« Alors Jésus dit : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. »
Luc 23.34
Introduction
On conduisait en même temps deux malfaiteurs, qui devaient être mis à mort avec Jésus. Arrivés au lieu-dit du Calvaire, ils l’y crucifièrent, ainsi que deux malfaiteurs, un à sa droite, l’autre à sa gauche. Alors Jésus dit: « Père, pardonne-leur, car ils ne savent ce qu’ils font. »
Les soldats se partagèrent ses vêtements, en tirant au sort. Le peuple se tenait là, et regardait. Les magistrats se moquaient de Jésus, disant: « Il a sauvé les autres; qu’il se sauve lui-même, s’il est le Christ, l’élu de Dieu! » Les soldats aussi se moquaient de lui; s’approchant et lui présentant du vinaigre, ils disaient: « Si tu es le roi des Juifs, sauve-toi toi-même! » Il y avait au-dessus de lui cette inscription: Celui-ci est le roi des Juifs.( Luc 23. 32-38 )
· Nous entendons parfois à droite à gauche certains concéder que Jésus était un grand homme. A Jésus est souvent attribué des qualités morales, à défaut de sa divinité. Alors prenons au mot toutes ces personnes qui ne voient en lui qu’un simple « grand homme », et intéressons-nous donc à sa grandeur d’âme. Celle-ci est rarement exprimée dans le Nouveau Testament avec plus de clarté que dans ces paroles tombées de la croix que nous pouvons lire dans l’Evangile de Luc : « Père, pardonne leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » C’est le sommet de l’amour, sûrement une des plus belles paroles de Jésus.
Nous ne comprendrons pleinement le sens profond de la prière de Jésus qu’après avoir remarqué que le texte débute par le mot alors. Au verset précédent, nous lisons « Arrivés au lieu-dit du Calvaire, ils l’y crucifièrent, ainsi que deux malfaiteurs, un à sa droite, l’autre à sa gauche. » Alors Jésus dit : « Père, pardonne-leur. » Alors qu’il entrait progressivement dans une lente agonie. Alors qu’il s’était rabaissé au niveau le plus bas devant les hommes. Alors qu’il allait mourir d’une mort atroce. Alors que les mains des créatures avaient osé crucifier le fils du Créateur. Alors Jésus dit : « Père, pardonne-leur. » Il aurait très bien pu dire « Père, venge-toi sur eux ! », ou « Père, déchaîne la foudre de ta colère et détruis-les tous ! » ou bien encore « Père, ouvre les écluses de ta divine justice et anéantit-les ! ». Et cela serait alors arrivé. Mais rien de tout cela fut sa réponse. Bien que souffrant d’une douleur atroce après les fouets et les clous, bien que rejeté et méprisé, Jésus trouve encore la force de s’écrier : « Père, pardonne-leur, car ils ne savent pas ce qu’ils font. » A travers cette courte prière s’exprime tout l’amour de Jésus pour les hommes, et nous allons en tirer trois leçons fondamentales.
· I - Parole et action …
En premier lieu, il s’agit ici d’une merveilleuse expression de l’habileté de Jésus à joindre parole et action. L’une des grandes tragédies de la vie humaine est que les hommes ont trop souvent creusé un fossé entre théorie et pratique, entre le dire et l’agir. Nous professons souvent fièrement certains principes mais, à y regarder d’un peu plus près, nous en pratiquons l’exacte antithèse. Combien de fois nous proclamons notre engagement aux principes du christianisme devant nos amis, mais sans pour autant que nos vies soient véritablement rythmées par le pardon. Combien de fois nous parlons avec passion de la paix, mais sans pour autant cesser de souffler sur les braises de la guerre. Cette dichotomie étrange entre ce qui devrait être et ce qui est, représente en quelque sorte le coté tragique du pèlerinage de l’homme sur cette terre.
Mais, dans la vie de Jésus, nous découvrons que, pour une fois, le pont entre le dire et l’agir est jeté. Jamais dans l’Histoire il n’y aura eu plus bel exemple d’unité entre la parole et l’action. Durant son ministère à travers la Galilée, Jésus parla avec passion du pardon. Quand Pierre lui demanda s’il fallait encore pardonner à son frère, même si cela fait la septième fois qu’il pèche contre lui, Jésus répond que le pardon est sans limite : même au bout de la soixante-dixième fois, il faut encore pardonner à son frère. Le pardon n’est pas une question de quantité, mais de qualité ; ce n’est pas un acte occasionnel, mais une attitude permanente. De plus, Jésus ajouta à son message l’amour pour les ennemis, précepte qui sonnait pour beaucoup comme une musique étrange, puisqu’on leur avait toujours appris d’aimer son ami et de haïr son ennemi. Tous les enseignements de Jésus sont basés sur l’amour, et c’est pour cela que nous avons ce verset qui résume tout: « Tu dois aimer le Seigneur ton Dieu de ton cœur, de toute ton âme, de tout ton esprit, et ton prochain comme toi-même. » ( Matthieu 22.37 ).
Et voilà que l’épreuve arrive. Le voilà crucifié injustement sur ce bois par des mains haineuses. Le voilà dans une douloureuse agonie. Quelle place y a-t-il encore pour l’amour et le pardon dans ce cas-là ? Comment Jésus va-t-il réagir ? Que va-t-il faire ? La réponse à ces questions résonne alors majestueusement, il redresse sa tête couronnée d’épines et s’écrit : « Père, pardonne-leur car ils ne savent pas ce qu’il font. » Jésus met donc ici en pratique ce qu’il a prêché pendant tout son ministère terrestre, le pardon et l’amour. Jésus nous l’avait dit : Ce ne sont pas tous ceux qui me disent : « Seigneur, Seigneur » qui entreront dans le Royaume des Cieux, mais ceux qui font ce que veut mon Père. (Matthieu 7.21) Il ne nous appelle à simplement approuver à tout ce qui est dit, mais avant tout à le mettre en pratique; et c’est ce qu’il nous rappelle une fois de plus en pardonnant à son tour à ceux qui l’ont crucifié, en montrant ainsi concrètement l’amour qu’il a pour eux.
· II - L’aveuglement des hommes…
La prière en croix de Jésus nous donne une deuxième leçon concernant l’aveuglement intellectuel et spirituel de l’homme. « … car ils ne savent pas ce qu’ils font. » Jésus ne nous dit pas que ces hommes là étaient mauvais, qu’ils étaient possédés, mais surtout qu’ils ne savaient pas ce qu’ils étaient en train de faire. Les hommes qui criaient « Crucifiez-le » n’étaient pas mauvais, mais plutôt aveugles spirituellement, puisqu’ils n’avaient pas réussi à voir à travers Jésus Dieu lui-même. Leur mal était l’aveuglement.
L’Histoire abonde de telles tragédies où les hommes ne se rendent pas compte de ce qu’ils font. Pendant la Grèce antique, ce sont bien des citoyens respectables et sincères qui ont poussé Socrate à se sucider, sa pensée philosophique étant trop différente. Au premier siècle, Saul de Tarse persécutait les premiers chrétiens. Ce n’était pourtant pas un brigand, il n’était pas mal intentionné puisqu’il pensait être dans la bonne voie. Mais en fait, il était tout simplement mal guidé, c’est tout. Et c’est effectivement bien de lumière qu’il manquait quand il rencontra le Seigneur sur le chemin de Damas. De même, au premier chapitre de sa deuxième épître à Timothée, au verset 13, Paul explique pourquoi Dieu a eu de la compassion pour lui et l’a appelé à son service : « Pourtant, avant, je l’avais insulté, je l’avais fait souffrir, j’avais été violent. Mais Dieu a eu pitié de moi. J’agissais ainsi sans savoir ce que je faisais. En effet, je ne croyais pas au Christ. » Saul agissait lui aussi par ignorance…
La plupart des personnes qui s’opposent - plus ou moins passivement - à la diffusion de la Bonne Nouvelle sur cette terre, ne sont pas tous forcément mauvaises, on a tous une part de l’image de Dieu en nous, mais simplement beaucoup manquent de lumière, et c’est ce qui les rend aveugles et qu’ils ne savent plus ce qu’ils font…
· III - L’amour pour les ennemis.
Enfin, nous pouvons tirer une troisième leçon de ce verset : l’amour pour ses ennemis. Aucun conseil des commandements de Jésus n’est probablement plus difficile à suivre que celui d’aimer ses ennemis. Combien d’entre vous ont déjà estimé sincèrement que sa mise en pratique n’est pas possible pour le commun des mortels ? Il est facile, pensez-vous, d’aimer ce qui vous aiment, mais qui pourrait aimer quelqu’un qui vous méprise, qui cherche à mettre des bâtons dans vos roues ? Pourtant le commandement de Jésus est clair : « Aimez vos ennemis, bénissez ceux qui vous maudissent, faites du bien à ceux qui vous haïssent et priez pour ceux qui vous persécutent et qui vous maltraitent, afin que vous soyez fils de votre Père qui est dans les Cieux » (Matthieu 5, 44). Et c’est ce que Jésus a fait sur cette croix en pardonnant à ces bourreaux. Des philosophes comme Nietzsche ont vu dans cette exhortation à aimer même ses ennemis la preuve que la morale chrétienne est faite pour les faibles et les poltrons. Jésus, disent-ils, était un idéaliste sans esprit pratique. Et ce qu’a dit Jésus sur cette croix, c’était aussi de la théorie ? Etait-il plus simple à Jésus de crier vengeance, ou alors de pardonner à ses ennemis et de mettre en pratique son message ? Je vous laisse trouver la réponse …
- Quoi qu’il en soit, posons-nous la question : comment allons-nous trouver la force d’aimer nos ennemis ?
En premier lieu, nous devons développer et entretenir notre aptitude au pardon. En effet, celui qui est incapable de pardonner est incapable d’aimer. L’amour passe par le pardon. Il est impossible de seulement commencer à aimer ses ennemis sans avoir d’abord accepté la nécessité, sans cesse renouvelée, de savoir leur pardonner à chaque injustice, à chaque tort, à chaque oppression. Comparez donc cette céleste réponse de Jésus sur la croix avec la lenteur de l’homme à pardonner. Regardez comme nous aurions souvent tendance à nous incliner devant l’autel de la revanche, si le Seigneur ne nous rappelait pas à chaque fois la nécessité de pardonner pour tout recommencer. Regardez comme nous aurions aussi souvent tendance à oublier de prier pour nos ennemis ; ou alors, ce serait comme Samson à Gaza, nous prions avec ferveur pour nos ennemis… mais pour leur destruction. Non, si nous voulons aimer nos ennemis, nous devons apprendre à pardonner. Rappelons-nous que l’amour de Jésus sur la croix s’est avant tout exprimé à travers ces paroles de pardon.
Pardonner ne signifie pas ignorer ce qui a été fait, coller une fausse étiquette sur un acte mauvais. Mais cela signifie plutôt la remise d’une dette, que cet incident cesse d’être désormais un obstacle dans nos relations. Grâce à nos très chers téléviseurs, on peut parfois entendre Pamela dire : « Je te pardonne Mike, mais je n’oublierais jamais ce que tu me fais. » Ce n’est pas la nature réelle du pardon. Bien sûr, nous ne pouvons pas effacer définitivement un souvenir de notre mémoire, mais par contre, en pardonnant, nous oublions le mal qui y a été commis. Pardonner ne signifie pas simplement oublier mais aussi se réconcilier, se retrouver, aller vers l’autre. C’est pourquoi notre aptitude à pardonner détermine aussi notre aptitude à aimer nos ennemis.
Et, en deuxième lieu, encore pour trouver la force d’aimer nos ennemis, il convient aussi de se rappeler que le mauvais acte commis par la personne n’exprime pas forcement ce qu’elle est réellement. Comme on l’entend souvent dans nos églises « Dieu hait le péché mais aime le pécheur ». Et bien, il en est de même quand quelqu’un nous blesse, il faut savoir distinguer la personne et ce qu’elle nous a fait, ne pas cataloguer une personne en fonction de ce qu’elle vient de nous faire. L’apôtre Paul disait même : « Je ne fais pas le bien que je veux, mais je fais le mal que je ne veux pas. » (Romains 7.19). Sous le coup de la colère, nous regardons souvent à la surface de l’autre individu et nous le haïssons. Mais après avoir pardonné, nous pouvons s’apercevoir que la méchanceté de ses actes n’était pas forcement la représentation adéquate de tout ce qu’il est. En comprenant que tous nos ennemis ne sont pas tous entièrement mauvais et qu’eux aussi ont été fait à l’image de Dieu, nous sommes alors plus enclins à aimer les personnes qui nous ont fait du mal, tout en haïssant le mal qu’elles ont fait.
Et rappelons-nous aussi que ces personnes sont moins mauvaises qu’aveugles. Ce n’est pas en suivant l’injonction de la loi du Talion « œil pour œil, dent pour dent, main pour main, … » que nous aiderons nos ennemis à trouver de la lumière. Bien au contraire, Jésus savait très bien que la vieille philosophie de l’œil pour l’œil laisserait chacun aveugle ! Et c’est pourquoi, il nous a laissé sur cette croix une loi bien plus haute, celle du pardon.
- Mais après tout, pourquoi devrions-nous aimer nos ennemis ? Ne serait-ce pas plus facile de haïr son ennemi et de n’aimer que ces amis ? Pourquoi Jésus nous a-t-il laissé ce commandement ?
Premièrement, et c’est assez évident, puisque rendre haine pour haine multiplie la haine. Jusqu'à dernier ordre, l’obscurité ne peut chasser l’obscurité. Seule la lumière chasse les ténèbres. Seul l’amour chasse la haine. Et c’est bien ce que Jésus nous a montré sur cette croix en pardonnant à ceux qui l’avaient crucifié.
Et deuxièmement, c’est grâce à cet amour que le monde verra que nous sommes chrétiens. C’est ainsi qu’ils verront qui vit vraiment en nous, que nous sommes différents, « Si vous aimez seulement ceux qui vous aiment, pourquoi vous attendre à une reconnaissance particulière ? Même les pécheurs aiment ceux qui les aiment. Et si vous faites du bien seulement à ceux qui vous font du bien, pourquoi vous attendre à une reconnaissance particulière ? Même les pécheurs en font autant ! Et si vous prêtez de l’argent à ceux qui vont sûrement vous le rendre, pourquoi vous attendre à une reconnaissance particulière ? Même les pécheurs prêtent de l’argent aux pécheurs, pour qu’on leur rende la même somme. Au contraire, aimez vos ennemis, faites du bien et prêtez de l’argent sans espérer recevoir quelque chose en retour. » ( Luc 6, 32-35 ) Ce n’est pas grâce à nos églises, à nos pasteurs, à nos institutions, à nos beaux poissons collés sur le coffre de nos voitures, ou encore à nos chorales que le monde verra que nous sommes chrétiens, mais bien grâce à notre amour.
Conclusion
· On rapporte que Napoléon Bonaparte, considérant toutes ses conquêtes, fit cette remarque : « Alexandre, César, Charlemagne et moi-même avons construit de grands empires. Mais de quoi ont-ils dépendu ? De la force. Or, il y a des siècles, Jésus inaugura un empire bâti sur l’amour et de nos jours encore, des millions d’hommes sont près à mourir pour lui. » Tous les chefs militaires ont disparu, leurs empires tombés en cendres. Mais celui de Jésus, fondé sur l’amour pour son prochain, quel qu’il soit, ne cesse de croître. Et si Napoléon Bonaparte a été amené à prononcer cette juste remarque, c’est bien qu’il y avait eu avant lui des chrétiens qui, par leur amour, ont su refléter la beauté de Dieu autour d’eux. A nous aussi de savoir interpeller nos amis et nos ennemis en mettant en pratique notre amour pour nos amis et nos ennemis, pour que plus tard, d’autres personnes que Bonaparte puissent, elles aussi, se rendre compte de la solidité de l’empire de Christ.
Seigneur, aide-nous par ton Esprit à vivre sans cesse ton amour et viens au secours de notre faiblesse. Amen.
P.L.
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