il a. Et le serviteur inutile, jetez-le dans les ténèbres du dehors, où il y aura des pleurs et des grincements de dents. »

(Matthieu 25.14-30)


· Introduction - Qu’est ce que Jésus veut-il me dire ce soir ?


A chaque fois que nous avons un message important à faire passer, nous les chrétiens, nous utilisons des grands discours. Plus c’est important, plus nos discours seront compliqués. Qui ne s’est jamais embrouillé dans ses paroles rien qu’en expliquant l’Evangile à un de ses amis ? Pourtant le message est si simple, le Père pardonnant nos péchés à travers la mort et la résurrection du Christ. Pourtant nous aimons tant les discours longs et compliqués. A l’inverse, Jésus, à priori le meilleur prédicateur qui n’est jamais existé, utilisait des images si simples, des petites histoires du quotidien si anecdotiques. Une fois il nous parle d’un semeur dans son champ, d’un père et de ses deux fils, d’une maison en construction, et ici dans notre cas d’un maître et de trois de ses serviteurs. Alors est ce que parce que dans ce passage Jésus ne fait pas un grand discours et n’utilise pas de termes théologiques que cela signifie qu’il n’y a rien d’important derrière ce texte ? Bien au contraire. Alors qu’est ce que Jésus veut-il bien me dire à travers cette petite histoire ? Que se cache-t-il derrière ?


Cette parabole vient s’inscrire dans un chapitre, que vous avez bien évidement pris le temps de lire avant de venir, un chapitre donc qui parle du Jugement Dernier, du jour où nous aurons à rendre compte devant Dieu. Juste avant, nous trouvons la parabole du serviteur fidèle et du serviteur infidèle, la parabole des dix jeunes filles. Puis juste après nous trouvons aussi la description du Jugement Dernier, à travers l’image des boucs et des chèvres. Et au milieu, notre parabole des trois serviteurs. Pour traiter du sujet le plus important de sa prédication, c'est-à-dire celui de l’au-delà, de notre vie éternelle, Jésus utilise pourtant des petites paraboles. Soyons donc convaincus que derrière tout cela se cachent des vérités au combien importantes. Qu’est ce que Jésus veut-il donc bien me dire à travers ce texte ?


La première question qu’on se pose quand on lit une parabole de Jésus est : à qui dois-je m’identifier ? Dans quel personnage dois-je me reconnaître ? A la lecture de cette parabole, vous vous dites sûrement, non il n’est pas possible que je sois le premier, celui qui a reçu les 500 pièces d’or, je ne suis pas gâté pourri à ce point là, cela serait orgueilleux de prétendre à cette première place. Votre orgueil vous dit aussi non je ne suis pas le dernier non plus, celui qui n’a reçu que 100 pièces d’or, je m’estime à un peu plus que le dernier de la classe, celui qui n’a rien compris, et qu’en plus à la fin le maître réprimande. Alors on aime se donner le second rôle, le juste milieu, pas trop, mais suffisamment quand même. Mais j’aimerai vraiment que vous ne cherchiez à vous identifier à aucun des trois, et encore moins dans votre tête au second sans quoi cela ne vous donnera pas l’occasion de réfléchir, de se remettre en cause, d’aller de l’avant, de laisser Jésus vous toucher. Ne nous réfugions pas dans ce second personnage, ce serait la meilleure manière de ne plus voir ce que Jésus voudrait nous dire. J’ai déjà le bon rôle, parabole suivante ! Non, prenons le temps ensemble de se laisser interpeller par cette parabole et acceptons d’être au fond de nous un peu les trois serviteurs.


J’aimerai vraiment donc pouvoir parcourir avec vous cette parabole, s’en laisser imprégner et y découvrir toute sa richesse. Et la meilleure manière de se laisser toucher par Dieu est avant tout de le lui demander. Prions.


· I - Nous appartenons à Dieu.

Dans un premier temps, j’aimerai parler du fait que nous appartenons à Christ. Car paradoxalement, ce qui m’a plus touché dans cette parabole est le tout premier verset, celui où Jésus explique la situation : « Il en sera comme d'un homme qui, partant pour un voyage, appela ses serviteurs, et leur remit ses biens. » Si on revient à la version grecque de ce verset et on le retraduit mot à mot, on lirait « ses propres serviteurs à lui ». Quelle insistance ! On a compris que ses serviteurs lui appartiennent, c’est bon !


Mais nous, sommes-nous conscients nous-mêmes d’appartenir au Christ ? Nous aimons bien se déclarer serviteur du Christ, nous aimons bien l’appeler Seigneur. Sommes-nous conscients de la portée de ces mots ? Alexandre le Grand, en campagne, avait l’habitude de demander à ses généraux avant une bataille capitale : « Etes-vous avec moi ? » Et ils lui répondaient « Oui Seigneur, nous sommes tes serviteurs et sommes avec toi, jusqu’à la mort ! » Jusqu’à la mort ! Je vous invite vraiment à réaliser ce que signifie appartenir au Christ. (1 Corinthiens 3.22) « Car tout vous appartient, Paul, Apollos ou Pierre, le monde, la vie, la mort, le présent ou l’avenir, tout est à vous ; mais vous, vous appartenez au Christ. Et le Christ appartient à Dieu. »


Pourtant c’est si bien de garder un peu de sa liberté, de garder un petit chez soi, une pièce à part dans le temple du Saint Esprit que nous sommes. C’est si confortable de vouloir garder sa petite liberté, de nous pas tout lui dire, de ne le laisser agir dans notre vie, de ne pas lui faire confiance et de ne pas lui remettre toutes nos préoccupations, nos études, notre foi, nos relations, notre caractère, nos erreurs, nos problèmes, nos peurs et nos doutes. Chacun a ses petits sujets qu’il aime malgré lui garder pour soi, chacun se sait conscient d’au moins un sujet qu’il devrait confier à Dieu, à son maître, n’est ce pas ? Que celui qui ne se sente pas concerné me jette la première pierre. Et oui, c’est si confortable de garder sa petite liberté, je dirais plutôt sa petite indépendance.


Si un appartement vous appartient, vous venez de l’acquérir, mais qu’on vous dit que vous n’avez pas accès à toutes les pièces, qu’allez vous dire ? Cet appartement m’appartient, j’ai envie de pouvoir aller de partout, que rien ne me soit caché. Je me trompe ? Apprécieriez-vous n’avoir accès uniquement au hall d’entrée ? Et pourtant c’est bien ce qu’on fait parfois à Dieu, nous aimons le laisser à l’entrée de son temple. C’est triste, non ? Dieu nous appelle à lui appartenir et à être ses propres serviteurs à lui. Et dit que nous le sommes déjà. Alors pourquoi cherchons-nous à l’oublier au quotidien ? (Colossiens 2.20) Pourquoi vivons-nous comme si de rien n’était, comme si nous appartenions encore à ce monde ?



· II - Chacun selon ses capacités, Dieu nous confie ses biens.


Ensuite, j’aimerai m’arrêter sur le verset 15, quand Jésus nous dit que Dieu confia ses biens à chacun selon ses capacités. Le maître, avant de partir, leur a laissé sa propre fortune, ce qui pour lui avait une si grande importance. Le maître a donné SES biens à ses serviteurs. De même, Dieu a sacrifié son propre fils sur la croix pour nous, et il nous offre aujourd’hui son propre Esprit. En sommes-nous conscients ? A travers cette parabole, je vois Dieu comme un investisseur qui connaît très bien toutes ses entreprises et qui méticuleusement investi de sa propre fortune dans chacune de ses entreprises, et il croit que chacune d’elles va lui rapporter. Il ne veut pas qu’un d’entre nous ait trop à porter, que cela soit plus pour lui une occasion de chute qu’autre chose. Non, Dieu a investi de lui-même en chacun de nous, il croit en nous, il sait qu’on peut faire fructifier ce qu’il a mis en nous, il le croit, et il nous fait confiance en nous plaçant désormais devant notre responsabilité.


Et à cet instant précis arrive la traditionnelle remarque « mais moi, je n’ai pas de don, je n’ai rien à faire fructifier ». Alors au lieu de faire une liste exhaustive des dons habituellement reconnus comme spirituels en espérant que certains d’entre vous reconnaissent le leur dans la liste, je préfère vous demander de regarder simplement votre santé, votre niveau d’études, votre intelligence, votre pays, votre église, votre foi, votre argent, vos amis, votre famille,… Y a-t-il quelque chose que j’ai aujourd’hui et que je n’ai pas reçu ? Y aurait-il des choses acquises par définition ?


Non, rien n’était acquis, nous avons tout reçu. Quoi ! Vous considérez-vous toujours comme oublié par la générosité de Dieu ! Le dernier serviteur ne reçoit que 100 pièces d’or selon le texte. Savez-vous que 100 pièces d’or correspondent à l’époque à 17 années de salaires ? Au minimum, Dieu donne l’équivalent de 17 années de salaires. Alors que celui qui se considère encore sans rien vienne me voir à la fin et me fasse alors un chèque correspondant à cette somme. Personne ne viendra me voir ? Comment cela, cette somme est bien trop importante ? De même, Dieu n’a oublié personne d’entre vous, quoi qu’il en soit, il vous a au minimum donné bien au-delà du maximum que vous auriez pu avoir par vous-même.


Dieu ne nous appelle pas tous à aller faire la même chose, à tous porter les mêmes fruits, ni encore moins à parler chaque jeudi soir à Agape. L’Eglise a besoin de chacun, tel qu’il est. (Romains 15.4-8) « Dans un corps humain, nous avons plusieurs parties qui ont des fonctions différentes. De même, bien que nous soyons nombreux, nous formons un seul corps dans l’union avec le Christ et nous sommes tous unis les uns les autres comme les parties d’un même corps. Nous avons des dons différents que nous devons utiliser selon ce que Dieu a accordé gratuitement à chacun. Si l’un de nous a le don de transmettre des messages de Dieu, il doit le faire selon la foi. Si un autre a le don de servir, qu’il serve. Celui qui a le don d’enseigner doit enseigner. Celui qui a le don d’encourager doit encourager. Celui qui a le don de donner ses biens doit le faire avec générosité. Que celui qui dirige le fasse avec soin. Que celui qui aide les malheureux le fasse avec joie. » A Agape Campus, que celui qui a le don de faire la louange, que celui a le don de faire des messages, que celui qui a le don de faire des recontacts, de venir chaque jeudi avec fidélité, prier pour le groupe, d’amener à chaque fois des petits gâteaux, d’inviter des nouvelles personnes, d’amener à chaque fois sa bonne humeur, d’organiser de plus gros projets, ou encore d’avoir des rêves pour le groupe,… alors qu’il le fasse avec joie et avec paix. Cette liste n’est pas exhaustive, vous l’aurez deviné. Dieu ne nous a pas tous donné la même somme d’argent, il nous l’a donné selon nos capacités, selon comment il nous a fait et selon à quoi il nous destine. A chacun donc sa somme d’argent différente, Dieu est juste et nous appelle tous à faire fructifier ce qui nous a donné, au minimum 17 années de salaires je vous le rappelle.


Et si certains voient toujours dans cette parabole une preuve de l’injustice de Dieu qui ne donne pas à tous la même chose, regardons ce que Dieu offre à la fin aux deux premiers serviteurs, la même chose. Exactement la même chose, indépendamment de la somme qui leur avait été confié au départ. Aux deux : « C'est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; viens te réjouir avec moi ». Pas de classement, pas de meilleur. Simplement la même phrase pour les deux qui ont pris la peine de faire fructifier ce qui leur avait été confié, rien de plus. Et Dieu les a les deux invités à rentrer dans sa joie. (Genèse 18.25) « Il n’est pas possible que le juge de toute la terre ne respecte pas la justice » En êtes-vous convaincus ?


Oui, Dieu croit en nous, il nous fait confiance, il espère en chacun de nous et veut nous apprendre à être responsable. Vous ne savez pas encore ce que vous avez reçu de lui ? Demandez lui de vous le révéler, priez. Et il ne vous laissera pas sans réponse. Vous n’arrivez pas à assumer le don que vous reçu de lui ? Demandez lui de vous en donner la force, priez. Et il vous indiquera le chemin de la banque où vous trouverez comment faire fructifier votre salut.


· III - Dès aujourd’hui, Dieu nous appelle.

Puis il y a un autre verset sur lequel j’aimerai m’arrêter avec vous, ou plutôt sur un petit mot « Aussitôt celui qui avait reçu les 500 pièces d’or s'en alla » Aussitôt. Il n’est pas écrit « Une fois les pièces d’or reçues, le serviteur alla d’abord finir de labourer le champ sur lequel il était en train de travailler, puis il alla chercher le troupeau, prit le temps de préparer un veau pour le soir, nettoyer l’allée principale, le vent avait sali toute la terrasse, vous comprenez, le serviteur a du aussi nettoyer tout ce sable. Ensuite, notre serviteur alla en ville, il avait besoin de remplacer chez Castorama un outil qui s’était cassé au champ, au retour, il s’arrêta à la Maison de la Bible acheter le dernier Cd de Delirious. Enfin, après avoir pris le temps de recompter ses pièces d’or, il se mit tranquillement en route vers la banque. » De même, dans Luc 5, quand Jésus appelle Lévi, est ce qu’on lit que Lévi prend d’abord le temps d’aller au Mac Donald avant de partir avec Jésus ? Non, « Lévi se leva, laissa tout et le suivit » (Luc 5.28). Dieu nous appelle à se mettre en route maintenant.


Que ce soit de sa part un appel à le suivre, à se convertir, ou bien pour la plupart d’entre vous un appel à faire fructifier ce qu’il nous a donné, ne risque-t-on pas à trop attendre de simplement passer à coté de l’essentiel ? Qu’est ce qui peut bien être plus important dans nos vies pour nous empêcher de répondre au Christ ? Qu’est ce qui peut être plus important ? Bien sûr, dans notre vie quotidienne, nous avons des contraintes, moi j’ai une interrogation demain, moi j’ai un projet à rendre la semaine prochaine, ce soir je suis fatigué, je lirai ma Bible demain, ce week-end, j’avais un ami à la maison, je n’ai pas pris de temps pour Dieu, en plus j’ai mes partiels qui arrivent bientôt. Nous avons tous des contraintes au quotidien, peut-être même autant que notre serviteur ou encore Lévi…


Dieu nous donne du temps, le temps lui-même est un don, qu’est ce que j’en fait ? Comment je le gère ? Quelle place je réserve à Dieu ? A-t-il vraiment toujours la première place ? Et n’oublions pas que nous aurons comme les trois serviteurs à rendre compte de tout ce que nous avons fait pendant ce temps. Je sais, c’est un défi pour tous, mais laissons nous encourager par ce serviteur qui « aussitôt fit valoir ses pièces d’or » ou encore par Lévi qui « se leva, laissa tout et suivit Jésus ». Dieu nous appelle maintenant.



· IV - Je savais que tu étais un maître dur…


Intéressons nous enfin au troisième serviteur, celui qui n’a pas cherché à faire fructifier ce que son maître lui avait confié, c'est-à-dire la modeste somme correspondante donc à 17 années de salaire. Pourquoi notre serviteur n’a pas pris peine d’aller à la banque ? Qu’est ce qui l’en a empêché ? Comment se justifie-t-il ? J’aimerai m’arrêter avec vous sur un verset, et encore une fois sur un petit mot : « Je savais que tu es un homme dur, qui moissonnes où tu n'as pas semé… » Je savais… Pourquoi donc notre serviteur n’a rien fait ? Car il croyait savoir quelque chose - quelque chose qui en plus était faux. Il est resté sur la vision et la compréhension de son maître qu’il avait, et donc n’a pas osé agir d’une manière nouvelle par rapport à ce qu’il avait l’habitude de penser. Pour lui, son maître était dur, alors même quand ce dernier lui a donné une responsabilité nouvelle, quand il lui a fait découvrir qu’il pouvait aussi être généreux et qu’il voulait lui faire confiance en lui remettant de ses propres biens, et bien malgré cela, puisqu’il savait déjà que c’était un maître dur, alors il en est resté là et n’a même pas essayé de faire valoir ses 17 années de salaire.


Bien sûr, cela fait rire de voir que ce serviteur est passé à coté de l’essentiel uniquement car il s’appuyait que sur ce qu’il croyait déjà savoir, cela nous fait rire, mais qu’en est-il pour nous ? Ne lui ressemble-t-on pas un peu parfois ? Nous venons tous de famille différente et d’église différente, nous avons donc reçu une éducation et une théologie différente, c’est normal. Comme notre serviteur, nous savons que Dieu est plutôt un maître avec telles ou telles caractéristiques. Personnellement, je viens d’un milieu réformé, on ne m’a très peu parlé du Dieu qui jugera la terre, et bien il m’a fallu du temps pour croire aussi à la réalité du Jugement Dernier, auquel notre parabole fait allusion. Aujourd’hui, je vois encore Dieu à travers des lunettes réformées, tout comme celui qui vient d’un milieu pentecôtiste voit forcement Dieu à travers des lunettes pentecôtistes. Il en est de même pour celui qui vient d’un milieu baptiste, darbyste, charismatique, arménien ou bien même catholique.


Je ne dis pas que toutes ces églises sont un obstacle, au contraire, je considère cela comme une richesse car chacune met l’accent sur une facette de Dieu, chacune apporte l’Evangile d’une manière différente dans notre société. Aucune ne peut prétendre à l’exclusivité de la présence de Dieu le dimanche matin entre ses bancs. Cependant, toutes ces différentes églises, si on ne fait pas attention, si on n’en est pas conscient, nous font voir Dieu à travers un certain type de lunettes. Celui qui n’a pas eu l’habitude d’entendre parler du Saint-Esprit va-t-il se boucher les oreilles dès qu’il en entend parler ? Celui qui a toujours eu une vision d’un Dieu qui juge et qui condamne ne va-t-il pas refuser de comprendre le pardon de Dieu ? Celui qui n’a pas eu l’habitude de lire la Bible quotidiennement ne va-t-il pas prendre dès le début pour un fou celui qui prêche le culte quotidien ? Il en est de même pour celui qui a toujours entendu que l’évangélisation ce n’est que pour les missionnaires, que la dîme vaut bien mieux que la libéralité, que telle type d’église n’est pas chrétienne, qu’il ne faut pas croire cela, qu’il faut croire cela. Bien sûr je fait ici allusion à des thèmes théologiques importants, mais dans le fond, je suis convaincu qu’on passe souvent à coté de nuances et de facettes de Dieu qu’il aimerait pourtant nous faire découvrir, simplement car nous refusons de sortir de ce qu’on sait déjà. Je suis convaincu qu’à refuser de nos sentiers battus, on ne voit Dieu que partiellement. Ca serait dommage de s’accrocher à nos lunettes… (1 Corinthiens 8.2) « Celui qui s’imagine connaître quelque chose ne connaît pas encore comme il devrait connaître. »


Connaissez-vous l’histoire d’Elie dans le désert dans 1 Rois 19 ? Elie est désespéré dans le désert dans une caverne, et Dieu a envie d’aller à sa rencontre pour lui parler et lui redonner courage. Que celui est convaincu que Dieu est uniquement dans un grand vent repartira après que le grand vent ait soufflé, sans voir vu Dieu. Que celui qui croit que Dieu se trouve cependant dans les tremblements de terre verra la terre trembler mais ne verra pas Dieu. Tu crois que Dieu se trouve uniquement dans le feu, alors tout s’embrassera autour de toi, mais tu n’auras pas pour autant vu Dieu. Par contre, celui qui a pris le temps d’attendre, qui a pris la peine de reconnaître Dieu au moment où il s’y attendait le moins, quand un léger souffle passa. Alors Dieu pu parler à Elie. Que ce serait-il passé pour celui qui croyait uniquement que Dieu se trouvait dans l’ampleur des 7 plaies d’Egypte, dans l’immensité de la mer Rouge asséchée, dans les orages du mont Sinaï ou bien encore dans le fracas de la muraille de Jéricho ? Alors celui-ci aurait refusé de sentir ce léger souffle, refuser de changer sa vision de Dieu. Et n’aurait pas entendu ce que Dieu avait à lui dire. Ca aurait été triste, non ?


A refuser de se laisser bousculer dans nos convictions, d’admettre qu’on ne connaît pas encore tout, qu’on a toujours à apprendre, ne risquons-t-on pas comme notre serviteur de passer à coté de ce que Dieu vous nous apprendre et nous faire faire ? Notre Dieu est un souffle léger, alors ne cherchons pas à le mettre dans une boîte et de l’enfermer dans nos convictions toutes faites, un souffle léger, ça ne s’enferme pas mais ça vit… J’espère que la prochaine fois que Dieu voudra nous parler, nous ne lui répondrons pas: « Nous savions que tu étais un maître dur, que tu ne moissonnais là où tu n’avais pas semé, alors nous n’avons rien fait. » Dieu a tellement de choses à nous apprendre et à nous faire vivre que cela serait dommage de passer à coté…


· Conclusion – Viens te réjouir avec moi

Voilà ce que je voulais partager avec vous sur cette parabole plus que connue, je n’ai pas cherché à développer ce qui est pourtant le thème principal, celui du retour du Christ, thème qui se dégage aussi de tout ce chapitre 25 de l’Evangile de Matthieu. J’ai préféré parcourir avec vous cette parabole avec vous et donc se laisser interpeller par ces quatre réflexions, premièrement sur le fait d’appartenir à Dieu, sommes-nous conscient de ce que cela signifie, puis sur le fait que Dieu nous donne à tous des dons différents, au minimum l’équivalent de 17 années de salaires, ensuite sur le fait que Dieu nous appelle maintenant et non demain - d’autant plus que demain ne nous appartient pas - et enfin sur le fait que refuser d’aller au delà de ce que on croit déjà savoir est la meilleure manière de passer à coté de tout ce que Dieu veut nous faire vivre chaque jour.


Quel programme me direz-vous, d’autant plus que je suis sûr qu’il y aurait encore plein d’autres enseignements à tirer de cette petite parabole ! Quel programme ! Dieu n’a pas trouver mieux pour me torturer l’esprit et m’occuper mon emploi du temps ! Moi qui était venu à Agape dans le but de chanter gentiment le Seigneur et enfin de me faire caresser dans le sens du poil pendant la prédication, moi qui voulait passer une soirée tranquille, et moi qui croyais que Dieu voulait mon bien, et bien voila que je vais repartir ce soir avec un programme des plus chargés, merci !


C’est pour cela qu’en conclusion, j’aimerai vous laisser avec le verset 21, qui montre vraiment quelle est l’intention de Dieu pour nous à travers tout cela, son objectif final n’est pas de s’enrichir sur notre dos, n’est pas de s’amuser à faire planer des menaces au dessus de ceux qui n’ont pas répondu à son appel, ce n’est pas cela son objectif final, ce qu’il veut à travers tout ce programme qu’il nous laisse. Quelle est la dernière phrase que Dieu dit à ses deux premiers serviteurs ? « Viens te réjouir avec moi. » Dieu veut avant tout que nous puissions prendre part à sa joie, que nous puissions être à sa table et être joyeux. Ne perdons jamais cela de vue, n’oublions pas que c’est pour cela avant tout que Dieu veut nous faire grandir. Ne le perdons jamais de vue. Dieu veut avant tout, par-dessus tout que nous trouvions notre joie en lui.


C'est bien, bon et fidèle serviteur; tu as été fidèle en peu de chose, je te confierai beaucoup; Viens te réjouir avec moi.


P.L.